roman Chapitre VIII complément 1

Roman Chapitre VIII compléments

Comme c’était leur dernière étape, que tout étaient encore mouillé dans le coffre, et qu’ils avaient vu, sur le site  qu’il existaient des dortoirs pour les jeunes, ils se présentèrent à l’accueil, en se disant que, maintenant qu’on était en septembre, on pouvait espérer avoir de la place au débotté.

«  Bonjour, nous sommes français et » commença Maurice.

« Et vous venez pour le CPPM » enchaîna la vielle demoiselle de l’accueil, en les regardant avec un sourire qu’ils trouvèrent malicieux et un accent espagnol délicieux.

« heu ! Non, on ne vient pas pour une préparation au mariage » commença Maurice presque un peu gêné pour laetitia qui de toute façon ne savait pas ce que c’était le CPM .

« Mais CPPM , c’est pas pour le mariage, ici c’est le groupe « Ca Plane Pour Moi », ou les 3 P : Parapente, Prière et Partage. C’est bien pour ça que vous venez. Vous faites bien partie du groupe du père Romain ? » Insista-t-elle.

« En fait, non. Mais on avait vu sur le site que vous aviez un dortoir pour les jeunes et on a pensé qu’il vous resterait de la place en cette période. On ne souhaite rester qu’une nuit et on a nos sacs. » Plaida Laetitia.

« Alors, il faut que je vois avec le padré, combien il a de jeunes cette année »

« Je pense que ça va pouvoir se faire » déclara une voix à l’accent gascon prononcé. «  Mais vous allez rater le meilleur si vous partez déjà demain ! »

« Ah ! Padré Romané, vous tomber comme une pique. Ces jeunes »

« Souhaites passez une nuit chez vous. Pas de Pb pour moi et donc pas non  plus de PB pour vous n’est-ce pas ? »

Avant que la digne vieille dame ait en le temps de répondre, le père Romain les avait entrainés pour leur montrer les lieux, leur expliquer le fonctionnement de l’albergé et leur donner rendez-vous pour le diner dans une demie-heure.

Laetitia découvrit le dortoir des filles (Car ici on soignait tout de même les apparences). Dans une vaste salle, il n’y avait qu’un lit, mais un grand lit de 1m 90 de long et de 8 m de large. Un peu comme un parking, mais sans les marques au sol pour délimiter la place de chacun. Des sacs à dos à moitié ouvert signalaient l’existence d’une potentielle dormeuse et la paire de godillot, au doit du sac, renseignait sur sa pointure. Laetitia posa ses affaires entre un Lafuma rouge et un Adidas vert fluo et alla se rafraîchir.

La « salle de bain » se composait de quelques cabines de douches qui pour le moment chantaient gentiment et d’une sorte de long abreuvoir blanc où un tuyau mural qui courrait horizontalement, desservait des robinets tous les 60 cm. Une fille en short et T-shirt de sport lui adressa la parole, la brosse à dent encore calée dans la bouche.

« Salut, tu viens avec le groupe de Pau » Et comme laetitia ne répondait pas elle poursuivit. « Celui du père Romain »

« Non, je ne le connais pas » finit par dire laetitia.

« Tu verras, il est cool, il est romain sans le col » dit-elle en éclatant de rire.

Laetitia sourit poliment sans comprendre.

« On se retrouve dans 5 minutes au ref, si tu veux pas être à la bourre, dépêche ! » lui lança-t-elle.

Dans le « ref », plusieurs tablées attendaient et les autres tables se remplissaient rapidement. Elle aperçut enfin Maurice qui lui faisait signe de venir s’installer à côté de lui. Elle fut soulagée car elle n’avait pas l’habitude de ce genre rassemblement. Après un petit chant dynamique, tout le monde s’assis bruyamment et attaqua vigoureusement les grands plats rectangulaire en inox : tomates-concombres-maïs, puis purée de pommes de terre mousseline, saucisses chipolata, un yaourt et une banane.

A la fin du repas, le père Romain tapota sur son verre avec son couteau : un silence relatif lui répondit !

