Rapport final synode 2015

Rapport final
du Synode ordinaire des e ve ques
sur la famille en 2015
© Anekoho – Fotolia
1
Rapport final du Synode ordinaire
des e ve ques sur la famille en 2015
24 octobre 2015, Relatio Synodi de la XIVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques
Au terme du Synode ordinaire des évêques sur la famille qui s’est déroulé au Vatican du 4 au
25 octobre 2015, les Pères synodaux ont adopté la Relatio synodi, un texte qui vient clore leurs
débats et échanges sur « La vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde
contemporain ». Trois grandes parties : L’Église à l’écoute de la famille ; La famille dans le plan
de Dieu ; La mission de la famille, qui reprennent la trame de l’Instrumentum laboris. Ce
rapport final a été remis au pape François après avoir était adopté par les 265 votants. Les
nombres à la fin de chaque paragraphe correspondent au résultat du vote des Pères synodaux
¦oui-non¦. Les abstentions ne sont pas précisées.
Texte original italien (*)
Introduction [1-3]
Première partie – L’Église à l’écoute de la famille [4-34]
Chapitre I – La famille et le contexte anthropologico-culturel [5-10]
♦ Le contexte socioculturel [5]
♦ Le contexte religieux [6]
♦ Le changement anthropologique [7]
♦ Les contradictions culturelles [8]
♦ Conflits et tensions sociales [9]
♦ Fragilité et force de la famille [10]
Chapitre II – La famille et le contexte socio-économique [11-16]
♦ La famille, ressource irremplaçable de la société [11]
♦ Politiques en faveur de la famille [12]
♦ Solitude et précarité [13]
♦ Économie et équité [14]
♦ Pauvreté et exclusion [15]
♦ Écologie et famille [16]
Chapitre III – Famille, inclusion et société [17-29]
♦ Le troisième âge [17-18]
♦ Le veuvage [19]
♦ Les dernières années de vie et le deuil en famille [20]
2
♦ Les personnes avec des besoins particuliers [21]
♦ Les personnes célibataires [22]
♦ Migrants, réfugiés et persécutés [23-24]
♦ Quelques défis particuliers [25]
♦ Les enfants [26]
♦ La femme [27]
♦ L’homme [28]
♦ Les jeunes [29]
Chapitre IV – Famille, affectivité et vie [30-34]
♦ L’importance de la vie affective [30]
♦ La formation au don de soi [31]
♦ Fragilité et immaturité [32]
♦ Technique et procréation humaine [33]
♦ Le défi pour la pastorale [34]
Deuxième partie – La famille dans le plan de Dieu [35-55]
Chapitre I – La famille dans l’histoire du salut [37-41]
♦ La pédagogie divine [37]
♦ L’icône de la Trinité dans la famille [38]
♦ La famille dans l’Écriture sainte [39-40]
♦ Jésus et la famille [41]
Chapitre II – La famille dans le Magistère de l’Église [42-46]
♦ Paul VI [43]
♦ Jean-Paul II [44]
♦ Benoît XVI [45]
♦ François [46]
Chapitre III – La famille dans la doctrine chrétienne [47-51]
♦ Le mariage dans l’ordre de la création et la plénitude sacramentelle [47]
♦ Indissolubilité et fécondité de l’union sponsale [48]
♦ Les biens de la famille [49-50]
♦ Vérité et beauté de la famille [51]
Chapitre IV – Vers la plénitude ecclésiale de la famille [52-55]
♦ Le lien intime entre Église et famille [52]
♦ La grâce de la conversion et de l’accomplissement [53-54]
♦ La miséricorde au coeur de la révélation [55]
3
Troisième partie – La mission de la famille [56-93]
Chapitre I – La formation de la famille [57-61]
♦ La préparation au mariage [57-58]
♦ La célébration du mariage [59]
♦ Les premières années de la vie familiale [60]
♦ La formation des prêtres et des autres acteurs de la pastorale [61]
Chapitre II – Famille, procréation, éducation [62-68]
♦ La transmission de la vie [62]
♦ La responsabilité procréatrice [63]
♦ La valeur de la vie dans toutes ses phases [64]
♦ Adoption et placement [65]
♦ L’éducation des enfants [66-68]
Chapitre III – Famille et accompagnement pastoral [69-86]
♦ Situations complexes [69-76]
♦ L’accompagnement dans diverses situations [77-83]
♦ Discernement et intégration [84-86]
Chapitre IV – Famille et évangélisation [87-93]
♦ La spiritualité familiale [87-88]
♦ La famille, sujet de la pastorale [89-90]
♦ Le rapport avec les cultures et les institutions [91-92]
♦ L’ouverture à la mission [93]
Conclusion [94]
Prière à la Sainte Famille
N.B. : Les notes sont publiées à la fin du document
Les nombres à la fin de chaque paragraphe correspondent au résultat du
vote des pères synodaux ¦oui-non¦. Les abstentions ne sont pas précisées.
