Cardinal Wuerl

 Dans un article de la Vie,( 26 octobre ) Charles de Pechpeyrou interroge le cardinal Wuerl

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Archevêque de Washington, le cardinal Donald Wuerl était l’un des dix membres de la commission chargée par le pape de rédiger le document final du synode sur la famille. Il y a un mois, il avait reçu François dans son diocèse. Pour La Vie, il revient sur le travail du groupe avec le pape et le flou laissé autour de la question de la communion pour les divorcés remariés dans le document final.

La Commission chargée d’élaborer le rapport final était constituée de membres à forte personnalité, d’opinions et de pays différents : comment s’est passé votre travail, et notamment la rédaction du texte final ?

En tant que membres de la commission chargée de la rédaction du rapport final, notre principe de départ a été de vouloir rédiger un document de consensus. Nous voulions produire un texte dont les évêques présents dans la salle des séances diraient « oui, c’est ce qui a été dit ». Il s’agit de présenter non pas une opinion ou une autre, mais ce dont nous avons parlé. Sur certains points, il y a eu un consensus. Et dans les cas où il y a eu des opinions différentes, nous avons essayé d’équilibrer le document, pour que les pères synodaux puissent dire « oui, il y a un bon équilibre de tous les éléments qui ont été mentionnés ». C’est ce que nous avons commencé par faire : prendre une décision à propos de notre travail et affirmer : ce document ne doit pas être ce que nous voulons dire, c’est ce que nous avons entendu dire, c’est ce que les évêques ont écrit dans leurs amendements, c’est ce que les pères synodaux ont dit. Voilà quel a été notre point de départ et c’était un bon moyen de parvenir à un document de consensus. Et souvenez-vous que nous parlons maintenant de questions pastorales. Nous n’avons eu aucun problème de doctrine, tout le monde partage la même doctrine.

Vous avez travaillé en un temps record, pour produire un texte très fourni. Y a-t-il pourtant des points qui selon vous auraient dû être davantage approfondis ?

Non, je ne crois pas qu’il ait été possible d’apporter, dans ce texte, des développements supplémentaires, parce que le synode n’a duré que trois semaines et que les discussions ont pris deux semaines et demie. Donc tout ce que nous pouvions faire était d’essayer de présenter ce que les évêques avaient dit, ce qu’ils pouvaient penser notamment sur les questions pastorales. Mais c’est dans l’avenir que tout le matériel du synode servira à l’Eglise, comme matière à réflexion et à prière. Je pense que nous avons fait notre travail. Le travail du synode n’était pas de répondre à toutes les questions de pastorale, mais d’établir un cadre dans lequel ces questions puissent être discutées dans l’avenir.

Comment le pape a-t-il reçu ce texte ? Va-t-il s’en servir pour l’écriture d’une exhortation apostolique ?

Tout d’abord, le premier jour où nous avons travaillé à la rédaction, le pape est passé nous voir. Il n’est pas resté longtemps, il nous a juste rappelé ceci : « ce texte doit exprimer un consensus à propos de ce qui a été dit au synode. Je veux que vous fassiez en sorte qu’il n’exprime pas ce que vous pensez, mais ce que le synode pense ». Puisque la totalité du document a été votée par les deux tiers de tous les évêques, et la plupart de ses éléments par près de 95% des évêques, cela veut dire que nous avons fait notre travail. C’est pourquoi, une fois le travail fini et le vote terminé, le pape nous a indiqué qu’il était satisfait de la manière dont les choses s’étaient passées.

Maintenant que va-t-il en faire ? Nous lui avons fourni ce document et… je ne sais pas. Comme vous le savez, dans le passé, les synodes remettaient le matériel au pape et il écrivait une exhortation apostolique. Va-t-il le faire ? Va-t-il en utiliser une partie pour les allocutions qu’il prononce lors des audiences du mercredi, ou pour ses homélies à la messe du matin…? Va-t-il remettre certains éléments aux services du Vatican pour qu’ils y travaillent et qu’ils réfléchissent ? Mais la procédure a déjà abouti dans la mesure où toute l’Eglise réfléchit à ces questions et elle aura besoin d’être guidée par le pape. Je suppose qu’il va écrire quelque chose mais j’ignore sous quelle forme.

