Evêque de Braga 2018

Texte de l’annexe de la lettre pastorale de l’évêque de Braga

Annexe à la lettre pastorale « Construir a casa sobre a roca » de Mgr  Jorge Ortiga archevêque de Braga (Portugal) – janvier 2018

Proposition d’éléments pratiques pour un processus d’accompagnement, de discernement et d’intégration de personnes divorcées en nouvelle union civile

 (Texte original portugais traduction P. J. Purpan et C. Mignonat)

 

Introduction

 

  1. Le principe défendu par le pape Francois que le temps est supérieur à l’espace” (Evangelii gaudium 221; Amoris laetitia – AL 3) permet, précisément, de reconnaître qu’il est toujours possible d’ouvrir un processus à différents niveaux. Un processus requiert d’évoluer dans le temps. Et pour un vrai processus de discernement il est nécessaire d’accepter de ne pas avoir de réponse à priori, sinon il n’y a rien à discerner. A ce sujet de façon concrète, les différents éléments impliqués dans le processus (couple « remarié » et accompagnateur spirituel) doivent accepter qu’il ne s’agit pas d’un processus pour obtenir l’accès aux sacrements, mais un chemin pour reconnaître la volonté de Dieu – qui peut être ou non la possibilité d’accéder aux sacrements. C’est l’objectif d’un processus de discernement de la volonté de dieu sur soi.
  2. La première condition pour tout discernement est la liberté interne. Sans cela tout le processus est vicié, et au fond, on recherche que Dieu vienne à la volonté de celui qui « discerne » et non le contraire. Seulement la liberté permet de créer une distance affective critique de la situation, de façon à accepter véritablement ce que l’on perçoit être la volonté de Dieu.
  3. Pour cette raison il est nécessaire que le discernement soit accompagné par un élément externe au couple, avec une expérience d’accompagnement et de direction spirituelle. Le vis-à-vis avec cette tierce personne apparaît essentiel (cf AL 300). La fonction de ce ministère d’Eglise est alors d’orienter le processus depuis l’origine et de servir en ce qui concerne les conflits pour débloquer les processus personnels internes du couple ou de l’un de ses membres, « désamorcer les pièges » spirituels qui empêchent l’avancement du processus, révéler les écarts à la vérité que les intéressés ne peuvent pas voir, aider à se libérer des affects et des désirs désordonnés en relation au sujet, les blessures qui cachent la réalité, etc…
  4. Naturellement les orientations proposées devront toujours être adaptées à chaque situation et à chaque personne, parce que c’est l’essence du discernement. L’âge des intéressés, la durée de la relation actuelle, si les deux sont mariés sacramentellement ou seulement l’un d’eux, si la relation comporte des enfants ou non, la vie de foi, la participation à la vie de l’Eglise, seront quelques uns des signes à prendre en compte pour la mise en œuvre du processus de discernement.

 

Le processus d’accompagnement et de discernement

 