Total des personnes votant : 265.
(*) Traduction de Violaine Ricour-Dumas pour La Documentation catholique.
© Libreria Editrice Vaticana © Bayard 2015 – Reproduction interdite.
Vous bénéficiez de cette traduction pour un usage privé.
Vous ne pouvez ni la publier ni la transmettre
sans l’autorisation écrite préalable de http://www.urbietorbi.com.
dcatho@bayard-presse.com
4
Les Sigles
AA Concile oecuménique Vatican II, Décret Apostolicam actuositatem (18 novembre 1965)
AG Concile oecuménique Vatican II, Décret Ad gentes (7 décembre 1965)
CEC Catéchisme de l’Église catholique (15 août 1997)
CiV Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate (29 juin 2009)
DC Conseil pontifical pour les textes législatifs, Instruction Dignitas connubii (25 janvier 2005)
DCE Benoît XVI, Lettre encyclique Deus caritas est (25 décembre 2005)
DeV Saint Jean-Paul II, Lettre encyclique Dominum et vivificantem (18 mai 1986)
Div Saint Jean Paul II, Lettre encyclique, Dives in misericordia (30 novembre 1980)
GE Concile oecuménique Vatican II, Déclaration conciliaire, Gravissimum Educationis (28 octobre
1965)
GS Concile oecuménique Vatican II, Constitution Pastorale Gaudium et spes (7 décembre 1965)
EdE Saint Jean-Paul II, Lettre encyclique Ecclesia de eucharistia (17 avril 2003)
EG François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium (24 novembre 2013)
EN Bienheureux Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975)
EV Saint Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelium vitae (25 mars 1995)
FC Saint Jean-Paul II, Lettre encyclique, Exhortation apostolique Familiaris consortio (22
novembre 1981)
HV Bienheureux Paul VI, Lettre encyclique, Humanae vitae (25 juillet 1968)
IL IIIe Assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques, Les défis pastoraux sur la famille
dans le contexte de l’évangélisation. Instrumentum laboris (24 juin 2014)
LF François, Lettre encyclique Lumen fidei (29 juin 2013)
LG Concile oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique Lumen gentium (21 novembre 1964)
LS François, Lettre encyclique Laudato Si’ (24 mai 2015)
MV François, Bulle Misericordiae vultus (11 avril 2015)
NA Concile oecuménique Vatican II, Décret Nostra aetate (28 octobre 1965)
NM Saint Jean-Paul II, Lettre apostolique Novo millennio ineunte (6 janvier 2001)
RM Saint Jean-Paul II, Lettre encyclique, Redemptoris missio (7 décembre 1990)
VS Saint Jean-Paul II, Lettre encyclique, Veritatis Splendor (6 août1993)
À retrouver sur notre site :
http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Dossiers/Rapport-finaldu-
Synode-ordinaire-des-eveques-sur-la-famille-en-2015-2015-
11-03-1375859
5
Introduction
1. Nous, les Pères synodaux, réunis autour
du pape François, le remercions de nous
avoir convoqués pour réfléchir avec lui et
sous sa conduite à la vocation et à la
mission de la famille aujourd’hui. Nous lui
offrons le fruit de notre travail avec
humilité, conscients des limites qu’il
présente. Nous pouvons toutefois affirmer
que nous avons toujours eu à l’esprit les
familles du monde entier, avec leurs joies et
leurs espérances, leurs tristesses et leurs
angoisses. Les disciples du Christ savent
qu’« il n’est rien de vraiment humain qui ne
trouve écho dans leur coeur. Leur
communauté, en effet, s’édifie avec des
hommes, rassemblés dans le Christ,
conduits par l’Esprit Saint dans leur marche
vers le Royaume du Père, et porteurs d’un
message de salut qu’il faut proposer à tous.
