Roman Chapitre VII

Roman Chapitre VII

Renforcer l’éducation des enfants.

Le pied appuyé à fond sur l’accélérateur, Laetitia dépassait péniblement un poids lourd de « frutas y verduras ». Toutes les vitres étaient grandes ouvertes car évidement il n’y avait pas la clim dans la caisse de Maurice et l’habitacle, transformé en volière faisait entendre des claquements de voiles mal étarquées. Cette vieille «  bagnole » était un cadeau du parrain du jeune homme pour ses 20 ans, et elle avait au moins l’âge dudit parrain qui considérait qu’il avait fait là un présent considérable, ce qui n’était pas faux si on le comparait à ce qu’il offrait habituellement quand il n’oubliait pas tout simplement la date de l’anniversaire. Les cheveux dans la figure, Laetitia était donc au volant, grisée par la vitesse de 110km/h de l’engin et ne remarquait pas le comportement un peu nerveux de son passager, propriétaire du véhicule.

«  Si tu es fatiguée, je peux prendre le relais si tu veux » lui proposa Maurice.

« Pour le moment ça baigne, il n’y a personne sur la route et on avance bien tu ne trouves pas ? »

Effectivement on avalait pas mal de kilomètres, mais on n’avait pas l’habitude de se faire conduire…surtout par une fille qui venait d’avoir le permis. Il fit un effort sur lui-même pour poursuivre d’un air détaché : « Oui, à cette vitesse on va arriver avant la fin de la sieste chez Luis »

Ils étaient en route pour Burgos où habitait un cousin d’Asunción et de Pedro ; Car dès qu’ils leur avaient signifié leur intention de passer par cette ville, ils avaient quasiment été «  obligés » d’aller planter leur tente dans le « parc ombragé » de Luis qui avait une petite exploitation de légumes bio dans les alentours de l’agglomération.

Laetitia était ravie d’aller visiter la ville et sa célèbre cathédrale aux flèches que les pèlerins voyaient de loin sur le chemin de Compostelle et elle était intriguée par les méthodes de cultures bio du cousin. Maurice aussi était content d’avancer un peu ; il comptait ensuite rejoindre la mer au-delà de Santander car il avait repéré des petites criques qui avaient l’air sympa pour y établir un petit campement idyllique.

« Tu m’as dit que le prochain chapitre était sur l’éducation des enfants…mais je n’y connais rien, en plus je ne sais même pas si j’en aurais, en fait, je pense que j’aimerais bien mais penser déjà à leur éducation ! En tout cas la seule chose que je sais c’est que je ne ferai pas comme mes parents ! Je n’en aurai pas qu’un ! »

«  Et, moi je n’en aurais pas six » affirma aussitôt Maurice.

« Pourquoi, vous êtes six ? »

« Non, on est cinq, mais chez ma tante ils sont six ! »

« Alors si on en a ensemble, ça fait 3,5 ! Minimum trois, maximum quatre. Mais toi qui est un bon catho, je croyais que tu devais en avoir autant que le ciel t’en donnerait, ne compte pas sur moi pour me transformer en lapine ! »

« Pas d’inquiétude ! Même le pape appelle à la paternité responsable, je croyais te l’avoir déjà cité au N° 167 : c’est-à-dire, la possibilité donnée aux couples d’user de leur liberté inviolable de manière sage et responsable, en prenant en compte les réalités sociales et démographiques aussi bien que leur propre situation et leurs légitimes désirs. Tu vois c’est plutôt open ! »

« Et par rapport aux méthodes de contraceptions, au préservatif et à toutes ces attitudes ringardes, j’espère qu’elles ont enfin évolué. »

« Dans l’exhortation on ne parle pas de tout ça. Là, je crois que le pape le joue très finement car en appelant les couples à la responsabilité, ils leur laisse implicitement le choix du moyen utilisé, puisque l’important est l’exercice de la conscience des deux parents. À la limite, ce n’est pas le nombre d’enfants qu’on a qui compte, mais le projet de famille du couple. Ça me fait penser à ma tante avec ses six enfants, je crois que c’était surtout le projet de mon oncle qui avait toujours dit que dans sa famille on avait  beaucoup d’enfants car c’était une bénédiction du Seigneur, mais qui ne levait pas le petit doigt chez lui, alors que ma tante qui avait une mauvaise santé, se tuait à la tâche. Attention il va déboiter ! ». Un énorme semi-remorque que Laetitia s’apprêtait à dépasser sur sa lancée, déboitait pour doubler un autre monstre plus lambin.

« No stress, je l’avais à l’œil » murmura Laetitia entre ses dents, les deux mains bien arrimées au volant et elle ajouta : « Je t’ai fait peur, désolée. »

«  Heu ! Non, mais je vais arrêter de te distraire avec mes questions »

« Donc tu as un peu peur quand même, avoue »

« C’est que je n’ai pas l’habitude de prêter ma voiture ! »

« En attendant, « officier » orienteur, on va bientôt être en approche de Burgos et il me faut un pilotage jusqu’à chez Luis »

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