« Demain matin décollage à l’aube, on monte au pic de miranda. Chacun avec le petit sac habituel (n’oubliez pas vos pulls, les filles); le matos montera en 4×4. Là-haut, on commencera les vols et la voiture fera la navette ensuite. Pour ce soir nous accueillons Maurice et son amie. Ils font se présenter rapidement. Mais ils ne sont pas des nôtres longtemps, ils doivent être à Lyon demain soir dernier délais ! À toi Maurice. »

« Heu ! Moi, Je suis en prépa ingé sur Lyon. Avec ma coloc laetitia on avait envie de découvrir le nord de l’Espagne et on rentre demain » Et laetitia qui sentait bien qu’elle devait dire quelque chose ajouta : « pour moi c’est pareille ! ».

Elle se sentait tout de même un peu dans un autre monde, surtout lorsqu’il lui fallut plonger les mains dans des grandes cuves d’eau grasse pour faire la vaisselle ; Tout le monde lavait essuyait, rangeait, balayait et remettait le couvert du petit déjeuner en chantant des trucs qu’elle n’avait jamais entendu.

Ils se seraient bien éclipsés discrètement pour aller marcher un peu dehors, au calme et surtout ensemble, mais le père Romain les interpella : « Venez vous assoir un peu au salon, on va faire plus ample connaissance avant que vous ne nous quittiez. »

Dans le vaste salle, baptisée salon, des groupes discutaient, jouaient aux cartes. Une guitare animait la soirée (qui ne devait pas se terminer trop tard, le père avait dit).

Bien calée à côté de Maurice, dans un canapé un peu défoncé, laetita se demandait bien de quoi ils allaient parler avec un «  curé » ; elle n’était pas du tout hostile, mais seulement un peu mal à l’aise tout de même.

Maurice et Romain commencèrent à parler, rapidement ils se trouvèrent un vague cousin en commun (Que Romain avait rencontré au séminaire, mais qui n’y était pas resté). De fil en aiguille, et Maurice ne se souvenait pas comment d’ailleurs, ils en arrivèrent à l’exhortation.

« Comment ! Tu as déjà lu Amoris laetitia » Dit Romain admiratif. «Tout »

« Il ne nous reste que le chapitre IX » dit laetitia en prenant pour la première fois la parole. « Et je trouve ça…très…intéressant » bafouilla-t-elle.

« Et toi laetitia, tu n’as pas dit grand-chose sur toi. Que fais-tu ? »

Maurice «  vola » à son secours, en voyant son regard implorant (ce qui n’avait pas échappé à son interlocuteur).

« Laetitia, ne va pas à l’aumônerie, en fait, elle n’est pas baptisée (Il allait dire même pas), mais comme j’avais commencé ce livre, elle a voulu savoir ce qu’on y disait et, tu vas sans doute être surpris, il y a pas mal de choses qui lui plaisent bien. Elle dit souvent que ce qui y est écrit n’est pas réservé aux  cathos, mais qu’il y a de tas de points qui concernent tout le monde »

Se tournant vers elle, Romain lui affirma qu’elle avait parfaitement raison, que ce texte, qui considérait la «  vraie vie » des personnes comme Jésus l’aurait fait lui-même, parlait un langage simple et concret, qui jamais ne juge, mais toujours encourage et sait reconnaitre les efforts de ceux qui essaient, dans la situation où la vie les a mis, de vivre au mieux l’Evangile.

« Merci » répondit simplement Laetitia « mais.. ». Encouragé par les regards attentifs de Romain et de Maurice, elle poursuivit.