La communauté des chrétiens se reconnaît
donc réellement et intimement solidaire du
genre humain et de son histoire » (GS, 1).
Remercions le Seigneur pour la fidélité
généreuse avec laquelle tant de familles
chrétiennes répondent à leur vocation et à
leur mission, même devant les obstacles, les
incompréhensions et les souffrances. Toute
l’Église, unie à son Seigneur et soutenue
par l’action de l’Esprit Saint, adresse ses
encouragements à ces familles. Elle sait
qu’elle détient une parole de vérité et
d’espérance à adresser à tous les hommes.
Le pape François l’a rappelé dans la
célébration par laquelle s’est ouverte la
dernière étape de ce parcours synodal dédié
à la famille : « Dieu n’a pas créé l’être
humain pour vivre dans la tristesse ni pour
rester seul, mais pour le bonheur, pour
partager son chemin avec une autre
personne qui lui soit complémentaire (…).
C’est le même dessein que Jésus (…)
rappelle par ces paroles : « Au
commencement de la création, Dieu les fit
homme et femme. À cause de cela,
l’homme quittera son père et sa mère, il
s’attachera à sa femme, et tous deux
deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne
sont plus deux mais une seule chair »
(Mc 10, 6-8 ; cf. Gn 1, 27 ; 2, 24) ». Dieu
« unit les coeurs d’un homme et d’une
femme qui s’aiment et les unit dans l’unité
et l’indissolubilité. Cela signifie que le but
de la vie conjugale n’est pas seulement de
vivre ensemble pour toujours, mais de
s’aimer pour toujours ! Jésus rétablit ainsi
l’ordre qui était à l’origine et qui est
origine. (…) C’est seulement à la lumière
de la folie de la gratuité de l’amour pascal
de Jésus que la folie de la gratuité d’un
amour conjugal unique et jusqu’à la mort
apparaîtra compréhensible » (Homélie de la
messe d’ouverture du Synode, 4 octobre
2015). ¦260-0¦
2. Lieu intime de joies et d’épreuves, la
famille est la première et la plus importante
« école d’humanité » (cf. GS, 52). En dépit
des signaux annonciateurs de la crise que
connaît l’institution familiale dans les
divers milieux, le désir de famille reste vif
au sein des jeunes générations. L’Église,
experte en humanité et fidèle à sa mission,
annonce avec une conviction profonde
l’« évangile de la famille » : reçu avec la
révélation de Jésus-Christ et
continuellement enseigné par les Pères, par
les Maîtres de la spiritualité et par le
Magistère de l’Église. La famille revêt pour
le cheminement de l’Église une importance
particulière : « L’amour [de Dieu] est si
grand qu’il a commencé à cheminer avec
l’humanité, il a commencé à cheminer avec
son peuple, jusqu’à ce qu’arrive le moment
approprié et il lui a donné la plus grande
preuve d’amour : son Fils. Et Son Fils, où
l’a-t-il envoyé ? Dans un palais, dans une
ville, pour créer une entreprise ? Il l’a
envoyé dans une famille. Dieu est entré
dans le monde par une famille. Et il a pu le
faire parce que cette famille était une
famille qui avait le coeur ouvert à l’amour,
qui avait les portes ouvertes (François,
Discours pour la Fête des Familles,
Philadelphie, 26 septembre 2015). Les
familles d’aujourd’hui sont envoyées
comme des « disciples missionnaires »
6
(cf. EG, 120) (1). En ce sens, il est
nécessaire que la famille se redécouvre
comme sujet indispensable de
l’évangélisation. ¦257-0¦
3. Le pape a appelé le Synode des évêques à
réfléchir sur les réalités de la famille : « Le fait
de convenire in unum autour de l’Évêque de
Rome est déjà un événement de grâce, dans
lequel la collégialité épiscopale se manifeste
sur un chemin de discernement spirituel et
pastoral » (François, Discours à l’occasion de
la veillée de prière pour la préparation du
Synode extraordinaire sur la famille, 4 octobre
2014). En deux ans ont eu lieu l’Assemblée
générale extraordinaire (2014) et l’Assemblée
générale ordinaire (2015), qui ont rempli leur
mission d’écouter les signes de Dieu et de
l’histoire des hommes, dans la fidélité à
l’Évangile. Le fruit du premier rassemblement
synodal, auquel le peuple de Dieu a donné une
importante contribution, a conduit à la Relatio
Synodi. Notre dialogue et notre réflexion ont
été guidés par une triple attention. L’écoute de
la réalité de la famille aujourd’hui, dans la
perspective de la foi, avec la complexité de ses
lumières et de ses ombres. Le regard, tourné
vers le Christ, pour repenser avec une
fraîcheur renouvelée et avec enthousiasme la
révélation, transmise dans la foi de l’Église. La
discussion dans l’Esprit Saint, pour trouver les
moyens par lesquels renouveler l’Église et la
société dans leur engagement en faveur de la
famille fondée sur le mariage entre un homme
et une femme. L’annonce chrétienne
concernant la famille est véritablement une
bonne nouvelle. La famille, au-delà du fait
qu’elle est sollicitée pour répondre aux
problématiques d’aujourd’hui, est surtout
appelée par Dieu à prendre toujours davantage
conscience de sa propre identité missionnaire.
