Roman Chapitre IX

Chapitre IX

Le lendemain matin Maurice rejoignit la maison paternelle où il se prépara mentalement aux questions qu’il attendait plutôt inquisitrice de sa maman. Il se sentait tout de même un peu coupable de son silence et surtout de son mensonge initial.

Il les surprit au petit déjeuner- il n’avait donné que le jour d’arrivé et évidemment ils ne s’attendaient à le voir débarquer de si bonne heure.

Après l’émotion des retrouvailles, Maurice attaqua la question des vacances au plus vite car il y avaient d’autres sujets urgents à traiter comme par exemple son départ pour Lille, la recherche d’une coloc, et sa rentré à l’école où il venait d’être reçu et dont la rentré était dans quelques jours !

« J’ai passé de super vacances en Espagne » commença-t-il en contemplant son bol rempli de café. « Mais, heu ! Je suis bien allé à Loyala, mais pas avec l’aumônerie, heu ! J’y suis allé avec une copine, Laetitia »

« Celle de ta coloc » demanda sa mère.

« Oui, je suis allé faire du camping en Espagne avec elle » et il ajouta aussitôt «  nous sommes maintenant ami ».

Il leva les yeux pour voir leur réaction. Il s’attendait à la scène de «  jésus au temple «  du style : « Mon enfant, vois-tu avec quelle inquiétude ton père et moi te cherchions depuis trois jours ! » Mais il vit dans leurs yeux un regard plutôt amusé qui semblait attendre la suite des explications. Alors, encouragé, il poursuivit :

« En fait, je vous ai menti, je me suis désinscrit du voyage avec l’aumônerie lorsque j’ai su que Laetitia, qui n’avait pas vraiment de plan pour l’été, aurait bien visité l’Espagne du nord et qu’elle n’était pas contre y aller avec moi » Comme les parents attendaient toujours, sans rien dire, avec un sourire qui s’élargissait de plus en plus, il poursuivit : « j’avais trop peur que vous ne vouliez pas que je parte, car vous voulez toujours savoir où je suis et ce que je fais alors…d’ailleurs, le pape François dans Amoris Laetitia est bien d’accord avec moi lorsqu’il dit au paragraphe 261 du chapitre VII :

L’obsession n’éduque pas ; et on ne peut pas avoir sous contrôle toutes les situations qu’un enfant pourrait traverser. Ici, vaut le principe selon lequel « le temps est supérieur à l’espace ».291 C’est-à-dire qu’il s’agit plus de créer des processus que de dominer des espaces. Si un parent est obsé­dé de savoir où se trouve son enfant et de contrôler tous ses mouvements, il cherchera uniquement à dominer son espace. De cette manière, il ne l’édu­quera pas, ne le fortifiera pas, ne le préparera pas à affronter les défis. Ce qui importe surtout, c’est de créer chez l’enfant, par beaucoup d’amour, des processus de maturation de sa liberté, de forma­tion, de croissance intégrale, de culture d’une au­thentique autonomie.        (AL 261)

Il était très fier de lui et regarda ses parents bien en face. Ils souriaient franchement maintenant et son père lui dit :

« Nous sommes très fier que tu ais lu et si bien intégrer Amoris laetitia. Nous aussi nous avons lu et bien apprécié cette exhortation et cela nous a permis de réfléchir ensemble, et nous avons réalisé que nous n’avions pas vraiment vu grandir notre dernier fils. »

Là, Maurice ne sut que répondre ; «  mais, vous ne vous êtes pas inquiété, car je ne vous ai pas donné beaucoup de nouvelles »

« Effectivement, c’est un euphémisme, mais la providence y a pourvu. Puisque tu es passé à Loyola, tu sais que l’aumônier a eu, avant de partir un accident de moto et que le voyage a été annulé. Par ailleurs ton frère cherchait désespérément la tente dans le garage avant de nous demander où elle était et qu’on lui dise qu’elle était chez toi. En allant la chercher, il est tombé sur les parents de Laetitia qui faisait de la peinture dans la cuisine et qui leur a dit que leur fille était partie en camping avec le colocataire ! Conclusion ton frère a arrêté ses recherches pour la tente et nous n’avons pas eu besoin d’entreprendre les nôtres pour notre «  fugueur ».

