roman chapitre IV fin

Chapitre  IV suite et fin

Après un diner rapide mais roboratif (ils avaient dû finir la crème Mont-Blanc à la lueur de la lampe de poche pour bien racler le fond), ils s’étaient installés, chacun dans son sac de couchage, côte à côte, la tête sur leur sac à dos et ils contemplaient la voute céleste sans parler, chacun perdu dans ses pensées.

Maurice se disait que la situation était vraiment cocasse. A cause de ce bouquin, ils s’étaient mis à parler du mariage et sérieusement même, avec, croyait-il, une certaine maturité, alors qu’il n’y avait rien entre eux, en tout cas, pas de son coté à elle, et du sien il ne savait pas très bien caractériser ses sentiments. Depuis le jour où il lui avait proposé de partir en Espagne avec lui, il voyait bien que des choses avaient changé. Difficile à dire en quoi. Il ne la considérait plus comme  « une fille », mais comme « Lætitia » qui était une fille et qu’il avait envie de mieux la connaitre. Il éprouvait des sentiments mêlés, protection, respect, envie de découvrir, mais peur de faire peur…en tout cas il n’était pas question d’un quelconque « futur à deux » et pourtant ils parlaient du mariage. Il se demandait bien ce qu’elle pouvait en penser.

De son côté Lætitia était également assez « brassée », pas mal à l’aise du tout, mais justement, elle se sentait bien et était en train de se rendre compte que Maurice était moins « primaire » que ce qu’elle avait craint. Elle ne savait pas vraiment si elle regrettait ou si elle appréciait qu’il n’ait pas essayé de la « draguer » un peu (elle avait prévu une attitude de défense dans ce cas), mais les choses ne se passaient pas comme prévues et ce livre qui leur parlait d’amour, de tendresse et de mariage n’était pas prévu au contrat des vacances.

Comme souvent, ce fût elle qui rompit le silence.

« C’est bizarre, avec ton livre, on parle de choses dont on parle jamais avec les autres, c’est un peu des sujets de « vieux » tu ne trouves pas ? Et pourtant çà me plait bien. »

« Oui, tu as raison, moi aussi. C’est bizarre. »

Elle reprit « Par exemple lorsqu’il parle du dialogue : Hommes et femmes, adultes et jeunes, ont des manières différentes de communiquer, utilisent un langage différent, agissent selon des codes distincts.( 136) ou «  Au lieu de commencer à donner des avis ou des conseils, il faut d’assurer d’avoir écouté tout ce que l’autre avait besoin d’extérioriser.( 137) et encore « l’unité à laquelle il faut aspirer n’est pas uniformité, mais unité dans la diversité…il faut se libérer de l’obligation d’être égaux » (138) et enfin Quand les conjoints ne se cultivent pas, et quand il n’existe pas une variété de relations avec d’autres personnes, la vie familiale devient un cercle fermé et le dialogue s’appauvrit.(142). Ca me fait penser à certains couples amis des parents, j’aimerais pas leur ressembler plus tard !

« Tu as raison, par contre j’aimerais bien ressembler un peu à mon oncle Bernard et ma tante Catherine, c’est toujours cool chez eux et on a l’impression qu’ils sont encore amoureux à leur âge ! Il me semble qu’il y a un paragraphe sur le fait que les vieux couples deviennent tendres et complices » (cf. 163)

« Oui j’ai lu ça, c’est sympa, mais pour moi la question qui me préoccupe un peu c’est plutôt la question des sentiments, on dit que l’amour rend aveugle et, dans la littérature c’est la passion qui souvent guide les gens et les détruit »

« Moi aussi je me demande jusqu’où il faut se fier à ses sentiments et si le désir ou la passion sont une bonne chose…surtout avec ce que dit l’Eglise » ajouta Maurice.

«  Je ne sais pas ce qu’elle dit ou disait, mais je lis : C‘est l’acte que l’on fait, motivé ou accompagné par une passion, qui est bon ou mauvais (145) ou Il y a des personnes qui se sentent capables d’un grand amour seulement parce qu’elles ont un grand besoin d’affection. Et encore Si une passion accompagne l’acte libre, elle peut manifester la profondeur de ce choix » (146). Et au paragraphe 148 je lis encore « On peut réaliser un beau parcours avec les passions, ce qui signifie les orienter toujours davantage dans un projet de don de soi et d’épanouissement personnel intégral qui enrichisse les relations entre les membres de la famille »

«  Effectivement, ça réhabilite un peu les émotions, les sentiments et les passions mais ce qui m’a le plus surpris tout de même c’est les paragraphes qui parlent du désir sexuel et même de la dimension érotique de l’amour. Quand je pense que jadis on parlait de devoir conjugal, c’était pas très glamour ! Car tu sais chez nous, je veux dire chez les cathos, on a toujours été coincé pour parler ce « ces choses » comme on disait, c’était autorisé pour des exigences d’une nécessaire procréation, mais on lit que le besoin sexuel des époux n’est pas objet de mépris et même  que la sexualité est un langage interpersonnel où l’autre est pris au sérieux, avec sa valeur sacrée et inviolable. » (151)

«  Oui et il y a mieux au 152 : Nous ne pouvons considérer en aucune façon la dimension érotique de l’amour comme un mal permis ou comme un poids à tolérer pour le bien de la famille, mais comme un don de Dieu qui embellit la rencontre des époux »

« Impressionnant ! J’avais zappé ! » Maurice restait songeur et poursuivait  ses pensées en essayant de les organiser dans sa tête.

La soirée était bien avancée et l’air était maintenant vraiment plus frais, ils remontèrent  leur sac sur leurs épaules, et se blottirent un peu l’un contre l’autre. Ils se sentaient bien ainsi, conscients de la confiance mutuelle commençait à régner entre eux et du désir d’approfondir calmement leur relation.

Cette fois-ci ce fût Maurice qui parla : «  tu sais, ça me fait plaisir d’être avec toi, est-ce que tu crois qu’il peut exister de l’amitié entre une fille et un garçon ? Est-ce que tu veux qu’on essaye ? »

« Oui, ok, on essaye »

Alors ils sentirent que la conversation avait pris fin et tranquillement, sans vraiment s’en rendre compte, ils s’endormirent tout légers.

 

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