Chapitre VIII suite et fin

 

 

 

Chapitre VIII suite et fin

Le lendemain, une petite pluie fine, crachin breton ou condensation, les accueillit avec l’air de dire : «  Allez, c’est bientôt la rentrée, il faut prendre le chemin du retour et songer aux choses sérieuses. Avec mon petit air chagrin, je vous épargne l’envie de rester encore un peu. Il est temps de revenir sur terre !

Ils avaient balancé  le matériel de camping dégoulinant dans le coffre, mis les affaires encore sèches sur les sièges arrières et, bien installés devant l’un au volant et l’autre piochant dans les provisions, ils avaient mis le cap sur la Gaule.

« J’ai une idée de l’endroit où l’on pourrait faire étape » déclara Laetitia.

« Ah ! »

« Oui, on passe par Bilbao j’aimerais aller faire un tour au musée Guggenheim, ça te dit »

« Heu, j’avais pensé faire étape dans l’intérieur du pays, dans une sorte de monastère, ou de sanctuaire, enfin je ne sais pas très bien. C’est là où Saint  Ignace de Loyola est né. »

«  Y a un musée ? C’est une construction de quelle époque ? J’en n’ai pas entendu parler, Ce n’est pas dans mon guide, ça ne doit pas être terrible ; Tandis que le musée Guggenheim ! La peinture, les expos…c’est géant non ! »

« Oui sans doute, mais j’aimerais vraiment passer par Loyola, on nous en a beaucoup parlé à l’aumônerie »

« Un instant » dit Laetitia qui ne conduisait pas et qui consulta son portable.

« Bonne nouvelle, comme on est parti un peu plus tôt que prévu grâce à cette petite pluie, le GPS me confirme qu’on peut passer à Bilbao tout l’après-midi et rejoindre Loyola le soir ! »

« Cool » lança Maurice tout en étouffant un juron à l’encontre de la voiture qui venait de se rabattre trop rapidement devant lui, pour rejoindre l’aire de « servicios » un peu en catastrophe ! « S’il n’y a pas trop de fous comme lui, on n’a plus que 3 heures de route».

« Alors il faut se dépêcher de finir le chapitre, car cette après-midi c’est musée ; tu en étais où ? »

« Je ne sais plus très bien, mais ce qui m’a aussi frappé, outre ce qu’on a dit sur la conscience éclairée, c’est la partie intitulée : les normes et le discernement. Et ça commence très fort. Il écrit : Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain (304)

« Attend, il a vraiment dit mesquin, c’est une erreur de traduction ! »

« Non c’est bien ça : mesquin ! » Et puis il parle de Saint Thomas d’Aquin, là j’ai pas bien compris, sauf la phrase : plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient. Ça c’est bien vrai, et la suite aussi est vraiment intéressante : Certes, les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières. En même temps, il faut dire que, précisément pour cette raison, ce qui fait partie d’un discernement pratique face à une situation particulière ne peut être élevé à la catégorie d’une norme. »

« Donc pas de lois générales et pas non plus de jurisprudence, il faut reconsidérer à chaque fois la question et donc se mettre en position pour bien discerner la nouvelle situation » dit Laetitia.

« Oui, je pense que c’est ça : pour Dieu chaque personne est unique et sa vie doit être considérée dans son ensemble et sa trajectoire personnelle ne rentre pas dans une case. Mais attends, ce n’est pas fini,  écoute la suite, au N° 305 : Par conséquent, un pasteur ne peut pas se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations « irrégulières », comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes. C’est le cas des cœurs fermés, qui se cachent ordinairement derrière les enseignements de l’Église pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quelques fois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées. »

« Trop fort » hurla Laetitia « ton pape il est juste génial ! Se cacher derrière les enseignements de l’Église ! Se faire tout simplement lapider par des paroles d’Évangile ! Ça c’est le comble ». Elle était tellement excitée qu’elle faisait des bonds sur son siège et que la petite caisse tanguait dangereusement.

« Eh ! Tu te calmes, sinon j’arrête et  je te débarque ! »

«  Ok, tu en a d’autres comme ça ? » continua Laetitia.

« Il y a beaucoup d’autres paragraphes aussi décoiffant quand on prend le temps de les lire et qui devraient remettre en cause bien des choses, bien des attitudes, à commencer par nous-même. Enfin moi-même, car toi tu es dispensée ! »

« Je ne me sens pas dispensée, comme tu dis. Car ce qui est dit sur l’hypocrisie, sur l’attitude de non-jugement, sur le respect de la personne,  peut très bien être appliqué sans référence à la religion…je dirais que c’est de l’éthique simplement. Et que dit-il justement par rapport à ces lois rigides que certains semblent défendre mordicus. Tu vois je parle latin aussi !  »

«  Eh! bien justement au N° 308, il en parle : Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion. Mais je crois sincèrement que Jésus-Christ veut une Église attentive au bien que l’Esprit répand au milieu des fragilités : une Mère qui, en même temps qu’elle exprime clairement son enseignement, ne renonce pas au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route…Jésus attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains.»

« Il parle d’abris communautaires ! Oui il est vraiment à la page ! »

« Tu as raison, et il n’est pas tendre avec les nouveaux pharisiens : Parfois, il nous en coûte  beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu. Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile. » (311)

« Bien envoyé ! » lança Laetitia

« Attends ce n’est pas fini, écoute encore : Toutes les notions théologiques qui, en définitif, remette en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde sont inadéquates ! »

« Alors la conclusion c’est quoi ? »

« Le chapitre se termine au N° 312 par une double invitation, l’une aux fidèles de s’approcher avec confiance de leur pasteurs ou d’autres laïcs pour s’entretenir avec eux et l’autre aux pasteurs à écouter avec  un désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place ans l’Église »

« Eh! Attention t’as raté la première sortie Bilbao, faut pas rater la suivante ! » cria Laetitia.

Bilbao fut à la hauteur de sa réputation et même Maurice fut impressionné par l’audace du lieu et l’ambiance de la ville. Ils firent bonne route jusqu’au sanctuaire, la pluie avait cessé et c’est au coucher du soleil, qu’ils découvrirent la basilique dans toute sa splendeur !

Ils ne le savaient pas encore, mais Saint Ignace allait leur jouer un tour à sa façon.

 

Publicités