10 octobre 2018

Le Guet

C’est le nom donné à l’acte de répudiation qu’un homme juif doit donner à sa femme lorsque qu’il l’a renvoyé. Sans ce papier officiel, rédigé dans un tribunal rabinique et devant deux témoins la femme ne peut pas se remarier sans être adultère et donc exclue de la communauté. Ses enfants sont alors considérés comme des bâtards et ne peuvent pas se marier religieusement, ni être enterrés avec les rites religieux ! A l’heure actuelle, il y a un nombre non négligeable  de femmes juives qui attendent que leur ex-mari leur donne leur guet, mais ils refusent et font du chantage pour le délivrer.Ces femmes se nomment  » les enchainées ». Il existe des sanctions contre ces maris retords, mais comme il n’y a qu’eux qui peuvent signer ce guet, même des séjours en prison ne les font pas changer d’avis ! Et évidement la situation n’est pas du tout symétrique pour la femme…

C’est ce qu’on a appris en participant à un colloque internationale sur  » les formes comparées de la coercition, de l’exclusion et de la réinclusion, dans les traditions du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam des origines à nos jours » où mon canoniste préféré devait intervenir. Inutile de vous dire que je n’ai pas tout retenu…mais ce qui a été dit sur le  » divorce » selon la loi de Moïse, ça je l’ai bien mémorisé !

Si telle est la situation en 2018, je ne pense pas qu’elle était meilleure du temps de jésus !

On comprend donc encore mieux sa colère, lorsque les Pharisiens viennent pour le piéger et requérir son approbation sur leur petits arrangements avec la loi ! C’est pour cela que Jésus invoque la Genèse, ce qui est, parait-il une manière habituelle dans les « joutes » oratoires entre Scribes et pharisiens. » Au commencement, il n’en était pas ainsi ! Que nous disent ces « commencements »? Il nous rappellent l’égale dignité des deux êtres crées par Dieu, la réciprocité de leur relation et leur mission de couple sur la terre : sceller entre eux une alliance d’amour ! Quitter l’ancien ( père et mère ) pour faire du nouveau. Et jésus termine par ce souhait  » Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ». Dans le texte grec, le temps employé pour le verbe » séparer » est l’optatif qui exprime un souhait, un peu comme lorsqu’on formule des voeux de bonheur aux jeunes mariés.

Et c’est bien dans cette espérance que sont la grande majorité des couples qui se marient . « Amour » rime avec « toujours », avec  » pour la vie »! Personne ne souhaite en arriver à la nécessite de divorcer et même si il arrive un moment où cette solution est un moindre mal ( le pape le reconnait clairement dans Amoris laetitia ) c’est une terrible épreuve sur le chemin ! La phrase de Jésus n’est pas une condamnation de ceux qui ont vécu cet échec, mais un encouragement aux couples pour qu’ils s’efforcent de le vivre ainsi. Quand allons nous être capable dans notre Eglise-institution d’accepter le divorce comme un échec qui peut être dépassé et déboucher sur une nouvelle vie et peut-être sur un nouvel amour, sans pour autant souhaiter de tout son coeur que les couples vivent heureux jusqu’à ce que la mort les sépare ! Est-ce que cette attitude nie l’indissolubilité souhaitée ?

Si on lit les quelques autres phrases,si peu nombreuse d’ailleurs, que jésus a prononcé sur les rapports homme-femme dans l’Évangile, on trouve comme toujours une exigence évangélique encore supérieure à celle de « ne pas divorcer » qui elle en reste au niveau légaliste. Jésus n’a-t-il pas dit également  » celui qui regarde une femme avec convoitise à déjà commis l’adultère dans son coeur »…Alors je vous dis « que celui qui n’a jamais regardé une femme avec convoitise, jette la première pierre « …Il ne doit pas y avoir beaucoup de nos bons maris qui ne se sentent concernés par cette remarque de Jésus ! Et j’oserai dire que c’est tant mieux, car cela veut dire qu’ils ne sont pas insensibles…le contraire serait plutôt inquiétant non !

Et puisque nous pouvons maintenant oser la symétrie, c’est valable aussi pour nous…n’avons jamais été insensible à un autre homme ! Plutôt l’épaule ou le torse que les jambes… mais le mal ( mâle) est fait !

Conclusion

Allez relire Amoris laetitia pour se rafraichir les idées et s’offrir un bon bol d’air …et de miséricorde.

 

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