« Ah ! Vous êtes cool comme ça ! Je n’y crois pas. Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous n’aviez pas peur que je fasse des bêtises ! »

« Quelles bêtises ? Si nous t’avons bien élevé- ce que nous espérons- nous pouvons te faire confiance car comme dis ton ami, le pape François :

 C’est seulement ainsi que cet enfant aura en lui-même les éléments nécessaires pour savoir se défendre ainsi que pour agir intel­ligemment et avec lucidité dans les circonstances difficiles.( AL 261)

Devant la tête complétement ahurie de Maurice, ils riaient de plus belle en se regardant.

« Vous m’avez fait confiance alors, mais pourquoi ? »

Alors en se prenant par  la main tous les deux.

« Par ce que, quand nous étions jeunes, nous avons fait la même chose que toi ! » lui dit son père ? « Sauf que nous étions allés jusqu’ ‘en Corse avec la vieille 2CV de ton père ! » ajouta sa mère.

« Mais vous étiez déjà …heu pas encore heu.. »

« Non nous n’étions pas encore mariés si c’est ça ta question ! »

« Et papy et mamy » commença Maurice.

«  Ils nous ont fait confiance ! » dirent les parents en chœur en éclatant de rire et Maurice se joignit à leur hilarité. Il se sentait tout à coup  léger et heureux. Il attaqua avec un appétit d’ogre la miche de pain complet en racontant tout son périple à ses parents…enfin presque tout.

Bientôt il allait les quitter pour monter à Lille et, lui qui ne rêvait que de s’affranchir de leur tutelle, se pris soudain à réaliser que c’était bien aujourd’hui qu’il  allait  partir et qu’il avait passé un seuil sans retour, celui de l’âge adulte. Il les regarda un peu comme si ils les voyaient pour la première fois et les embrassa vigoureusement pour masquer son embarras et leur servit un «  et maintenant, passons aux choses sérieuses, il faut que je m’occupe de mes inscriptions, de mes bagages et surtout de ma trouver une coloc.

Sa mère commença «  A  Lille, j’ai une amie qui a une chambre  qui… »

« T’inquiètes, je vais aller chercher sur Internet ! »

Et il grimpa quatre à quatre dans sa chambre, tandis que les parents qui n’avaient pas bougé souriaient en se regardant tendrement.

La première chose qu’il fit fut évidemment d’envoyer un SMS à Laetitia.

« Salut, j’ai des parents super, ils ont tout compris…Ils ont fait une bonne interprétation d’Amoris laetitia , A+ »

Trente seconde après, il reçut.

« Cool, moi les miens, ils n’étaient déjà pas trop mal, même si ils n’ont pas lu et ne lirons sans doute jamais le petit bouquin de ton pape ! A bientôt par courrier, signaux de fumé, ou pigeon voyageur, mais faut de toutes manières que tu me donnes ton adresse dès que tu l’as. »

 

Ainsi s’achève le roman de l’été de Maurice et Laetitia. Nous verrons si leur relation va se poursuivre épistolairement entre l’ICAM de Lille et la FAC à la Doua.

Pour ceux qui auraient constaté que ce chapitre IX du roman de l’été ne parle pas du tout du chapitre IX de l’exhortation, c’est simplement que pour parler de spiritualité il faut sans doute laisser à Maurice et Laetitia encore plusieurs années, voire toute une vie, puisque dans ce dernier chapitre, Il s’agit de mettre en résonance la vie quotidienne du couple et de la famille avec la communion trinitaire et l’itinéraire pascal de Jésus tel qu’il nous est rapporté dans l’Évangile. Vous voyez le profond « GAP » qui existe…mais puisque

 

« Le Temps est supérieur à l’Espace »,

Tout est encore possible, tout est à espérer

 

FIN

 

Mais en fait, c’est maintenant que tout commence 

 

 

 

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