Roman chapitre VII suite

Chapitre VII suite

La famille de Luis et Maria habitait une charmante vielle ferme au milieu d’un jardin un peu touffu attenant à l’exploitation. Ils accueillirent nos amis très chaleureusement et les trois enfants les escortèrent jusqu’à un coin ombragé où le sol était plutôt plat et assez moelleux car ils voulaient voir comment on montait une tente. Maurice fit son cinéma en lançant les arceaux qui se déplièrent tout seul avant de retomber au sol : la tente était toute prête. Ils applaudirent et il fallut évidement que Laetitia leur fasse «  visiter » l’intérieur !

Conviés à partager le diner (vers dix heures du soir) Maurice et Laetitia découvrirent la famille Fernandez dans son quotidien. Ils furent frappés des bonnes relations qui existaient entre les parents et les enfants. Ceux-ci participaient à la conversation des adultes et leurs questions étaient prises en considération. Quand ils se trompaient ou posaient des questions bizarres, on les reprenait tranquillement. Ils questionnèrent les deux français et s’amusèrent à parler leur langue qu’ils connaissaient un peu et que leurs parents qui avaient fait un an d’Erasmus en France – c’est là d’ailleurs qu’ils s’étaient rencontrés- leur apprenaient un peu.

De retour dans leur tente, vers minuit passé, ils passèrent en revue la soirée en se disant que c’était pile poil une illustration du chapitre VII sur l’éducation des enfants.

« Moi j’aimerais bien avoir des enfants agréables comme ça ! » commença Laetitia.

« Mais c’est le résultat d’une bonne éducation, tout simplement ! » assura Maurice.

«  Tu crois qu’on fait ce qu’on veut avec ses enfants et d’abord c’est quoi une bonne éducation ! Si c’est être simplement poli, gentil et ne rien dire, et rester sagement à sa place, merci ! Très peu pour moi. Ces enfants n’étaient pas seulement polis et disciplinés, mais ils avaient l’air heureux et leur parents bienveillants »

« Je me suis mal exprimé Laetitia, je suis d’accord avec toi. Les parents finalement ont une grande responsabilité. D’ailleurs, dans ce chapitre le pape leur donne des conseils. La famille ne peut renoncer à être un lieu de protection, d’accompagnement, d’orientation, même si elle doit réinventer ses méthodes et trouver de nouvelles ressources……Seuls les moments que nous passons avec eux, parlant avec simplicité et affection des choses importantes, et des possibilités saines que nous créons pour qu’ils occupent leur temps, permettront d’éviter une invasion nuisible. (260)

Et le pape continue sur l’éducation à la liberté au paragraphe suivant : mais l’obsession n’éduque pas et on ne peut avoir sous contrôle toutes les situations qu’un enfant pourrait  traverser…ce qui est important c’est de créer des processus de maturation de sa liberté, de formation, de croissance intégrale, de culture d’une authentique autonomie.

Donc la grande question n’est pas où se trouve l’enfant physiquement,… mais où il se trouve dans un sens existentiel, où est-ce qu’il se situe du point de vue de ses convictions, de ses objectifs, de ses désirs, de son projet de vie. »

« Quel programme ! Le projet de vie ça me fait un peu penser aux conseillers d’orientation, il fallait toujours qu’on ait un projet! Mais moi je pense aussi à la manière dont nos parents nous ont élevé… J’ai l’impression qu’il y a des choses que je ferai différemment et toi ? »

« Moi, y’a pas mal de choses que je ne veux pas faire vivre à mes enfants, mais je n’ai pas encore vraiment réfléchi à ce que je ferai à la place… et puis, pour l’éducation, on est deux »

«  C’est là justement le hic ! Moi, les parents, ils se disputaient pas mal car ils n’étaient pas d’accord à mon sujet » lui confia Laetitia.

« Moi, hélas, ils étaient toujours d’accord et il n’y avait pas moyen de faire fléchir les décisions, c’étaient les bons principes. Ils n’avaient pas lu le paragraphe 264 : La tâche des parents inclut une éducation de la volonté et un développement de bonnes habitudes et de tendances affectives au bien. Cela implique qu’elles soient présentées comme des comportements désirables à apprendre et des tendances à développer….il faut utiliser des méthodes actives et un dialogue éducatif. Cette formation doit se réaliser de façon inductive, de telle manière que l’enfant puisse arriver à découvrir par lui-même la portée de certaines valeurs, principes et normes, au lieu de se les voir imposés comme des vérités irréfutables.

« Attends un peu, laisse-moi lire trente secondes la suite » lui demanda Laetitia en lui arrachant presque le petit livre des mains. « Regarde au numéro 266 : On peut avoir des sentiments sociables et une bonne disposition envers les autres, mais si pendant longtemps on n’a pas été habitué, grâce à l’insistance des adultes, à dire «  s’il vous plait », « pardon », « merci », la bonne disposition intérieure ne se traduit pas facilement en ces expressions. C’est vraiment totalement retro, et finalement c’est pas faux ! Mais il faut que cela soit sincère »

« Oui mais plus loin il est questions de la valeur de la sanction comme stimulation, je ne sais pas si ça a vraiment bien marché pour moi car on lit : quand le parcours éducatif porte ses fruits dans une maturation de la liberté individuelle, l’enfant lui-même commencera à reconnaitre avec gratitude qu’il a été bon pour lui de grandir dans une famille et même de souffrir les exigences liées à tous processus de formation. Je trouve que les exigences liées au processus de formation étaient un peu tyranniques !

« Pauvre petit persécuté » lui susurra Laetitia. J’aime bien quand tu prends ton petit air d’Oliver Twist ! »

« Merci madame l’assistante sociale, j’ai besoin de rien » lui rétorqua-t-il en prenant un air boudeur. »

« Aller stop on arrête sur le sujet, décidons plutôt ce qu’on visite demain à Burgos en plus de la cathédrale qui est incontournable, même pour un philistin tel que toi ! »

« Demain, c’est toi qui décides, je te promets que je te suivrais comme un toutou ! »

« Alors, vite à la niche ! Médor ! »

Il  était fort tard quand enfin ils cessèrent leur amicale joute oratoire.

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