  1. Comment Dieu nous parle-t-il ? Avant tout, à travers la vie, les évènements, les conversations, les situations, les relations… Mais aussi et spécialement à travers la prière. Là Dieu peut se manifester par des signes de Sa présence et de Sa volonté. Ces « signes » peuvent surgir selon trois grandes dimensions : signes orientés vers l’intelligence (quand la lumière se fait sur un sujet précis que nous sommes en train de prier, quand nous percevons que Dieu semble nous parler directement à travers une phrase d’évangile que nous avons lue de nombreuses fois…), signes orientés vers l’émotion (quand, en prière, nous sommes emplis de sentiments de grande joie ou tristesse, d’une paix profonde ou d’inquiétude…) et signes orientés vers la volonté ( quand, en prière, nous nous engageons véritablement sur une cause, nous nous sentons déterminés à changer quelque chose de notre comportement, nous décidons d’agir sur un domaine déterminé que nous avions tendance à repousser…) Ces « signes » sont des déplacements, des motions spirituels, Les motions spirituelles essentielles sont la consolation, et la désolation. Spirituellement ces motions ne son ni un bien être ni un mal être mais d’authentiques mouvements spirituels qui nous permettent de détecter la présence de Dieu. Une décision difficile peut causer un mal être et en même temps une grande paix au niveau le plus profond. Cette consolation profonde, confirmée dans le temps, nous donne avec une bonne probabilité la direction de la volonté de Dieu. Dieu est toujours plus grand. Pour cela, il est impossible d’affirmer avec une totale certitude que telle ou telle motion vient indiscutablement de Dieu. En dernière instance le grand filtre sera les trois vertus théologales : foi, espérance et charité. La décision que je me propose de prendre me rapproche-t-elle de Dieu et de sa vérité (Foi) ? me rapproche d’une vie avec le sens et le désir de construire le règne de la Justice et de la Paix souhaité par Jésus  espérant que cela atteindra sa plénitude à la fin des temps (Espérance)? Me rapproche de mes frères, en aimant le prochain comme moi-même et en me libérant de mes égoïsmes (Charité) ? Ou au contraire, cette décision m’éloigne de la présence de Dieu, ne me dirige pas vers les autres ici et maintenant et m’isole de mes frères ? C’est la différence entre consolation et désolation, bien au-delà de ce que je peux sentir (le sentiment est toujours faillible). La consolation me rapproche de Dieu, de la vie et des frères. Le discernement spirituel est un art pour lire ces « signes ». Donc il convient de noter l’exigence de liberté interne pour être particulièrement attentif aux motions de l’Esprit et ne pas être trompé par les désirs peu libres encore ou par les sentiments plus superficiels qui ne viennent pas de l’Esprit. Au cours du processus, une mesure intéressante pour éviter un malentendu et pour l’accompagnement du conseiller est de prendre note de ces motions, des consolations et désolations spirituelles qui vont surgir de la prière.

 

  1. Le processus d’accompagnement et de discernement se déroule en cinq étape :
  2. Prière et un en vue d’acquérir la liberté interne
  3. Relecture et examen de conscience à propos du mariage sacramentel et de ses conséquences en vue de l’acceptation, la réconciliation intérieure et la « guérison » de toutes les blessures qui peuvent exister.
  4. Evaluation de la relation actuelle : sa stabilité, ses forces et ses fragilités, ses dangers et ses potentialités, ainsi que la conscience de la présence de Dieu et de la vie spiritelles des deux personnes impliquées dans la relation et la famille qui serait par hasard déjà constituée (en particulier les enfants)
  5. Ceci étant donné, s’interroger sur la volonté de Dieu pour eux, en ce moment et sur la meilleure façon, en pratique de prendre une décision en relation à l’accès aux sacrements, qui peut être «oui », « non » ou « pour l’instant non, parce que nous reconnaissons qu’il ya encore des pas à faire » ( pour revenir dans ce cas à discerner plus tard parce que le processus de «  discernement est dynamique et doit demeurer toujours ouvert à de nouvelles étapes de croissance et à de nouvelles décisions qui permettront de réaliser l’idéal plus pleinement. » (AL303);
  6. Pour terminer le processus de discernement, manque toutefois la confirmation de la décision devant Dieu, résumant tout le processus, et cosacrant qu’une décision a été prise en demandant la confirmation de l’évaluation des mouvement intérieurs, des motions de l’Esprit. La méthodologie pourra être la même dans toutes les étapes : en premier lecture et prière personnelle en prenant notes des « motions spirituelles » ensuite,  partage entre les deux membres du couple sur ce qui a été lu et prié, chacun prenant en plus des notes sur ce dialogue, finalement, partage de ce processus avec le conseiller spirituel, à partir du vécu et des notes prises pendant ces quinze jours, en accueillant le «feedback » et de nouvelles « tâches » pour les deux prochaines semaines.

Première étape : la grâce de la liberté interne

 

