Roman chapitre VII suite et fin

Chapitre VII suite et fin

La cathédrale de Burgos était le début du programme de la journée. Lorsqu’ils y pénétrèrent il y avait foule, des gens entraient, d’autres sortaient, paroissiens endimanchés avec familles et touristes envacancés avec familles aussi.

Il était 10h 30 et la grand-messe battait son plein, protégée par un cordon rouge et quelques  « bedeaux » peu souriants et fermes. Ceci n’empêchait pas la foule de faire assez silencieusement le tour de la nef et des chapelles rayonnantes pour admirer autels, retables dorés, statues, stalles, le nez dans leur guide touristique. Maurice comprit que c’était dimanche et il eut un faible remord de ne pas y avoir pensé plus tôt. Ils suivirent le flux dextrogyre et ils découvrirent qu’à la chapelle de « Santo Miguel » finissait une messe suivie par une petite dizaine de personnes, tandis que dans la chapelle de « Santiago » quelques vieilles tout de noir vêtues, récitaient leur chapelet en attendant l’arrivée imminente d’un prêtre qu’un servant d’autel guettait également.

Ils terminèrent par le cloître, assez solennel avec ses deux niveaux de portiques, puis s’assirent dans un recoin sombre et calme d’une nef latérale pour échanger leurs impressions.

« C’est amusant » commença Laetitia, « on a l’impression qu’il y a des messes toutes la journée et même les horaires se chevauchent. Tu ne dois pas pouvoir prétendre que l’heure ne te convenait pas ! »

«  Oui mais chez nous il y a des messes aussi le dimanche soir, une sorte de rattrapage »

« Tu y va ? »

« Oui parfois le dimanche soir avec mon groupe de l’aumônerie »

« Oh ! Regarde Maurice, cette petite guérite à deux entrées…avec quelqu’un dedans ! »

« Ah ! Ca c’est un confessionnal, comme du temps de mes parents et de mes grands-parents » lui répondit Maurice.

Et il lui en expliqua le mécanisme. Il y avait effectivement quelques personnes qui attendaient et qui se succédèrent derrière le petit rideau. C’était très intriguant pour elle de visualiser le concept entendu chez ses oncles totalement mécréants d’«aller à confesse ».Elle nota que les personnes qui en sortaient avaient plutôt l’air serein.

«  Tu y vas aussi toi ? »

« Oui, parfois en pélé ou pendant des rassemblements, mais ça ne se passe pas du tout comme ça, c’est plutôt comme un dialogue de confiance avec un frère aîné ou un père »

« Alors, c’est plutôt comme chez le psy »

« Non pas vraiment, encore que je ne pratique pas beaucoup de psy, c’est difficile à t’expliquer…en tout cas ça fait autant de bien que de se réconcilier avec un ami après une dispute ou une incompréhension »

« Alors pourquoi t’y va pas plus ? » lui lança Laetitia « allez fais pas cette tête t’es pas au confessionnal ! En tout cas ce qui m’impressionne le plus… » Enchaîna-t-elle  « c’est que ce lieu qui existe depuis le XIII siècle n’a pas cessé d’abriter des foules de croyants qui ont contribué par leur travail, leur argent, leur engagement à sa vie, son rayonnement et sa splendeur. Et c’est vrai partout en occident. Comment peut-on nier nos racines chrétiennes ? »

« Alors ça ! C’est toi qui en parle ainsi, tu oublies les croisades, les guerres de religions, les abus de pouvoir et d’argent de certains prélats qui n’étaient pas des saints en plus ! » S’étonna Maurice.

« Mais je n’oublie pas non plus, le bienfait des monastères, le travail auprès des pauvres, et des malades, des orphelins, …Mère Theresa, Sœur Emmanuelle…et surtout l’éducation des jeunes filles ! »

«  Ah ! Voilà le petit côté féministe qui ressort ! »

« He bien ton pape, il dit qu’il y a du bon féminisme ! » Et elle se leva en riant et fit mine de lui taper sur la tête avec les brochures de l’office du tourisme.

« Allez, il y a encore beaucoup de choses à voir ! »

Après cette journée « intellectuelle », ils terminèrent par le « paseo » dans les rues et places de Burgos, en mangeant des « tapas ». Ils rentrèrent et allèrent directement s’étendre sur leur sacs, totalement fourbus et un peu saoulés de bruits, d’odeurs et -reconnaissons-le- de sangria.

« Je n’ai plus le courage de bouger même le petit doigt » avoua Laetitia. «  J’ai juste envie de m’endormir, tu veux bien me raconter une histoire, une de ton livre sur la joie ? »

« Mais c’est pas un livre de contes, style «  mythes et légende catho », tu exagères, c’est très sérieux ! »

« Tu n’as pas compris, ça me plaît bien car j’y trouve des réponses à des questions que j’ai sur le couple, l’Amour, les enfants, la famille, même si je n’en comprends pas les fondements, les valeurs qui en découlent me parlent ! »

« Même sur la sexualité ! »

« Là c’est sans doute plus délicat à exprimer et je n ‘ai pas beaucoup d’expérience, mais je pense que nous sommes un tout et je ne veux pas être seulement aimée pour mon corps et je ne veux pas seulement aimer avec mon corps, pas plus que je ne me contenterai de n’aimer qu’avec mon cœur et s’il manque la dimension de l’esprit je pense que cette relation risque d’être bancale ! »

« Et la virginité ! »

« Alors là je vais te dire le fond de ma pensée ! Il y en a beaucoup pour lesquels la virginité est un peu  une marchandise, une valeur ajoutée, en tout cas pour les filles et au contraire, pour les garçons  c’est considéré comme un handicap et presque comme une tare!  »

« Dans ce domaine j’aime que les choses soient symétriques et je ne vois pas en quoi la religion y est pour quelque chose. D’ailleurs c’est ce que je t’ai déjà dit. »

« Ok, alors on va aborder le chapitre VIII et là tu vas être servie » lui rétorqua Maurice.

« Si c’est intello ça sera pour demain, bonne nuit » Et elle se hissa pour déposer un (chaste) bisou sur son front.

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