Mgr Lovey

L’évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey, réagit pour cath.ch à la publication de l’exhortation apostolique “Amoris Laetitia”. Le délégué de la Conférence des évêques suisses au Synode sur la famille en octobre 2015 y retrouve largement le ton et le contenu des débats romains. “Ce qui est assez neuf et formidable dans cette exhortation est cette absence de jugement, ce discernement patient et cette pastorale des petits pas”, explique-t-il.

Un des accents majeurs de l’exhortation apostolique “Amoris Laetitia” est le discernement face à la diversité des situations de vie. Mais le texte ne précise guère à qui revient la responsabilité de cette tâche.

Mgr Jean-Marie Lovey: L’exhortation ne liste pas les degrés et les niveaux de responsabilité. On parle de ‘pasteurs’. Une note précise néanmoins que les pasteurs sont éclairés par l’Evangile et par le jugement de l’évêque. Nous, évêques, prêtres ou accompagnateurs laïcs, devons vivre en dialogue et avoir la capacité d’accompagner toutes les situations.

Pour mettre en oeuvre ce discernement, il faut pouvoir se reposer sur des critères?

Etablir des critères est nécessaire. Cela sera la tâche des pastorales familiales des divers diocèses et de la Conférence des évêques suisses(CES). Des directives communes permettent de ne pas partir dans tous les sens, même si les situations restent individuelles. Pour que l’exhortation porte son fruit, elle doit être accueillie, discutée, travaillée. Cela fait clairement partie de notre tâche d’évêques.

Le pape, en insistant sur une approche pastorale des situations personnelles, veut favoriser l’intégration. Il entrouvre la porte de l’accès aux sacrements pour les divorcés-remariés.

Pour certains, l’accès à la communion des divorcés remariés serait le sommet de l’intégration. Mais le texte, à mes yeux, nous invite surtout à réfléchir sur ce qui fait que l’on est membre d’un corps, sur ce qu’est l’ecclésialité, sur notre participation et notre responsabilité. Le pape cite quelques éléments comme la catéchèse, la liturgie, mais il y a aussi beaucoup d’autres choses dans la diaconie par exemple.

Intégrer ne signifie pas nier la différence.

J’ai parfois l’impression que l’on reste bloqué devant la porte fermée de la communion sacramentelle, alors qu’il y a tant d’autres portes pour participer à la vie de l’Eglise. Il ne faut pas se focaliser sur l’eucharistie, la liturgie de la parole est ainsi aussi une forme de participation.

Certains ne manqueront pas d’estimer qu’à force de prêcher l’intégration, on risque de tomber dans le relativisme.

Intégrer ne signifie pas nier la différence. Cela consiste à permettre à chacun d’avoir la place qui est la sienne. Dans le cœur de Dieu, il y a de la place pour tous. L’intégration ce n’est pas dire ‘tout est égal, tout est relatif’. C’est déterminer le charisme que chacun peut mettre au service du corps ecclésial. Ce qui est assez neuf et formidable dans cette exhortation est cette absence de jugement, ce discernement patient et cette pastorale des petits pas.

L’exhortation ne fait aucune nouvelle ouverture envers les personnes homosexuelles. Beaucoup continueront à se sentir mises à l’écart.

A mon sens ne pas reconnaître aux unions homosexuelles le statut de mariage ne signifie pas une exclusion. C’est d’abord et avant tout défendre le mariage chrétien qui se réalise dans l’union exclusive, libre et définitive d’un homme et d’une femme, à l’image de l’union entre le Christ et l’Eglise.

L’exhortation admet que d’autres formes d’unions peuvent aussi dire quelque chose de l’amour humain, mais cela ne correspond pas à l’idéal chrétien. Ceci dit, je pense que nous devons nous efforcer de trouver une place dans le corps ecclésial pour les personnes qui ont des tendances ou une orientation homosexuelle.

La famille c’est aussi et peut-être surtout la génération d’enfants.

L’exhortation livre de longs et beaux passages sur l’éducation des enfants dans la variété des situations et des contextes. Elle insiste sur la transmission des valeurs au sein de la famille, avec les dimensions éthique, religieuse et spirituelle. On pourrait dire que la préparation au mariage commence au berceau. Le pape propose aussi l’éducation sexuelle comme une éducation à la vie et à l’amour

 

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