  1. Dans la première phase il est essentiel de rectifier l’intention. Comme le pape François l’affirme, citant la relation Finalis (n° 85) du Synode des Evêques (2015), pour qu’il y ait un vrai discernement, respectueux de la vérité et de la charité proposées par l’Eglise, «  il faut garantir les conditions nécessaires d’humilité, de discrétion, d’amour de l’Église et de son enseignement, dans la recherche sincère de la volonté de Dieu et avec le désir de parvenir à y répondre de façon plus parfaite […]Lorsqu’on rencontre une personne responsable et discrète, qui ne prétend pas placer ses désirs au-dessus du bien commun de l’Église, et un Pasteur qui sait reconnaître la gravité de la question entre ses mains, on évite le risque qu’un discernement donné conduise à penser que l’Église entretient une double morale. » (AL 300) Pour faciliter l’acquisition de cette intention droite il y a une prière de demande de grâce de liberté interne, l’accompagnateur spirituel peut proposer quelques textes des Ecritures comme pistes de prière et de réflexion personnelle et en couple. Cette étape pourra durer un mois ( évidemment c’est un exemple très large, ce pourra être plus long si l’on voit que c’est approprié), d’une prière quotidienne pratiquée personnellement à ce sujet et partiellement en couple. On propose des rencontres tous les quinze jours avec le conseiller spirituel pour que les membres du couple puissent exposer comment s’est passée la prière personnelle et ce qu’ils vont partager entre eux. Ainsi il est possible de prendre conscience du chemin parcouru et de le réorienter, voire rectifier les mode et « sujets » de prière. Le partage, dans ces rencontres, portera sur la vitalité spirituelle du mois, soulignant les aspects les plus pertinents, à partir des difficultés, des joies, des craintes, des blocages, des différences significatives qui peuvent avoir surgi dans l’interprétation spirituelle des textes et de la prière de chacun des deux membres ont vécu (*).  Il appartient au conseiller spirituel d’écouter, de « lire »  la présence de l’Esprit de Dieu, dans le dit et le non dit, et de s’ajuster à la situation en proposant de nouveaux pas.

(*) Un moyen de débuter ce processus peut être, le diocèse peut le comprendre ainsi, de commencer cette première étape par une retraite de weekend pour un groupe de couples qui cherchent à suivre ce chemin A la fin de la retraite, chaque couple reçoit de nouvelles pistes de prière pour être ensuite accompagné individuellement par le conseiller spirituel pendant le mois suivant (toujours en s’adaptant aux conditions propres à chaque couple .

 

La liberté n’est pas de faire ce qui plait. La liberté, en dernier ressort, est de me libérer de mes désirs égoïstes, de moi-même et de mon ego. Liberté interne ou détachement sont des mots qui expriment l’état d’une personne si attachée à Dieu qu’il n’y a aucune réalité plus attirante et « sainte » c’est-à-dire que la personne n’est pas disposée à abandonner, sauf si Lui le demande. Cela ne veut pas dire  d’étouffer tout désir ou inclination, mais, d’avoir un tel attachement à Dieu, que tout autre attachement y est subordonné et  en harmonie (y compris le désir d’accès aux sacrements). Il ne s’agit en aucune façon d’apathie. Il s’agit de reconnaître ses préférences et d’estimer ses désirs personnels. Mais, ayant reconnu ses préférences, d’être capable de les offrir à Dieu, d’y renoncer à moins que, et seulement si. Dieu le confirme.

 

Voici quelques textes des Ecritures, juste à titre d’exemple :

  • Gn 22,1-19 (Quel est mon absolu ? « Offre-le »-même si c’est de ne pas pouvoir communier)
  • 1 Cor10, 23-33 (Tout m’est permis, mais tout ne me convient pas)
  • Philippiens 3, 7-14 (le plan de Dieu du salut)
  • Mt 6,25-34 (la Providence divine : confiance totale en ce que Sa volonté sera pour mon bien)
  • Mc 2, 23-28 (Jésus et le Sabbat)
  • Mc 2, 27 (Jésus comme modèle de liberté intérieure face à la primauté de l’Amour. Le sabbat fut fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat)
  • Lc 19, 1-10 (Comme Zachée, de quoi dois-je me libérer pour que, en fait, la volonté de Dieu soit au centre de ma vie ?)

J’essaye en vérité de comprendre où je mets mes absolus et où j’ai mon coeur. Ai-je l’intention « de mettre mes désirs au-dessus du bien de l’Église » (AL300), ou suis-je libre d’accepter la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit ? « Seigneur Dieu enseigne moi où et comment Te  chercher, où et comment Te rencontrer. Tu es mon Dieu, Tu es mon Seigneur et je ne T’ai jamais vu. Tu m’as modelé et Tu m’as refaçonné. Tu m’as donné toutes les bonnes choses que je possède et néanmoins, je ne Te connais pas… Enseigne-moi comment Te chercher …. parce que je ne sais pas Te chercher si Tu ne me l’enseigne pas. Je ne Te rencontrerai pas  si Tu ne viens pas  à moi. C’est Toi que je cherche dans mon désir,  c’est Toi que je souhaite dans ma recherche. C’est Toi que je cherche en T’aimant C’est toi qui m’aime quand je Te trouve. » (Saint Anselmo de Cantuária)