« Mais ce que je ne perçois pas bien, car je n’ai effectivement pas fait de caté, c’est le lien entre les textes d’Evangile que Maurice m’a lu et auxquels il me semble que j’adhère et les lois ou les normes dont le texte parle et qui ne paraissent  pas non plus très bien accepté par une partie des personnes catholiques. En particulier, j’aimerais comprendre pourquoi, les couples qui se sont remariés après avoir divorcé ne peuvent pas communier. Maurice a posé la question à un de ses oncles, mais on n’a pas encore la réponse ! »

« Heu !  En fait, je l’ai reçu ce matin, mais même moi je n’y ai rien piqué et il me semble que ça n’est pas capitale de le savoir, puisque maintenant, on dit que la porte est ouverte. Mais est-ce bien vrai ? Qu’est-ce qui est permis ? Toi Romain, tu pourrais nous expliquer ce qui a changé »

« Paradoxalement ça sera peut-être plus difficile pour toi, Maurice car tu as depuis toujours été baigné dans le « permis-défendu » et l’autorisé-interdit » en matière de participation aux sacrements par exemple. Comme aux pharisiens qui demandent à jésus (pour le piéger) si il  est permis de guérir le jour du sabbat,  jésus nous renvoi toujours à «  la genèse » de nos actions, à ce qui nous anime : faire du Bien, produire de bons fruits, entreprendre un chemin de guérison, progresser en humanité. Il a dit qu’il n’était pas venu abolir la loi, mais l’accomplir, en nous proposant une loi qui surpasse toutes les autres, Sa loi d’Amour. Pour toi laetitia, qui ne connait pas les lois et les normes et qui a sans doute davantage eu besoin d’interroger ta conscience pour agir, ce sera sans doute plus évident.

Prenons par exemple, ce signe (on parle de sacrement dans notre lange catho) qu’est l’Eucharistie. Dans les premières communautés, rien n’était codifié, ni harmonisé…on faisait mémoire du Seigneur…puis St Paul nous signale qu’il y a eu des excès (d’ailleurs pas d’impiété ou de problème matrimoniaux, mais parce que certains se goinfraient lors du repas partagé et ne donnaient rien aux pauvres ! et ça ce n’était pas toléré). Au cours des siècles, des habitudes, des normes, de lois ont venu régir cet accès à « la communion ». N’oublions pas que sous Louis XIV, les comédiens par exemple étaient excommuniés, donc en particulier privé de la communion ! Puis il y eu la règle du « jeûne eucharistique » et beaucoup d’autres règles (quand nous étions petits, il ne fallait surtout pas que l’hostie touche les dents ! Jusqu’à L’exhortation, la discipline était de demander aux personnes divorcées vivant une nouvelle union de ne pas communier et s’appliquait à tous et dans tous les cas au seul critère de leur « état objectif », c’est-à-dire à leur «  état de vie ».

« Oui » intervient laetitia « on a bien compris, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac et il faut bien discerner les différentes situations, mais qui discerne, et comment faire pour que cela ne ressemble ni à un jugement, ni à un examen de passage ? Et où c’est précisément écrit ? »

« He bien ! En voilà une qui va jusqu’au bout de ses questions. Elle doit te donner du fil à retors mon pauvre Maurice ! Pour répondre à ta dernière question, je dis en riant que le code secret est : 305-351-EG-44-47 ! Ne fais as cette tête! 305,  c’est le numéro de l’article du chapitre VIII où l’on parle de l’aide de l’Eglise pour la croissance spirituelle des couples « divorcés-remariés », 351, c’est le numéro de la note de bas de page qui à cet endroit précise que l’aide de l’Eglise peut aller jusqu’aux sacrements dans certains cas, et EG 44-47, fait référence à une autre exhortation que la pape François a écrit en 2013, je crois, et qui s‘appelle Evagelii Gaudium ( E.G.) et dont les articles de 44 à 47, contiennent des phrases maintenant célèbres comme «même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n‘importe quelle raison » ou « le confessionnal ne doit pas être une salle de torture » ou encore « l’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas le prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » Et nous sommes tous faibles ! »

« Super » s’écria Maurice « ll est vraiment super, François. Il ne dit pas oui pour tous, ou non pour tous, mais oui pour que vous cherchiez tous votre chemin personnel. Ce n’est pas votre état objectif qui détermine votre situation vis-à-vis de l’Eucharistie, mais bien votre désir de suivre le Christ et de participer à sa vie par l’Eucharistie ! »

