contribution d’un couple

A propos du document préparatoire synodal

du 5 novembre 2013

Une réflexion pastoralo-canonique sur les questions posées par les §§ 2, 3 et 4

 

 

Auteur : couple marié impliqué dans la préparation au mariage et dans l’accompagnement des personnes divorcées remariées.

 

A propos du §2 :

 

1) Constat

 

De plus en plus, à la notion de loi naturelle se substitue dans la société la notion de loi de la majorité qui devient le référentiel pour le commun des citoyens. L’exemple des jeux télévisés où la « bonne réponse » n’est pas la réponse correcte mais celle qui reçoit l’approbation de la majorité des téléspectateurs de l’émission est sur ce point symptomatique.

 

Une « loi naturelle » qui exclus par sa définition même du statut de « famille » un grand nombre de situations et réalités familiales (familles recomposées, famille monoparentales, familles homosexuelles,…) n’est plus audible dans la société française actuelle, ne serait-ce que parce que le vocable « famille » est associé à des réalités familiales objectives diverses. Il semble que le référentiel de la famille soit devenu une « unité économique autonome d’intérêts affectifs communs ».

 

Pour les baptisés « informés », la notion de « loi naturelle » à propos de l’union de l’homme et de la femme se heurte à quelques incohérences :

 

  • Le mariage civil ou coutumier de deux personnes non baptisées est reconnu valide au nom de cette loi naturelle qui de fait s’impose (aux yeux de l’Eglise) à ces personnes qui n’en ont pas nécessairement la même conscience
  • Dans certaines cultures l’union de l’homme et de la femme est au service de l’union des clans et le consentement individuel des personnes est secondaire et donc imposé.
  • Par contre le mariage civil ou coutumier de deux personnes baptisées est invalide, ce qui est contradictoire avec l’exercice de leur droit naturel au mariage selon la loi naturelle et ce qui leur impose une démarche sacramentelle qui est une violation de leur liberté religieuse, en particulier si elles font partie des « mal croyants » pour qui la démarche sacramentelle n’a pas de sens (l’initiation chrétienne étant par ailleurs incomplète : baptême, mais pas de première communion, ni de confirmation).
  • Certes on pourrait argumenter qu’à la loi naturelle s’ajoute une loi divine positive pour les baptisés et que c’est le Christ lui-même qui élève l’alliance des personnes à la dignité de sacrement. Mais alors le consentement civil ou coutumier de deux baptisés selon la loi naturelle serait suffisant et élevé par le fait même à la dignité de sacrement.(c’est d’ailleurs le cas pour deux mariés protestants bien qu’ils ne le reconnaissent pas eux-mêmes).
  • De plus, s’il s’agit du mariage d’un baptisé et d’un non baptisé, l’absence de dispense rendra le mariage invalide par défaut de forme canonique. Là l’incohérence monte d’un cran puisqu’une loi purement ecclésiastique (donc humaine) va supplanter la loi naturelle et la loi divine positive – et de plus pour un mariage non sacramentel.

 

Il paraît donc difficile d’argumenter avec autorité sur la loi naturelle concernant l’union de l’homme et de la femme si par ailleurs on ne respecte pas cette loi naturelle.

 

Pratiquement, dans nos sociétés occidentales, le mariage à l’église relève d’un souhait social de « sacraliser » l’évènement, voire d’une certaine invocation à un idéal de pérennité, mais pas nécessairement un engagement irrévocable de deux personnes pour construire et réaliser un projet « conjugal et parental » selon la vision du Mariage catholique sacramentel.

 

A cette demande de « sacralisation » (on pourrait dire de bénédiction) de l’évènement, l’Eglise répond par un seul « produit » : le Mariage sacramentel (matrimomium in fieri) alors que les aptitudes ou volontés à l’état de vie conjugale (matrimonium in facto esse) sont absentes. Il en va de la dignité même du sacrement de Mariage.

 

2) Proposition

 

En ce qui concerne les baptisés non pratiquants ou non croyants, on oppose souvent l’incapacité à mesurer la foi des personnes et donc à leur refuser la grâce du sacrement de Mariage, voire même on oppose un « ius conubii » , un droit au mariage qui ne permettrait pas d’interdire le mariage.

 

La première chose à faire serait de distinguer le droit à l’état conjugal qui relève du droit naturel, du droit au Mariage catholique sacramentel qui est une démarche volontaire de baptisés et qui suppose la foi. On constate en effet que pour les baptisés « mal croyants » on va célébrer un Mariage sacramentel tout en dissuadant de le célébrer au cours d’une Eucharistie au motif du manque de pratique et de compréhension du sacrement (nouvelle incohérence).