Seconde étape : faire mémoire et un examen de conscience du mariage sacramentel

 

  1. Maintenant il s’agit d’être masochiste et de retourner vivre ce qui s’est mal passé. Au contraire, l’objectif est précisément la réconciliation de l’intérieur (et de l’extérieur si possible) avec tout ce qui a été vécu, avec toutes les personnes impliquées et avec les situations éventuellement mal « bouclées ». Désirer le bien de l’autre conjoint et que la paix du Christ l’accompagne. De même reconnaître sa part de responsabilité dans le processus qui a conduit à la rupture du mariage., en assumant des responsabilités et même en décidant de nouveaux actes de générosité vis-à-vis des enfants ou de personnes qui peuvent avoir souffert de la cassure du mariage passé. Bien que le mariage soit devenu « irrémédiablement détruit » (Familiaris consortio, 84), il y a aussi à reconnaître, bien au-delà de la culpabilité, qu’il y a eu un très beau rêve à l’origine, qui finalement ne s’est pas concrétisé, mais qui a donné des fruits positifs : les enfants (s’il y en a), des instants vécus, de la générosité, de la bonté et de la joie. Prendre conscience de ce qui a été appris avec cette relation.Pour encadrer cet examen de conscience qu’AL offre elle-même, je propose de nouveau quelques textes comme proposition de prière.

Textes Is 43, 1-7; Lc 10, 25-37 Demander la grâce de s’ouvrir à la miséricorde de Dieu. La grâce de se sentir en manque de sa miséricorde et de me savoir libre en accueillant le privilège du pardon.

Is 43, 1-7 Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi.

Quand tu traverseras les eaux, je serai avec toi, les fleuves ne te submergeront pas. Quand tu marcheras au milieu du feu, tu ne te brûleras pas, la flamme ne te consumera pas.

Car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur. Pour payer ta rançon, j’ai donné l’Égypte, en échange de toi, l’Éthiopie et Seba.

Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime, je donne des humains en échange de toi, des peuples en échange de ta vie.

 Ne crains pas, car je suis avec toi. Je ferai revenir ta descendance de l’orient ; de l’occident je te rassemblerai.

Je dirai au nord : « Donne ! » et au midi : « Ne retiens pas ! Fais revenir mes fils du pays lointain, mes filles des extrémités de la terre,

tous ceux qui se réclament de mon nom, ceux que j’ai créés, façonnés pour ma gloire, ceux que j’ai faits ! »

La certitude que Dieu m’aime et qu’il cherche mon bien pour m’ouvrir à accueillir sa miséricorde. Se confier pleinement à Son Amour afin des ne rien abandonner de la prière des rencontres ou des réconciliations  parce qu’Il est avec nous.

Les eaux ou le feu de la vie nous privent de la présence de Dieu, même si parfois sa présence est à peine perceptible. Savourons sa présence dans notre vie, même dans les moments difficiles traversés et passés du mariage. Remercions-Le de sa miséricorde et demandons la grâce d’accueillir son amour.

Lc 10, 25-37 En général nous sommes habitués à lire  de texte selon une interprétation moralisante. Le Bon Samaritain fait ainsi,  vas et fais comme lui.Mais il y a une autre interprétation , bien plus ancienne des Pères de l’Eglise. Le Bon Samaritain c’est Jésus. C’est Lui qui soigne les blessures. L’huile et le vin symbolisent les sacrements, l’auberge c’est l’Eglise… Mais que sommes nous appelés à faire nous autres, nous sommes appelés à laisser faire Jésus en nous.

Faire mémoire des fois o^j’ai ressenti la miséricorde de dieu dans ma vie.Savourer, Remercier.

