Roman Chapitre V

Chapitre V

C’est une petite feuille sèche qui réveilla Maurice car elle atterrit juste sur son front. Le premier œil qu’il ouvrit enregistra un rayon de soleil qui traversait les frondaisons du gros arbre sous lequel ils avaient dormi. Le second œil confirma qu’il faisait grand jour et qu’il faisait beau. Alors son cerveau lui reconstitua la soirée de la veille et il pensa : Laetitia… Le bonjour embrumé qui réussit à sortir de ses lèvres endormies ne trouva pas de réponse : le sac d’à côté était tout  plat. Sa première pensé supposa la fuite, la seconde imagina une fringale d’un petit déjeuner en urgence et il espérait bien qu’elle avait tout préparé pour deux.  Mais pas de trace de jeune fille aux cheveux noir frisé comme une scarole ! Il se mit debout et interrogea le voisinage. Un peu inquiet tout de même, il se demandait si sa première idée n’était pas la bonne et il commençait à se faire des reproches lorsqu’il l’aperçut au loin sur une grande pierre plate qui dominait la vasque de la cascade. Elle lui fit signe de venir la rejoindre et elle plongea. Brrr il frissonna, il n’avait pas envie de se baigner ventre vide, mais bravement il entra dans l’eau et nagea vigoureusement pour la rejoindre. Elle émergea en riant, la tête auréolée de gouttelettes.

«  Alors tu as fait la grasse matinée, viens le petit déj est prêt ! »

Devant un bon café et une demi baguette beurre-confiture, il lui avoua, qu’un court instant, il avait cru qu’elle était partie.

«  Hein ! Et pourquoi »

« Je ne sais pas, à cause de ce qu’on s’est dit hier soir »

« Alors là t’as rien compris, c’est le contraire, ce que tu m’as dit hier m’a plutôt convaincu de rester. On est bien ensemble, comme des amis. C’est trop cool ! »

Le guide du marcheur agoraphobe signalait d’autres cascades un peu plus haut et le programme de la journée fut vite décidé. Encore un fois la méridienne les rassembla autour du livre, c’était devenu un rite ou un mode de conversation.

« On en était où ? » interrogea Laetitia, allongée sur un tapis végétal bien moelleux à l’ombre d’un hêtre têtard centenaire.

« Au chapitre V : L’amour qui devient fécond » On pourrait le passer.  C’est pas vraiment pour tout de suite, à moins que ça t’intéresse, puisque ça parle de femmes enceintes et de bébés! »

« A priori ce n’est pas d’actualité, mais moi j’ai bien l’intention d’avoir des enfants…quand je serais grande. Et toi ? »

«  Heu ! Je n’y ai jamais réfléchi, mais je suppose que oui, enfin il faut d’abord que …je trouve quelqu’un qui en veuille avec moi ! »

«  Enfin, t’es pas contre ! »

« Non pas du tout, tu sais nous on est une famille nombreuse, mais je ne me vois pas encore avec un bébé pleurant dans les bras! Toi si ? »

«  Non pas vraiment, mais ça n’empêche pas d’en parler ! »

Maurice acquiesça mais ne savait pas bien par où commencer, le chapitre n’était pas très long mais abordait pas mal de thèmes et souhaitait rester dans du concret.

« Le pape dit que l’amour c’est la vie, que l’amour donne la vie, que la famille accueille la vie et que les enfants sont aimés avant d’avoir fait quoi que ce soit pour le mériter. »

« Mais il y a des enfants non désirés »

« L’exhortation ne les oublie pas, et tout en rappelant aux parents les droits de l’enfant et la responsabilité des parents, s’efforce de montrer combien l’éclosion de la vie est un miracle. »

« Oui, je ne sais pas si les couples qui ont plein d’enfants et qui ne peuvent pas les élever considèrent que c’est un miracle »

« Mais le pape en appelle à la paternité responsable qui n’est pas une procréation illimitée…mais plutôt la possibilité donnée aux couples d’user de leur liberté inviolable de manière sage et responsable, en prenant en compte les réalités sociales et démographiques aussi bien que leur propre situation et leur désirs légitimes. ( 167) et c’est dans les  paragraphes suivants qu’il parle de la femme enceinte, on peut dire qu’il parle même aux femmes enceintes »

«  Franchement que peut dire un célibataire de près de quatre-vingts ans sur ce sujet ! » le coupa Laetitia ;

« Il leur dit affectueusement protège ta joie, que rien ne t’enlève la joie intérieure de la maternité. Cet enfant mérite ta joie. Ne permet pas que les peurs, les commentaires d’autrui ou les problèmes éteignent cette joie…occupe-toi de ce qu’il y a à faire ou à préparer, mais sans obsession….pour que tu puisses transmettre ta joie à ton enfant »(171)

« Oui c’est beau et ça me fait penser à ma cousine lorsqu’elle attendait son bébé, elle était heureuse et pourtant il n’y avait pas de papa…plusieurs de ses amies célibataires lui disaient qu’elles avaient envie d’être enceinte et ça m’a semblé curieux. Car moi, j’ai pas du tout envie d’être enceinte pour être enceinte et surtout sans être en couple ! »

« Alors tu penses aussi que tout enfant a le droit de recevoir l’amour d’une mère et d’un père, tous deux nécessaire pour sa maturation intégrale e harmonieuse » repris Maurice.

« Je ne fais pas de théorie pour les autres, mais moi j’aimerais mieux avoir des enfants quand je serais en couple et ainsi partager les tâches de l’éducation »

«  Alors sur ce sujet, je te suggère de lire le paragraphe 175 qui traite des rôles différents et complémentaires des deux parents et de la position des pères redéfinit par la nouvelle place des femmes»

«  Fini les vieux schémas, les mères au foyer et les pères absents pour cause de boulot  …C’est pas trop tôt ! » s’exclama Laetitia.

«  Oui j’ai l’impression que les choses ont évolué. De même que la nécessité de la procréation. Par exemple si un couple ne peut pas avoir d’enfant, l’adoption est chaudement recommandée, mais la fécondité peut s’exprimer autrement, auprès des autres couples par exemple. Par ailleurs pour être envoyé aux autres familles, il ne faut pas être trop différents, séparés de leur mode de vie, sinon il arrive que certaines familles chrétiennes, par leur langages, par leur manières de dire les choses, par leur attitude, par la répétition constante de deux ou trois thèmes, soient vues comme lointaines, comme séparées de la société, et que même leurs proches se sentent méprisés ou jugés par elles.( 182) »

« Oui je vois quelques personnes visées dans ma famille éloignée…et qu’y  a-t-il d’autre ? »

« Les sous chapitres parlent d’eux-mêmes : familles élargies, être enfants, faire couple, les personnes âgées, être frères, le rôle de la famille et les beaux- parents…c’est très complet »

« Tout le monde y passe !….et il y a un paragraphe sur être amis ? »

« Pas encore, mais peut-être plus tard »

«  Oui plus tard, maintenant on dort, car il ne faut pas se réveiller trop tard dans l’après-midi, sinon on sera bon pour faire le sentier de retour au clair de lune ! »

 

 

 

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