Roman chapitre III

Chapitre III

Le lendemain, il avait été tiré du sommeil par les cris d’une multitude d’oiseaux. Il était sorti rapidement de la tente canadienne dans un double mouvement bien coordonné : baisser la tête et enjamber le corps endormi de Laetitia dont il ne débordait qu’une masse de cheveux frisés du sac de couchage.

Ils étaient arrivés la veille assez tard et n’avaient pas vraiment vu à quoi ressemblait le paysage. Sur la carte ils avaient choisi ce lieu, car ils avaient vu cette petite route permettant de rejoindre une longue pointe qui avançait dans la mer. Il constata qu’ils s’étaient installés sur un promontoire de falaises à pic et que la clameur venait d’un rocher, détaché de la presqu’île, où  des myriades d’oiseaux saluaient bruyamment le lever du soleil. C’était beau !  C’était tellement beau que, sans prévenir, lui vint l’envie de prier. Il en était le premier surpris, mais il sentait une énorme joie. Le terme «  louange » qu’il entendait parfois dans certains lieux très bien fréquentés lui revenait en tête : «  Que vive, mon âme à te louer »…Oui, il était en train de « louer » !

« C’est beau hein ! » Il n’avait pas entendu Laetitia arriver sur le tapis de bruyères épais qui couvrait le haut du promontoire bien abrité sous un bois de pins.

« Un peu comme au début du monde, lorsque l’homme n’était pas venu en prédateur s’accaparer les richesses de la terre sans penser à demain. » avait-elle ajouté en venant le rejoindre. Ils s’étaient assis, en contemplation muette, et lorsque le silence fût revenu sur le rostre, ils avaient parlé  de la création, de la préservation de la planète, de la répartition des richesses, de l’économie solidaire, de la fin de la croissance frénétique, de la sobriété responsable…jusqu’aux AMAP, circuits courts, empreinte écologique…etc.

Arrivés « aux fruits et légumes bios et savoureux », ils constatèrent qu’ils n’avaient pas encore pris le petit déjeuner. Entre deux bouchées, Maurice lui appris que le pape (encore lui ! avait pensé Laetitia) avait écrit un livre sur l’écologie et qu’ elle pouvait y retrouver tout ce qu’ils avaient évoqué. Que les cathos s’occupent de la planète, çà avait bien surpris Laetitia ! Elle n’imaginait pas un Dieu écolo !

Le lieu était vraiment magique. Ils n’avaient prévu qu’un bivouac d’une nuit, mais ils y restèrent deux jours, jusqu’à la fin des provisions et l’épuisement de leurs smartphones  qui de toute manière «  ne captaient pas ».

Durant les siestes un peu obligatoires, car depuis leur arrivée la chaleur était forte, il avait lu le chapitre III. C’était très beau, mais il n’avait qu’une seule crainte, c’était que Laetitia lui demande de quoi çà parlait, car c’était vraiment trop catho pour elle. Heureusement elle était plongée dans «  Blake Out », un roman de Marc Elsberg , genre thriller catastrophe et ne se préoccupait plus de son « livre du pape » comme elle le charriait gentiment. Pourtant «  Le regard posé sur Jésus : La vocation de la famille » avaient, à son avis, des passages « entendables » même par un garçon de vingt ans qui s’était inscrit à l’aumônerie, au départ, surtout pour faire cesser les allusions pas très discrètes de sa maman du style « Ton cousin Charles est allé aux JMJ avec l’aumônerie et il a trouvé çà très bien ! ». Finalement, il y était resté, car effectivement c’était très sympa (il y avait plus de filles que de garçons, çà il ne l’a pas fait remarquer à sa mère- à moins qu’elle ne l’ait fait exprès car elle était un peu du genre marieuse). Il y avait découvert Taizé, en attendant les JMJ une autre année peut-être.

Pour en revenir au chapitre III, par exemple on pouvait lire au N° 59 «Notre enseignement sur le mariage et la famille ne peut cesser de s’inspirer et de se transfigurer à la lumière de ce message d’Amour et de tendresse, pour ne pas devenir pur défense d’une doctrine froide et sans vie »….Encore la tendresse !

« L’indissolubilité du mariage ne doit pas avant tout être comprise comme un joug imposé aux hommes, mais bien plutôt comme un don fait aux personnes unies par le mariage » (AL 62)…Oui, on dit « amour rime avec toujours », mais n’est-ce pas seulement un vœu pieux ? Si l’amour véritable est indissoluble comment vivre lorsque l’amour est mort ?

« La valeur de l’union des corps est exprimée dans les paroles de consentement où ils se sont acceptés et se sont donnés l’un à l’autre pour partager toute la vie. Ces paroles donne un sens à la sexualité » ( AL 74).

Il y avait aussi des développements qui manifestement lui passaient au-dessus et dont il ne voyait pas l’intérêt pour l’instant «Même si l’analogie entre le couple mari-femme et celui Christ-Eglise est une analogie imparfaite, elle invite à invoquer le Seigneur pour qu’il répande son propre amour dans les limites des relations conjugales » ( AL 73).

Il avait apprécié l’ouverture aux autres formes de «familles » au N° 77. « Nous pouvons dire que quiconque voudrait fonder une famille qui enseigne aux enfants à se réjouir de chaque geste visant à vaincre le mal-une famille qui montre que l’Esprit est vivant et à l’œuvre-trouvera gratitude et estime, quels que soient son peuple, sa religion ou sa région ».

Il avait entendu dire que le sujet délicat, celui dont tous les médias avaient beaucoup parlé était «  la question des divorcés-remariés » or ce qu’il lisait au N°79 lui semblait de bon augure…il attendait la suite !

Il avait lu rapidement les paragraphes sur la transmission de la vie, seule une phrase avait retenu son attention «l’enfant n’est pas un dû, mais un don »…Il sentait que cela méritait réflexion…mais ce n’était pas du tout son problème actuel.

En terminant par «  L’Église est un bien pour la famille, la famille est un bien pour l’Église » au N° 87, il remerciait intérieurement le fameux Marc Elsberg de le dispenser de répondre aux éventuelles questions de sa co-locataire, il n’était pas opposé à cette idée, mais il ne voyait pas comment l’expliquer sans remonter au déluge.

Décidément, les vacances commençaient bien, la côte cantabrique c’était cool et avec Laetitia c’était top.

 

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