20 mars 2020

Je suis vivante de trouille

J’ai beau me raisonner, me confiner citoyennement, me claquemurer proprement, me laver les mains au savon régulièrement, manger des conserves, me bourrer de vitamines C…je n’en mène intérieurement pas large, même si je ne dis rien à personne.

Je me force un peu à respirer ce printemps  » glorieux » que les cieux nous octroient, mais le cœur reste inquiet et l’instant de joie devant les fleurs de pruniers est vite rattrapé par les sirènes de ambulances qui vont rejoindre les hôpitaux pas loin de chez nous.

 

Comme beaucoup d’entre vous, je pense, on a fait un groupe Wathsapp où s’échangent des instantanées de la vie quotidienne…la distance ne compte plus…Finalement on communique davantage qu’en temps ordinaire…et ça fait du bien.

 Partout les écoles, les paroisses, les groupes, les assos et mouvements s’organisent pour poursuivre les activités…quelles inventions, quelles bonnes idées ! Certainement des choses vont changer qui marqueront la vie de nos familles et de nos communautés. Internet et les moyens de communications donnent des possibilités nouvelles de faire face à cette situation.

Mais malheur à ceux qui ne sont pas connectés…

Il est certain que Pâques se passera dans nos maisons…et que les paroisses rivaliseront d’idées pour que les chrétiens qui le souhaitent puissent vivre ces trois jours « en communion »…C’est une belle occasion de se poser plein de questions et sans doute de trouver un nouveau sens à ces différents temps …Cela questionne aussi sur la trop grande importance qu’a prise dans l’Eglise des liturgies « trop soignées », « trop bien huilées », ou le spectacle semble primer sur ce que doit vivre chacun-ensemble…Mais le Vatican , ou plutôt la congrégation pour le »culte divin » reconnaissant l’impossibilité de certains gestes ou types de célébrations pascales ne peut s’empêcher de donner quelques directives . Sans doute craint-il un peu trop d’inventions de la part des communautés !

Le grand sujet reste celui de la confession, pas vraiment indiqué en ce moment. Comment faire, avec un masque sur la figure, dans un espace aéré, séparé de plus d’un mètre cinquante du prêtre pour que l’échange puisse rester secret.

On ne peut pas le faire par Internet…Le pape nous fait  quelques propositions de bons sens…qui sont parait-il dans le Catéchisme de l’Eglise catholique…On peut le faire, à la protestante, directement avec Dieu…mais c’est vraiment à cause du corona.

Le plus important pour Pâques est la question de la chasse aux oeufs…dans un petit appartement…il va falloir être inventifs là encore !

Je termine par un texte qui circule sur Internet; J’ai cherché à en savoir plus…mais rien trouvé…je vous laisse savourer…

La Speranza

D’une religieuse de Mila

La Speranza en Italie ces jours-ci, c’est le ciel d’un bleu dépollué et provocant, c’est le soleil qui brille obstinément sur les rues désertes, et qui s’introduit en riant dans ces maisonnées qui apprennent à redevenir familles.

La Speranza ce sont ces post-it anonymes par centaines qui ont commencé à couvrir les devantures fermées des magasins, pour encourager tous ces petits commerçants au futur sombre, à Bergame d’abord, puis, comme une onde d’espérance – virale elle aussi – en Lombardie, avant de gagner toute l’Italie : « Tutto andrà bene ❤ » (et comment ne pas penser à ces paroles de Jésus à Julienne de Norwich « …ma tutto sarà bene e tutto finirà bene »* ?),

La Speranza c’est la vie qui est plus forte et le printemps qui oublie de porter le deuil et la peur, et avance inexorablement, faisant verdir les arbres et chanter les oiseaux.

La Speranza ce sont tous ces professeurs exemplaires qui doivent en quelques jours s’improviser créateurs et réinventer l’école, et se plient en huit pour affronter avec courage leurs cours à préparer, les leçons online et les corrections à distance, tout en préparant le déjeuner, avec deux ou trois enfants dans les pattes.