Pour nous (moi mon autre conjoint et le mariage) quelle part d’humanité  a été agressée ? Ce qui nous a vraiment agressé ? Ce qui nous a fait mal ? Ce qui nous a abattus ? Il peut y avoir diverses causes mais certainement notre péché et ce qui nous défigure. Les accoups de la vie (et de notre mariage) qui nous ont dérobé la dignité et nous on laissés au bord de la route de la vie. Regardons les en face, ces « accoups » pour les nommer. Les blessures que cette situation à laissées.. Ayons l’humilité de les montrer au Bon Samaritain pour qu’Il puisse les soigner. Avec une grande transparence et une totale confiance confions nous à la miséricorde de Dieu, laissons nous guérir par Jésus lui-même. Accueillir la miséricorde. Dans ce cadre de la Parole de Dieu on propose l’examen de conscience plus concret présenté par le Pape François dans l’Exhortation

Dans ce processus, il sera utile de faire un examen de conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. Les divorcés remariés devraient se demander

  • comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise ;
  • s’il y a eu des tentatives de réconciliation ;
  • quelle est la situation du partenaire abandonné ;
  • quelles conséquences a la nouvelle relation sur le reste de la famille et sur la communauté des fidèles ;
  • quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu, qui n’est refusée à personne ».

Il s’agit d’un itinéraire d’accompagnement et de discernement qui « oriente ces fidèles à la prise de conscience de leur situation devant Dieu. Le colloque avec le prêtre, dans le for interne, concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir (AL 300).

 

Troisième étape : « évaluation » de la relation actuelle

 

  1. Quand on parle d’évaluation on ne prétend pas se livrer principalement à une opération de calcul quantitatif ni même qualitatif de la vie de famille.. C’est un processus de discernement spirituel. C’est pourquoi les instruments ne sont ni les statistiques ou les chiffres, ni l’interprétation de phénomènes sociologiques de la vie familiale. « L’évaluation » est spirituelle, c’est-à-dire par les motions intérieures en percevant où Dieu se révèle et nous révèle Sa volonté. Les instruments sont la Parole de Dieu, les documents de l’Eglise, la prière personnelle, n partie dans le couple en partie avec l’accompagnateur spirituel. Ce que l’on prétend « évaluer » est essentiellement la stabilité du couple et de la famille, l’éducation des enfants, la pratique religieuse, la vie spirituelle et la mission de la famille. Pour cette étape du processus on propose une lecture guidée et accompagnée dans le temps et la sérénité des chapitres3,4,5 et 9 de l’Exhortation Apostolique Amoris Laetitia.

Ce document comprend diverses références de la Parole de Dieu et de documents de l’Eglise qu’il importe de lire également au fur et à mesure qu’elles sont citées ou référencées par le Pape François. Ce peut être une étape plus étendue dans le temps que prévue, de fait, d’évaluer spirituellement la qualité de la vie familiale. Cela va bien au-delà. Cela peut susciter aussi des sentiments de gratitude sur la façon dont Dieu, bien que cette situation ne soit pas idéale (ce que serait un mariage sacramentel) prend en compte l’état présent et accompagne la vie de famille.

A la lecture des chapitres d’AL en référence et en priant à partir de cette lecture l’intention est de percevoir où l’on peut grandir comme famille et en relation avec Dieu. Et comme dans toutes les familles, celle-ci a besoin aussi de réconciliations, de demander pardon et de pardonner. Ce peut être un temps pour faire de simples propositions pour le futur, pour se questionner comment s’insérer plus dans la vie de l’Eglise, etc.

Cette étape (tout le processus d’ailleurs) peut réellement être une phase de réinvestissement dans la relation et la vie familiale quelle que soit la conclusion du discernement.

 

Quatrième étape : La prise de décision selon la volonté de Dieu

 

  1. Ayant parcouru les trois premières étapes, récolté toutes les données, ayant pris une plus grande conscience de la présence de Dieu, ayant assimilé spirituellement comme personne, comme couple, comme Eglise les différentes phases de la vie et les différentes « motions intérieures » on arrive à la phase de prise de décision. Là de nouveau il n’est pas trop d’insister sur la nécessité de liberté interne. Il ne s’agit pas de faire ma volonté mais la volonté de Dieu. Nous pouvons toujours nous tromper, mais nous avons l’obligation de prendre tous les moyens pour réduire au maximum la marge d’erreur. Les pas de cette étape pourraient être (toujours portés par la prière)
  • Relire les notes prises au long du temps et résuùer le processus annotant et soulignant le plus pertinent ou significatif
  • Prendre conscience des consolations et désolations qui furent vécues ou enregistrées
  • Lire et méditer le chapitre 8 de l’Exhortation Apostolique Amoris Laetitia
  • Prier Lc 12, 33-34. Où est mon trésor ?
  • Prier Mt19, 1-9 et Mt 12, 1-8. Ce que je ressens quand je prie ces textes ?
  • Maintenant se demander et demander à Dieu ce que je dois faire en relation à l’accès aux sacrements. Ce que je ressens honnêtement et librement être la volonté de Dieu pour moi ?
  • Ce qui me provoque consolation ou désolation dans tout cela ? Arrivés là, on propose deux pas pour finir :