 

Ce n’est pas respecter la dignité du sacrement de Mariage que de l’imposer à des personnes qui n’en comprennent pas le sens et qui ne sont pas nécessairement disposées à en comprendre et assumer les conséquences, surtout si ce n’est pas leur demande.

 

Il semble donc que l’Eglise devrait se concentrer sur la défense de la dignité du sacrement de Mariage en développant deux axes :

 

  • Une diaconie d’accueil de ceux qui veulent célébrer cet évènement de leur vie en proposant d’animer à cette occasion une prière et une « béné-diction ». L’ouverture même de ce type de prière à des non baptisés pourrait même être envisagé Cette démarche reconnaîtrait la valeur de la promesse faite selon le mariage civil ou coutumier et pourrait en affirmer la validité aux yeux de l’Eglise et en conséquence la non admission à une nouvelle « bénédiction » sans dispense particulière.
  • Un Mariage sacramentel qui serait l’aboutissement d’une préparation incluant une initiation chrétienne complète et qui pourrait être le fruit de l’accompagnement attentif des couples ayant vécu la « bénédiction », ou destiné à des personnes dont la « rite dispositio » est attestée par ailleurs afin de prononcer un consentement solennel in facie Ecclesiae pour recevoir et être le sacrement.
  • Une telle approche semble plus respectueuse des personnes et de la dignité du sacrement de Mariage que de reconnaître à posteriori des nullités du mariage, ce qui incite à dire qu’aujourd’hui l’Eglise célèbre 80% de mariages nuls, que la nullité soit revendiquée ou pas. Elle maintiendrait une présence de l’Eglise à cet instant important de la vie humaine et qui est un des quelques terrains d’évangélisation et de mission auprès des non et mal croyants.
  • L’opportunité d’une nouvelle bénédiction, voire d’un Mariage sacramentel pourrait s’évaluer de façon souple par une dispense conditionnée par la vérification de justice et de charité établie avec l’ex conjoint.

A propos du §3 :

 

1) Constat

 

La réflexion sera centrée sur la préparation au mariage. Il est certain que de nombreux mouvements font des propositions intéressantes et utiles pour le développement de « l’Eglise domestique » mais cela suppose :

 

  • Que les couples appartiennent effectivement à ces mouvements transverses
  • Que les pasteurs ne les considèrent pas comme des propositions concurrentes à la paroisse ;
  • Que les propositions soient effectives et fortement promues à l’occasion des rencontres « naturelles » avec l’Eglise (mariage, baptême, funérailles)

 

Pour revenir à la préparation au mariage, il y a une incohérence dans Familiaris Consortio 66 qui, à la fois fait la promotion d’une préparation au mariage soignée (lointaine, proche, immédiate) mais qui de toute façon s’interdit de faire de son absence un empêchement :

 

  • D’autant plus que la préparation lointaine (en famille) peut être inexistante ou perturbée (séparation, divorce…)
  • Que la préparation proche suppose une participation pendant l’adolescence à des mouvements ou des contacts permanents avec l’Eglise, ce qui est rare.
  • Que la préparation immédiate se résume quelquefois à un simple weekend, voire même à une ou deux rencontres avec un prêtre qui n’abordera pas la dimension interpersonnelle et relationnelle du mariage et se contentera d’en rappeler les « quatre piliers » sans en vérifier la réelle appropriation par les futurs époux et de préparer la célébration proprement dite.

 

Sans nier qu’un énorme effort ait été fait depuis Vatican II pour la préparation au mariage, dont nos parents n’ont pas bénéficié, notre expérience de préparation au mariage nous conduit à constater que plus de 80% des couples que nous rencontrons :

 

  • Ne demandent pas un Mariage chrétien sacramentel mais seulement « un mariage à l’église »
  • N’ont pas de pratique régulière et n’ont pas de formation catéchétique (au mieux arrêtée au niveau de l’enfance)
  • N’ont pas de notion de la personne du Christ et de la grâce sacramentelle
  • Veulent essentiellement donner une certaine dimension sacrée à leur engagement, mais plutôt dans une attitude incantatoire que de véritable engagement à œuvrer pour la construction de ce projet matrimonial.

 

A notre connaissance les manuels supports de préparation, et jusqu’au formulaire de « projet de vie » que l’on fait remplir aux fiancés, restent dans la logique des « 4 piliers » et sont donc fortement imprégnés et se limitent aux biens augustiniens du mariage, et l’on n’explore pas la définition du Mariage de Vatican II en approfondissant la notion de communauté de vie et d’amour et le bien des conjoints, alors que ce sont les fins essentielles du Mariage selon Vatican II et vraiment la colonne vertébrale du « mariage état de vie » (in facto esse). Certains pasteurs parlent encore du « droit au corps », ce qui n’est plus audible aujourd’hui.

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