Roman Chapitre VIII

Roman Chapitre VIII

Maurice lui avait dit : « Si tu veux comprendre quelque chose au chapitre VIII, il est indispensable que je te fasse un peu de caté ». Elle avait dit qu’elle était prête et il avait tenté de lui expliquer. Et il avait bien galéré, car comment expliquer ce qu’est un sacrement de mariage ou d’Eucharistie à partir de zéro (car Lætitia partait vraiment de très loin) alors que pour lui la notion était un peu floue, même s’il communiait (sérieusement) à chaque fois qu’il allait à la messe. Pour le mariage cela lui semblait plus simple et encore, Lætitia lui posait de ces questions !

 Plus il tentait de répondre et plus il sentait qu’il s’enferrait, il ne comprenait pas vraiment les liens subtils qui semblaient exister entre les sacrements eux-mêmes et il avait l’impression de ne parler que de loi, d’interdit, de permis-défendu, de code moral, alors qu’il avait l’intuition qu’Amoris Laetitia c’était un changement de regard, une manière à la fois exigeante  et bienveillante de considérer les personnes sans s’arrêter à leur situation « extérieure». En fait c’était exactement le regard de Jésus dans les Évangiles lorsqu’il rencontre les gens de Palestine. Alors il se dit qu’il avait vraiment mal présenté les choses et il lui dit :

«Bon là Lætitia, tu oublies tout ce que je viens de te dire, ok ! Tu oublies »

Et il commença à lui raconter la vie de Jésus, avec ses apôtres, les rencontres avec les foules, avec les malades, avec ceux dont Il croisait le chemin, Zachée, la samaritaine, la femme adultère, Bartimée, Marie de Magdala, Nicodème, Le jeune homme riche…et tant d’autres. À chaque rencontre, le regard de jésus accueillait, pardonnait, transformait et envoyait en mission. Les Pharisiens (évidemment elle ne savait pas qui ils étaient) ne voyaient pas d’un bon œil, ce « prophète » qui semblait s’affranchir des lois, en particulier de ces fameuses lois du sabbat (là aussi il dû lui expliquer), qui semait la « confusion » parmi le peuple et surtout sapait leur autorité. Il lui parla des premières communautés, de Saint Paul, de ses écrits vraiment révolutionnaires, de la rédaction des évangiles, des différentes sources et traditions. Puis il esquissa la naissance du christianisme et son expansion en Europe et sur tout le bassin de la Méditerranée. Puis un peu d’histoire de L’Église, mais là Lætitia était presque meilleure que lui car elle connaissait bien l’histoire européenne et cela se recoupait souvent. D’ailleurs, les droits seigneuriaux, religieux, locaux ou plus largement, le pouvoir royal, impérial ou papales étaient tellement intriqués qu’on voyait bien d’une part que cela avait aidé à la « longévité du système», mais par ailleurs favorisé les « abus de pouvoir » en tous genres. Maintenant, avec la séparation de l’Église et de l’État, chacun devait inventer un nouvel équilibre (exercice difficile de la laïcité) et « les religions » pouvaient se concentrer sur leur « raison d’être » : spiritualité, charité, humanité, recherche de sens, espérance….selon le charisme de chacune.

Toutes ses explications s’étaient échelonnées sur une journée entière, lorsqu’ils avaient quitté Burgos pour rejoindre les environs de Santander par les petites routes. A la sieste, bien ombragée, mais dans un lieu où «  ça passait », Maurice avait montré l’objet de sa recherche Google, un lieu idyllique de camping. Si on pouvait bien en juger avec le grossissement maximum. Mais il restait pas mal d’incertitudes car c’était assez loin des grands bourgs de la côte et donc mal renseigné dans les détails (très important dans leur cas de camping « sauvage »). Laetitia était tout excitée et Maurice espérait qu’elle ne serait pas déçue, (en fait, il aurait été très vexé que ses recherches approfondies et bien recoupées s’avèrent un énorme bide !)

 

Ils arrivèrent près du lieu dans le début de la soirée. À cette époque et avec l’horaire local il faisait encore bien jour et le soleil dorait toute chose. Ils s’étaient enfoncés dans un premier petit chemin, évidemment non revêtu. Au fur et à mesure les ornières se creusaient et les ronces du bas-côté se faisaient de plus en plus agressives. Lætitia commençait à douter que ce chemin ne débouche sur la mer et Maurice ne disait rien, mais n’en pensait pas moins.

«  On pourrait peut-être laisser la voiture et aller tenter une reconnaissance à pieds, tu ne crois pas ? » suggéra-t-elle.

« Si tu es inquiète pour la voiture ok » répondit Maurice qui partageait ce sage conseil intérieurement.

Ils casèrent leur caisse dans un petit élargissement sous un maigre arbuste pas trop piquant (on ne savait jamais, peut-être un tracteur allait-il passer par là). Et ils poursuivirent à pieds et Ils furent bien  heureux d’avoir laissé la voiture car c’était plutôt la jungle. Au bout d’un kilomètre environ, ils sentirent un petit vent salé, ils entendirent le cri de quelques mouettes et en sortant du bois de pins, ils découvrirent « le petit coin idyllique ».

 

 

Publicités