Roman chapitre VI

Roman Chapitre VI

Après ces escapades en pleine nature, si on voulait un peu équilibrer le programme, selon le projet initial, il convenait de faire quelques « visites » qu’on pourrait mettre dans la catégorie « musées ».

Laetitia avait repéré sur la carte et sur le guide qu’elle avait emprunté à la médiathèque (itinéraires rares dans l’arrière-pays secret)  un certain nombre de pictogrammes évocateurs assortis d’un code d’intérêt qui permettait de ne pas passer à côté d’un site d’autant plus appréciable qu’il n’était pas mentionné par les panneaux d’information ordinaire ni les dépliants habituels des offices de tourisme.

À chaque fois l’intérêt était d’abord la géolocalisation (c’est comme ça qu’ils disaient bien que leur petite voiture d’occase ne possédât point de GPS). C’était un exercice presque périlleux puisqu’ils ne disposaient que d’une carte qui datait des croisades et que les personnes interrogées semblaient ignorer ces lieux « dignes d’intérêt », en tout cas avec leur niveau de communication qui n’était pas suffisant pour bien se faire comprendre.

Ils réussirent cependant à découvrir les ruines d’un vaste système de petits moulins avec leurs rigoles d’adduction d’eau, au milieu d’une colline  boisée d’anciens arbres fruitier,  les restes d’une petite mine de fer avec un mini-haut fourneau et même quelques mètres de rails et un wagonnet tout rouillé au flan d’une colline assez escarpée. Par contre, pas trace d’un dolmen qui était théoriquement à une vingtaine de minutes du parking et dont ils abandonnèrent la recherche au bout d’une heure après s’être frottés aux ronces et aux « touyas » (ajoncs) car il n’y avait plus de chemin depuis longtemps. Pour le piquenique, ils s’assirent sous un magnifique hêtre solitaire dont les branches basses retombaient presque jusqu’au sol, les masquant aux éventuels promeneurs (à la recherche de ce fameux dolmen évidement). Bien au calme et au frais dans leur berceau de verdure, ils attaquèrent le chapitre VI : « quelques perspectives pastorales ».

Laetitia voulu d’abord savoir ce que voulais dire «  pastorale » car à part la symphonie du même nom (je crois qu’on dit éponyme, mais ça fait un peu pédant non ?) et le qualificatif d’agro-pastorales pour les zones de montagnes où on ne pouvait pas laisser courir les chiens sans laisse, ce terme n’évoquait rien de religieux. Maurice lui raconta donc le principe des paraboles et toutes les histoires de bergers, de brebis, de bons pasteurs et de loups sanguinaires.

L’idée de comparer les fidèles à un troupeau de moutons ne lui plut pas vraiment, car se disait-elle : un mouton c’est bête, ça suit sans réfléchir le précédent et ça n’existe que pour être tondu et mangé en barbecue…Maurice lui expliqua que cette image venait du temps de la Palestine et qu’à cette époque les moutons étaient un bien précieux et que les bergers les protégeaient comme la prunelle de leur yeux….en qu’en tout cas, cela ne semblait choquer personne parmi les catholiques et que le pape François lui-même y faisait souvent référence allant jusqu’à dire à ses prêtres de se pas avoir peur de se faire proche et d’aller respirer l’odeur du troupeau. « Bon, laissons-les à leur troupeau et revenons à nos moutons » finit par lui dire Laetitia qui voulait avancer sur le contenu de ce chapitre.

Pour commencer, lui dit Maurice, le pape rappelle son désir que l’Eglise accompagne toutes les familles et chacune d’elles afin qu’elles découvrent la meilleure voie pour surmonter les difficultés qu’elles rencontrent (200) et que cela exige de toute l’Eglise une conversion missionnaire car il est nécessaire de ne pas s’en tenir à une annonce purement théorique et détachée des problèmes réels des personnes (201). Il continue en soulignant la nécessité d’une évangélisation qui dénonce avec franchise les conditionnements culturels, sociaux et économiques, comme la place excessive donnée à la logique du marché, qui empêche une vie familiale authentique, entrainant des discriminations, la pauvreté, des exclusions et la violence.