La Speranza, tous ces jeunes, qui après les premiers jours d’inconscience et d’insouciance, d’euphorie pour des « vacances » inespérées, retrouvent le sens de la responsabilité, et dont on découvre qu’ils savent être graves et civiques quand il le faut, sans jamais perdre créativité et sens de l’humour : et voilà que chaque soir à 18h, il y aura un flashmob pour tous… un flashmob particulier. Chacun chez soi, depuis sa fenêtre… et la ville entendra résonner l’hymne italien, depuis tous les foyers, puis les autres soirs une chanson populaire, chantée à l’unisson. Parce que les moments graves unissent.

La Speranza, tous ces parents qui redoublent d’ingéniosité et de créativité pour inventer de nouveaux jeux à faire en famille, et ces initiatives de réserver des moments « mobile-free » pour tous, pour que les écrans ne volent pas aux foyers tout ce Kairos qui leur est offert.

La Speranza – après un premier temps d’explosion des instincts les plus primaires de survie (courses frénétiques au supermarché, ruée sur les masques et désinfectants, exode dans la nuit vers le sud…) – ce sont aussi les étudiants qui, au milieu de tout ça, ont gardé calme, responsabilité et civisme… qui ont eu le courage de rester à Milan, loin de leurs familles, pour protéger leurs régions plus vulnérables, la Calabre, la Sicile… mais surtout qui résistent encore à cet autre instinct primaire de condamner et de montrer du doigt pleins de rage ou d’envie, ceux qui n’ont pas eu la force de se voir un mois isolés, loin de leur famille, et qui ont fui.

La Speranza c’est ce policier qui, lors des contrôles des « auto-certificats » et tombant sur celui d’une infirmière qui enchaîne les tours et retourne au front, s’incline devant elle, ému : « Massimo rispetto ».

Et la Speranza bien sûr, elle est toute concentrée dans cette « camicia verde » des médecins et le dévouement de tout le personnel sanitaire, qui s’épuisent dans les hôpitaux débordés, et continuent le combat. Et tous de les considérer ces jours-ci comme les véritables « anges de la Patrie ».

Mais la Speranza c’est aussi une vie qui commence au milieu de la tourmente, ma petite sœur qui, en plein naufrage de la Bourse, met au monde un petit Noé à deux pays d’ici, tandis que tout le monde se replie dans son Arche, pour la «survie», non pas des espèces cette fois-ci, mais des plus vulnérables.

Et voilà la Speranza, par-dessus tout : ce sont ces pays riches et productifs, d’une Europe que l’on croyait si facilement disposée à se débarrasser de ses vieux, que l’on pensait cynique face à l’euthanasie des plus « précaires de la santé »… les voilà ces pays qui tout d’un coup défendent la vie, les plus fragiles, les moins productifs, les « encombrants » et lourds pour le système-roi, avec le fameux problème des retraites…
Et voilà notre économie à genoux. À genoux au chevet des plus vieux et des plus vulnérables.
Tout un pays qui s’arrête, pour eux…

Et en ce Carême particulier, un plan de route nouveau : traverser le désert, prier et redécouvrir la faim eucharistique. Vivre ce que vivent des milliers de chrétiens de par le monde. Retrouver l’émerveillement. Sortir de nos routines…

Et dans ce brouillard total, naviguer à vue, réapprendre la confiance, la vraie. S’abandonner à la Providence.

Et apprendre à s’arrêter aussi. Car il fallait un minuscule virus, invisible, dérisoire, et qui nous rit au nez, pour freiner notre course folle.

Et au bout, l’espérance de Pâques, la victoire de la vie à la fin de ce long carême, qui sera aussi explosion d’étreintes retrouvées, de gestes d’affection et d’une communion longtemps espérée, après un long jeûne.

Et l’on pourra dire avec saint François « Loué sois-Tu, ô Seigneur, pour fratello Coronavirus, qui nous a réappris l’humilité, la valeur de la vie et la communion ! ».

Courage, n’ayez pas peur : Moi, j’ai vaincu le monde ! (Jn 16, 33)

Une religieuse de Mila

La France c’est l’Italie avec quelques semaines de retard…

 

Cet article a été publié dans 2020 03 Mars. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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