En lisant les dernières lignes du document, on a l’impression que les évêques attendent du pape qu’il écrive un texte et qu’ils pourraient être déçus s’il ne le faisait pas…

Oui et c’est pourquoi, lorsque nous avons remis le texte au pape et que nous l’avons interrogé, il a dit : « tout cela est désormais public, donc cela constitue déjà un point de départ ». Nous pouvons lire ce texte et dire : voilà toutes les choses sur lesquelles les évêques se sont mis d’accord. Donc nous pouvons utiliser ce matériel dès maintenant. Je n’ai pas à attendre que le pape confirme ce qui est contenu dans ce document. Mais je pense que le pape va nous guider en ce qui concerne la pastorale, la pratique.

Y a-t-il eu un moment où vous avez pensé que le document ne serait pas publié ?

Non. C’est l’un des points à propos desquels, à mon avis, le pape François nous a tous aidés à voir clair : lorsque vous participez à une discussion, à un débat, à propos de la manière de proclamer l’Evangile, de le partager, d’inviter les gens à le vivre, il est très sain que cette discussion soit ouverte à tout le monde, de telle sorte que chacun puisse y participer. En particulier parce qu’il a été clair dès le premier jour sur le fait que rien, dans l’enseignement de l’Église n’allait changer. L’enseignement de Jésus, c’est l’enseignement de Jésus. Mais comment espérons-nous que les gens le vivent ? Voilà le défi que nous devons relever et, à mon avis, plus les gens en parlent, plus nous avons de chances de les aider à le vivre.

Pendant les votes, avez-vous craint que les paragraphes sur les divorcés remariés ne passent pas ?

Disons que j’espérais que tout serait approuvé. Et en voyant comment tout se déroulait, lorsque nous en sommes arrivés à ces chapitres, je me suis senti plutôt tranquille, plutôt confiant.

Les analyses du rapport final divergent d’un média à l’autre en ce qui concerne la question des divorcés remariés, certains parlant de victoire, d’autres d’échec. Comment expliquez-vous cette diversité d’interprétations ?

Je pense que les différences dans l’analyse tiennent à ce que certaines personnes disent : si les divorcés remariés ne sont pas admis à communier, alors rien n’est changé. Et que d’autres assurent – et je crois que c’est vrai – que l’Église dit que, si vous êtes divorcé et remarié, vous faites encore partie de la famille et qu’il y a beaucoup de choses que vous pouvez faire, même si vous ne pouvez pas recevoir la communion. C’est ce que nous pouvons voir dans le document : l’accueil est mis en avant. Il n’a pas modifié la discipline en ce qui concerne la communion, mais il dit que, dans des cas individuels, les personnes devraient rencontrer un prêtre et parler de leur situation particulière. Mais la discipline de l’Église en général ne va pas changer. Le synode dit aux divorcés remariés : votre situation n’est pas parfaite, mais vous faites toujours partie de la famille.

Le mot communion n’apparaît pas…

… parce que nous n’avons pas voulu en parler. Le synode ne portait pas sur la communion, mais sur la rencontre, l’accompagnement et l’accueil. Le synode ne portait pas sur l’accès des divorcés remariés à la communion, mais sur le mariage et la famille, et sur la manière d’aider autant de gens que possible à vivre l’enseignement de l’Eglise. Nous avons dit consciemment : ne nous concentrons pas sur la communion.

Avec ce rapport, s’est-on détaché de Familiaris Consortio ?

Non. En fait le document cite Familiaris consortio plusieurs fois. Il s’appuie dessus et commence à l’appliquer aux circonstances et aux situations actuelles. Familiaris consortio est toujours une partie très vitale de la vie de l’Église. Le pape Jean-Paul II y dit beaucoup de choses qui sont très compatibles avec la direction prise par le Synode.

 

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