« Tout à fait »reprit Romain, « c’est si vrai que le N° 186 qui parle de la dignité eucharistique en référence à ce que je disais tout à l’heure de Saint Paul précise que lorsque ceux qui communient refusent de s’engager pour les pauvres et les souffrants ou approuvent différentes sortes de division, de mépris ou d’injustice, l’Eucharistie est reçu ne façon indigne ! »

« Ah ! J’avais pas fait le lien ! Il ne va pas se faire que des amis avec des phrases pareilles ! » S’exclama Maurice.

« C’est bien ce qui me plait là-dedans, c’est la traque à l’hypocrisie ! » Compléta laetitia.

« Décidemment, vous faites la paire ! On dirait que vous avez passé toutes vos vacances à étudier ce bouquin ! J’espère que vous avez parlé d’autres choses tout de même ! A votre âge il y a bien d’autres sujets non ! »

« Mais à partir de ce livre, on a toujours finalement dérivé sur des questions de notre vie, car il parle de tout ce livre ! Les familles, les enfants, les jeunes, les couples mariés, pas mariés, divorcés, remariés, devenu veuf ou veuve…bref, on a passé beaucoup de temps à parler…ça permet de mieux se connaitre non ! Mais on a aussi rencontré des gens super, visité de belles villes, découvert des lieux magique, nager, marché, grimpé… » Enuméra Laetitia avec enthousiasme.

« Ah ! Vous me rassurez » dit Romain « Vous me semblez parfaitement normaux. C’est bon pour Amoris, vous savez tout ! Y-a plus qu’à ! Par exemple, vous pourriez bientôt avoir à expérimenter le 143 et ensuite ceux qui commencent avec le 205  »

« C’est quoi déjà » Demanda Maurice.

« C’est ce qui concernent les jeunes gens et les jeunes filles lorsqu’ils commencent à beaucoup aimer passer du temps à deux » Dit en souriant Romain.

« Mais nous, on n’est pas ensembles, on est seulement amis » Répliqua très rapidement Laetitia.

« Oui » Renchérit Maurice « seulement des amis »

« C’est un très bon début, et rien ne presse, et rien n’oblige, mais un chemin d’amitié c’est un beau chemin de croissance et vous avez beaucoup de chance de le vivre ainsi. Bon, il est bien tard…l’année prochaine, le parapente ça vous dirait. Mettez-moi vos mails, je vous tiens au courant des prochains séjours et bon vent avec Amoris ! » Lança-t-il en les quittant.

Effectivement, pendant qu’ils parlaient, la salle s’était vidée, et il n’y avait plus qu’eux deux et la guitare solitaire.

« C’était super intéressant tu ne trouves pas » déclara Laetitia .

« Si, j’ai compris des tas de choses, il est cool ! »

« Tiens au fait de cool, j’ai une question : Y-a une fille qui a dit, en parlant de lui, quelque chose comme, c’est un romain sans le col. Et elle a éclaté de rire !

« Ah ! » elle est bien bonne celle-là.  « un Romain sans le col ! »

« Arrêtes de rire, tu vas m’expliquer ! Sinon ! »

« Tu sais maintenant, il y a des jeunes prêtres qui portent toujours une chemise unie noire, grise, ou bleue clair avec un col droit et un genre de nœud plat noir, Ca s’appelle un col romain (de Rome  quoi !) »

« Ok j’ai vu ça, on dirait qu’ils avaient oublié de retirer le truc en plastique qui maintien la chemise dans l’emballage ! Et alors c’est quoi le problème d’avoir un col romain ? »

« Ben, souvent, mais pas toujours, c’est plutôt les tradis qui le portent «

« Bon, je ne vais pas te demander qui c’est les tradis, c’est plutôt l’heure d’aller au lit, car demain, on ne va pas faire du parapente, mais on a 1000 km à s’enfiler jusqu’à  Lyon. Bon dodo. »

 

 

 

 

 

 

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