Roman chapitre VIII compléments suite de suite

SUITE de SUITE

Ils avaient changé de conducteur, et c’était Maurice aux commandes. Il sifflotait et faisait donner à son moteur le maximum, la jauge descendait à vue d’œil : il fallait ne pas trainer maintenant si ils voulaient arriver à Lyon pas trop tard. Son téléphone émis un petit jingle joyeux ;

« Tiens tu veux bien regarder, ça doit être mes parents, je leur ai mis un petit texto  »

« Tu veux que je te le lise ! OK » répondit Lætitia, un peu surprise.

« Alors voilà. Salut fiston ! Merci de ton texto, j’espère que tes vacances ont été bonnes, tu nous raconteras plus tard. Il y a une grosse enveloppe pour toi de l’ICAM de Lille, ça te dit quelque chose ? Peut-être est-ce urgent, faut-il l’ouvrir ? »

« Oui, Ca c’est papa »répondit Maurice. « Dis leur de l’ouvrir »

« C’est quoi cette histoire de l’ICAM, t’avais fait un dossier ? »

« Oui, il y a longtemps, j’avais presque oublié car aux dernières nouvelles j’étais sur une liste supplémentaire et que, renseignements pris, je n’avais aucune chance d’être retenu ! » Expliqua Maurice.

« En quoi ? En informatique ? »

« Non, en génie civil. Et toi au fait, tu fais quoi cette année ? »

« Je suis acceptée en développement durable globale »

« C’est où ? » s’enquit Maurice.

«  À Lyon, puis il y a évidemment des stages à l’étranger. Alors tu vas partir pour Lille»

« Je ne sais pas, d’abord faut voir la lettre » déclara prudemment Maurice.

Le même joyeux jingle lui répondit : « les parents sont au bout du fil il semble, aie ! Ça doit être urgent !, peux-tu me dire ce qu’il en est ? »

« OK, Il dit que tu es accepté à l’ICAM en génie civil, mais qu’il faut répondre avant le 15 »

« Et on est ? » demanda Maurice ;

« Ben..le 15 justement » dit Laetitia en regardant son portable. « Va falloir que tu discernes rapidement, Tu vois le pape a bien raison d’insister sur l’art du discernement ! »

«  Oui mais il dit qu’il faut faire un chemin et que ça peut prendre du temps. Moi il va falloir que je me décide en quelques heures… »

« Ton pape, il dit qu’il faut aider au discernement mais sans s’y substituer !! Je vais donc t’aider. Mais c’est toi qui décides à la fin ! Ok ? »

« Ok ! »

Ce fût un long dialogue. En fait Maurice était très attaché à Lyon, à ses copains lyonnais et sans vouloir le reconnaitre à Laetitia. Il s’était imaginé une année scolaire bien tranquille, la routine quoi… Cette proposition le prenait totalement au dépourvu.  Il ne voulait pas quitter tout ça et encore moins pour partir dans l’nord !  Lætitia lui avait pourtant vanté la vie étudiante, la chaleur des bars et l’accueil des habitants…alors elle conclut en lui disant en souriant « je croyais que tu allais sauter sur l’occasion pour un peu quitter papa-maman ! Tu m’as dit que c’était dans la bible que l’homme doit quitter son père et sa mère »

« Oui mais c’est pour s’attacher à sa femme, pas pour aller faire des études de génie civil dans un bled où il pleut tout le temps ! »

« Tu trouveras peut-être un femme là-bas ! » lui glissa Laetitia.

«  Mais »  commença Maurice. Il ne savait pas comment le dire. Il poursuivit simplement en disant «  Tu vas me manquer »

« À moi aussi tu vas manquer, mais tu reviendras bien de temps en temps, »

« Tu sais quoi, on va s’écrire, pas des mails, mais de vraies lettres, en vrai papier, porté par la poste…qu’est-ce que t’en dis ? »

« Houa ! C’est trop cool, complétement retro, c’est une idée géniale !!! . Bon alors, faut que tu répondes à tes parents pour qu’ils renvoient d’inscription, t’es OK finalement ?

« Oui, j’crois que tu as raison et puis tu viendras me voir aussi »

Laetitia pianota rapidement sur le téléphone de Maurice puis fit le point de la situation.

« Vu l’heure et le nombre de kilomètres qu’il nous reste, on va arriver assez tard sur Lyon. Je te propose d’aller directement à l’appart pour débarquer le matos et y dormir et tu rentreras chez toi demain, je remets un sms à tes parents ? »

Ils avaient encore bien quatre heure de route et la conversation revint encore sur Amoris Laetitia. C’était finalement un lien entre eux, un mode de découverte, une occasion de se révéler.

Maintenant que tu m’as bien instruite, déclara Laetitia, je suis peut-être en mesure de comprendre la réponse de ton oncle canoniste, tu sais je suis très têtue et j’aimerais vraiment comprendre.

Ils venaient de rechanger de conducteur et Maurice lui lut la réponse de son oncle :

«  Dans un premier temps il nous donne le texte même d’une autre exhortation, celle du pape Jean-Paul II au N° 84 qui s’appelait Familiaris consortio, attention ne t’inquiète pas tu ne vas rien comprendre.

L’Eglise, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Eglise, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier: si l’on admettait ces personnes à l’Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l’Eglise concernant l’indissolubilité du mariage.

La réconciliation par le sacrement de pénitence – qui ouvrirait la voie au sacrement de l’Eucharistie – ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolubilité du mariage. Cela implique concrètement que, lorsque l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par l’exemple l’éducation des enfants -, remplir l’obligation de la séparation, «ils prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux»(180).

Maurice avait lu lentement, mais effectivement Laetitia dû reconnaitre qu’elle n’y avait rien compris. Il la rassura en lui expliquant que lui-même n’y comprenait pas grand-chose et en tout cas pas les raisons théologique invoquées.

Mais il ajouta ; «  heureusement, mon tonton, il avait prévu qu’on n’y comprendrait rien, alors il nous a mis quelques pages d’explications. J’ai lu les explications, mais c’est comme l’aide sur Internet lorsque t’es débutant, tu comprends même pas les explications ! »

« Alors on va s’y mettre à deux. Vas-y. »

«  Oui mais alors pas en voiture, moi je tiens à la vie : Faliliaris consortio 84 ou conduire, il faut choisir ! »

« T’as raison, ça peut attendre ! » admit Laetitia qui allongeant ses jambes sur le tableau de bord décida de piquer un petit roupillon.

Il était effectivement tard lorsqu’ils arrivèrent. Plusieurs aller et retour au quatrième sans assesseurs les liquéfiât totalement : l’appartement était étouffant et sentait le renfermé. Après une bonne douche froide ce qui était plutôt agréable, mais de toutes façons l’eau chaude n’avait pas été réenclenchée, Ils grignotèrent ce qu’ils purent trouver : les maigres restes du piquenique, du couscous aux épices avec une boite de thon, du pain d’épice avec de la confiture d’orange amère, arrosé d’un un thé vert à la menthe.

Enfin, ils prirent chacun leur matelas de leur chambre respective et les installèrent à moitié dans le salon et à moitié sur le balcon… pour s’offrir une dernière soirée en plein air. Ce n’était pas le calme des nuits en pleine nature, la brise n’avait rien de très marin et les odeurs des pins et des eucalyptus mieux valait ne pas chercher à savoir par quoi elles avaient été remplacées…mais c’était leur dernière soirée et ils voulaient la savourer.

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