 

10.1. Il importe de faire un exercice de conclusion du discernement, comme suit : Pendant une semaine prier et vivre comme si la décision était de ne pas accéder aux sacrements. Prendre conscience de ce que l’on ressent, des mouvements spirituels, ce qu’il y a de paix ou d’inquiétude… La semaine suivante faire l’opposé : prier et vivre comme si la décision était d’accéder aux sacrements. Et, comme dans la précédente semaine, prendre note des mouvements spirituels. Comme ceci, on remarque où Dieu appelle, ce qui donne plus de paix, ce qui rapproche plus lui, de la Vie et des autres.

10.2. Pour confirmer. – ou dans le cas où il n’y a pas de consolations et de désolations évidentes.- par un processus raisonnable et à partir de tout ce qui a été lu, prié, partagé et entendu, faire une liste, avec deux colonnes d’avantages et d’inconvénients de l’accès aux sacrements. Les comparer. On ne s’intéresse pas tant à la quantité de facteurs dans chaque colonne, qu’ au « poids » de chacun. Un avantage peut être égal à beaucoup dinconvénients ou vice versa. Dans un deuxième temps, on fait le même processus avec la possibilité du non accès aux sacrements. Il est très important de ne pas mélanger les deux possibilités. En fait souvent les confondre transforme le discernement en labyrinthe. Sauter d’une possibilité à une autre fait que l’on n’avance pas. Seulement à la fin, après avoir « sélectionné » le pour et le contre pour l’une ou l’autre possibilité, voir ce qui s’est révélé le plus évident. A la fin de ces étapes avec l’honnêteté devant Dieu et en toute liberté, basé sur ce qui a été vécu dans tout le processus, on prend une décision qui semble être conforme à la volonté de Dieu.

 

 

Comme affirmé au début, ce peut être :

1) l’accès aux sacrements;

2) le non accès aux sacrements;

3) pas pour l’instant, il y a encore des pas  à faire dans notre vie, le discernement doit continuer.

 

Confirmation de la décision prise

 

  1. Le processus de discernement se termine avec la confirmation de la décision prise. Un temps fort de prière ( on propose une retraite) face au Seigneur ressuscité, Lui offrant la décision. Se laisser toucher par Sa présence et Lui demander de confirmer ladécision prise. De nouveau, liberté, consolation, désolation prennent là une place essentielle. Prenant en compte que le processus a bien été poursuivi, vu que le Seigneur n’a pas montré de signes cotraires à la décision prise, alors, en toute liberté, assume la.. Il n’appartient pas au conseiller spirituel de prendre la décision à proprement parler, mais, à travers l’accompagnement, d’assurer que tout le processus s’est déroulé, comme il doit reconnaître l’examen de conscience des personnes, car « nous sommes appelés à former les conscience et pas à se substituer à elles » (AL 37). Ceci étant fait, on doit aussi le confirmer du côté de l’Eglise la décision prise. De cette manière ceci permet d’achever le processus d’accompagnement, de discernement et d’intégration.

 

Remarque finale

 

  1. Ce parcours est pensé pour se dérouler sur quelques mois, par exemple, commencer au début d’une année pastorale (octobre, novembre) et finir à Pâques (le Jeudi Saint pourrait être un jour approprié pour ceux dont le discernement a conduit à recevoir la communion Eucharistique). Mais, évidemment, ce sera à adapter à chaque situation. En plus d’un vrai discernement, ce temps pourra certainement apparaître comme une opportunité de formation et d’investissement dans la vie spirituelle personnelle et familiale.

 

 

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