Chapitre VIII complément suite et fin

                                Suite et fin

Bien allongés sur le dos, face aux lampadaires de la rue, qui coloraient tout d’une lumière orangé, ils s’offraient donc une dernière soirée de «  discussion »

«  Alors, c’est vrai ce que tu as dit dans la voiture toute à l’heure ! Tu vas m’écrire des vraies lettres, sur du vrai papier et tu feras confiance à la poste pour me les faire parvenir ! » commença Laëtitia.

« Mais oui, on peut essayer » répondit Maurice «  A moins que tu ne saches plus écrire avec un vrai crayon ! »

Elle fit mine de prendre un crayon et elle écrivit un grand OK sur la paume de la main de Maurice qui dépassait du sac de couchage.

« En attendant, tu me dois les explications de ton canoniste pour éclairer les explications qui sont censés nous faire comprendre le texte ! » lui rappela Laetitia.

« Ça tombe bien, car il vient de m’envoyer plusieurs pages de laïus, suite au mail où je lui ai avoué que je ne comprenais rien à son « aide ». »

« Et c’est enfin plus clair ? »

« Oui car il nous donne des exemples de situations concrètes de couples, de leur parcours de vie et de leur situation par rapport à la loi qu’il appelle d’ailleurs discipline de l’Église et qui se trouve dans le code de droit canonique »

« Alors raconte » lui enjoignit-elle.

Il lui expliqua alors que par exemple si un membre d’un couple de personnes non baptisées, donc mariés uniquement civilement,  divorce et qu’il rencontre une personne chrétienne célibataire, il ne lui sera pas possible de se marier à l’Église avec elle. Par contre, si une personne chrétienne mariée seulement civilement, divorce, elle pourra se remarier avec quelqu’un à l’Église. Qu’une personne qui, sans jamais concrétiser ses différentes unions par un mariage, peut au bout du compte se marier à l’Église et donc ne pas être considérée comme «  divorcés-remariés ».

« Mais pourtant, tous ces couples ont vécu, plusieurs fois en couples, ont peut-être eu des enfants des différentes unions, donc leur parcours humain est assez similaire et pourtant ils n’ont pas le même traitement selon la loi du mariage » s’insurgea Laetitia.

«  Eh ! Oui et c’est justement pour ces raisons que le pape nous invite à bien discerner les situations, non pas  la vie extérieure, qui est ou non conforme à une norme, mais la situation réelle des personnes et la manière dont sincèrement ils se situent par rapport à l’Évangile car « un jugement négatif sur une si­tuation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou la culpabilité de la personne im­pliquée. »(AL) ; Tu comprends ? »

« Oui je pense que je commence à comprendre. On peut être dans une situation de couples «  divorcées-remariées », qui est une situation objective, c’est-à-dire une situation que l’on voit de l’extérieur et que l’Église déclare irrégulière par rapport à son idéal du mariage et cependant vivre cette situation (dont, en plus, on n’est pas, ou seulement partiellement responsable) en suivant les exigences évangéliques au plus près. »

« Oui, c’est exactement ce que dit le texte lorsqu’il affirme que l’Église peut recon­naître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine as­surance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif » lui répondit Maurice .

« Mais alors » poursuivit Laetitia  « Si il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, (AL 304), on peut retourner la situation ! » 

« Je ne comprends pas, explique moi ce que tu penses ! » lui demanda Maurice.

« Avec Amoris Laetitia, un couple peut être objectivement en situation régulière, c’est-à-dire marié à l’Église, mais ne pas répondre aux exigences de l’Évangile, car par exemple, ils se jalousent sans cesse, ou l’un passe son temps à rabaisser l’autre, ou tout autre situation de grave conflit entretenu! »

« Ben oui, je n’y avais pas pensé » répondit Maurice »Mais alors si c’est bien ça, ça va faire du bruit dans certains milieux. Je comprends pourquoi j’avais entendu mon oncle rapporter les paroles du cardinal Kasper avant la parution de l’exhortation qui disait qu’elle était révolutionnaire ! »

« Alors pourquoi tu me dis qu’il y a des gens qui pensent que ça ne va pas assez loin » demanda Laetitia.

« Sans doute ont-ils lu de manière trop rapide et superficielle, alors que le pape nous rappelle : C’est pourquoi, je ne recommande pas une lecture générale hâtive. Elle sera plus bénéfique, tant pour les familles que pour les agents de pastorale familiale, s’ils l’approfon­dissent avec patience, morceau par morceau, ou s’ils cherchent en elle ce dont ils peuvent avoir besoin dans chaque circonstance concrète »

« Moi ce que je comprends, c’est que c’est la fin de l’hypocrisie généralisée ; Comme jadis où les couples ne divorçaient pas et où , souvent la femme, bonne mère et épouse exemplaire, fermait les yeux sur les frasques de son mari, pourvu que cela ne se sache pas….Où l’on gardait les filles au couvent dans une quasi-totale ignorance «  des choses de la vie » et où l’on poussait les garçons à vivre leur vie de célibataire libertin  avant d’épouser une jeune fille sage. Le temps où les gens étaient catho le dimanche pendant le temps de la grand-messe et donnait aux œuvres de charités une partie de leur super-superflu et où… »

« Arrête, ma petite révolutionnaire » lui dit Maurice « Mais dans le fond tu as raison, je crois qu’on est en chemin tous ensemble, pour essayer de vivre au plus près l’Évangile de la bonne nouvelle que le Christ est venu nous donner, lui aussi était un peu révolutionnaire à l’époque et …il en est mort ! »

« Si tu dis que Jésus est un révolutionnaire, alors je vais peut-être faire un tour à ton aumônerie cette année, rien que pour voir ! »

« Ah ! Chouette, tu verras c’est très sympa ! »

« Mais je te rappelle que toi tu vas à Lille ! » le coupa Laetitia.

« J’avais complétement zappé, je ne me suis pas encore fais à cette idée. On verra demain, pour le moment, laissons tomber Amoris , ou plutôt mettons en application le paragraphe sur le dialogue, on doit pouvoir l’adapter au cas où l’on est encore que seulement amis non ! » lui déclara Maurice en souriant.

Ce sourire, à la Steve Mac Queen, Clark Gable, Tom Cruise ou …selon l’âge du lecteur, reçu en retour la moue souriante de la jeune fille qui vient se blottir contre lui.

Ce qu’ils se dirent jusqu’à une heure avancée de la nuit, sur cette terrasse baignée de la lueur orangé des réverbères, bercé par la rumeur lointaine de la ville fera peut-être un jour partie de leur histoire de couple si elle advient, mais, de toutes manières, est déjà une contribution à leur maturité respective.

 

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