« Alors là, je suis parfaitement d’accord avec lui, les marchés financiers, les multinationales, les paradis fiscaux…tout ça nous pourrit le monde ! » s’exclama Laetitia. Mais au fait, c’est pas aussi lui qui a écrit un bouquin sur la planète ? »

«  Si, il a écrit un livre qui s’appelle Laudato Si et qui explique pourquoi il faut prendre soin de notre maison commune : La Terre »

« Et tu l’as lu ? »

«  Pas encore…on verra plus tard, on continue avec celui-ci OK ? » poursuivit Maurice qui regrettait de n’avoir pas plutôt à parler de cette dernière exhortation, ce qui ne le remettrait sans doute moins en cause personnellement qu’Amoris Laetitia.

«En gros, le pape propose de davantage préparer les jeunes qui se marient, d’accompagner les jeunes couples durant leur premières années de vie conjugale, de savoir aider les couples au moment des crises et à être présent auprès de ceux dont la relation s’est brisée, dans la rupture et dans le divorce. »

«  Mais je croyais qu’il y avait de moins en moins de prêtres. Qui va s’occuper de toutes ces personnes, et puis comment des hommes qui sont célibataires peuvent s’y connaitre dans les affaires de couples, notamment de couples qui vont mal ! »

«  Tu as raison, le pape insiste sur la formation des séminaristes et des laïcs et même recommande de mettre en place un ministère dédié ! Il dit par exemple au 203 : La présence des laïcs et des familles, en particulier la présence féminine, dans la formation sacerdotale, permet de mieux apprécier la diversité et la complémentarité des diverses vocations dans l’Eglise » et il reconnait la nécessité de formations spécialisées » et estime que tout cela ne diminue d’aucune manière, mais complète la valeur fondamentale de la direction spirituelle, des inestimables ressources spirituelles de l’Eglise et de la réconciliation sacramentelle.(204) »

« Oui, c’est la nouvelle maxime : Fais-toi aider et le ciel t’aidera ! » ne put s’empêcher de lancer Laetitia.  « mais tu as parlé de préparation au mariage, c’est pour un mariage à l’Eglise de toute manière et ça consiste en quoi exactement »

« Exactement je ne sais pas bien, mais mon frère, quand il s’est marié en a fait une. Il a trouvé ça très sympa de parler avec un couple qui a de l’expérience …il a dit qu’ils avaient parlé de tout et pas seulement de religion et qu’il n’avait jamais discuté comme ça avec des amis. En tout cas, comme c’est un couple de la paroisse, ils se revoient souvent avec plaisir et quand ils ont des questions, ils retournent les voir. »

« Alors c’est un peu comme du service après-vente »

« Oui et c’est clairement un souhait du pape François »

L’après-midi était déjà bien avancé, lorsqu’ils quittèrent leur nid de verdure, pour partir à la découverte de leur dernier objectif de la journée : la vielle chapelle d’un grand domaine qui avait un retable assez exceptionnel et original.

Après avoir fait un certain nombre de demi-tours dans des cours de fermes où souvent plusieurs chiens courraient après leur voiture, ils débouchèrent enfin  dans une vaste cour, encadrée de plusieurs bâtiments et fermée par le mur latéral d’une grande chapelle. C’était cela qu’ils cherchaient depuis une heure : la chapelle d’un ancien château, seule survivante d’un grand domaine seigneurial qui avait dû être rasé par le seigneur d’à côté lors d’une querelle un peu musclée . Sur le guide, on disait d’aller frapper chez Pedro, le gardien qui habitait avec sa femme dans un des bâtiments de la cour. Effectivement, Pedro les accueillit avec un grand sourire et une énorme clé. Apprenant qu’ils étaient Français, il teint absolument à leur faire la visite lui-même, car il avait vécu en France et n’était pas mécontent de parler français et même de parler tout court car peu de touristes avaient lu ce fameux guide et ils étaient encore moins nombreux ceux qui acceptaient de faire un détour d’une trentaine de kilomètre dans cette montagnette aride.

La grande porte cloutée finit par s’ouvrir et quelques larges marches les descendit jusqu’au sol dallé. Il y faisait sombre et bien frais…bientôt ils distinguèrent l’autel  faiblement éclairé par des petites fenêtres ogivales. Où était le retable annoncé ? Pedro leur fit signe de se retourner.

 

 

 

 

 

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