L’assemblée synodale a été enrichie par la
présence de couples et de familles dans un
débat qui les concerne directement. Tout en
conservant le fruit précieux de l’Assemblée
précédente dédiée aux défis de la famille, nous
nous sommes penchés sur sa vocation et sa
mission dans l’Église et dans le monde
contemporain. ¦255-1¦
Première partie
L’Église à l’écoute de la famille
4. Le mystère de la création de la vie sur
terre nous remplit d’émerveillement et de
stupeur. La famille fondée sur le mariage de
l’homme et de la femme est le lieu
magnifique et irremplaçable de l’amour qui
donne la vie. L’amour ne se réduit pas à
l’illusion du moment. L’amour n’est pas
une fin en soi. L’amour cherche la fiabilité
d’un « tu » donné personnellement. Dans la
promesse réciproque d’amour, pour le
meilleur et pour le pire, l’amour se veut
continu pour toute la vie, jusqu’à la mort.
Le désir fondamental de construire un
réseau d’affection solide entre les
générations d’une même famille, nous
apparaît comme très constant, au-delà des
différences culturelles et religieuses et des
changements sociaux. Dans la liberté du
« oui » échangé par l’homme et la femme
pour toute la vie, c’est l’amour de Dieu qui
s’expérimente et qui se fait présent. Pour la
foi catholique, le mariage est un signe sacré
dans lequel l’amour de Dieu pour son
Église devient efficace. La famille
chrétienne fait donc partie de l’Église
vécue : une « Église domestique ».
Le couple et la vie dans le mariage ne sont
pas des réalités abstraites. Elles restent
imparfaites et vulnérables. C’est pourquoi il
doit toujours y avoir une volonté de se
convertir, de pardonner et de recommencer.
En tant que pasteurs, il est de notre
responsabilité de nous préoccuper de la vie
des familles. Nous désirons être à l’écoute
de leur réalité de vie et de leurs défis, et les
accompagner avec le regard plein d’amour
de l’Évangile. Nous désirons leur donner de
la force et les aider à saisir leur mission
aujourd’hui. Nous désirons aussi les
accompagner de tout coeur dans leurs
préoccupations, en leur donnant courage et
espérance et en s’appuyant sur la
miséricorde de Dieu. ¦256-2¦
7
Chapitre I – La famille et le contexte
anthropologico-culturel
Le contexte socioculturel
5. Dociles à ce que l’Esprit Saint nous
demande, nous nous rapprochons des
familles d’aujourd’hui dans leur diversité,
sachant que « le Christ, nouvel Adam (…)
manifeste pleinement l’homme à luimême
» (GS, 22). Nous portons notre
attention sur les défis contemporains qui
influencent de multiples aspects de la vie.
Nous sommes conscients de l’orientation
dominante des changements
anthropologico-culturels, qui font que les
individus sont moins soutenus que par le
passé par les structures sociales dans leur
vie affective et familiale. D’autre part, il
faut également prendre en considération le
développement d’un individualisme
exacerbé qui dénature les liens familiaux,
faisant prévaloir l’idée d’un sujet qui se
construit selon ses propres désirs, enlevant
toute force aux liens existants. Pensons aux
mères et aux pères, aux grands-parents, aux
frères et soeurs, aux parents proches et plus
éloignés et aux liens entre deux familles
tissés par tout mariage. Il ne faut cependant
pas oublier la réalité vécue : la solidité des
liens familiaux continue partout à maintenir
le monde en vie. L’énergie consacrée à
protéger la dignité de toute personne –
homme, femme et enfants –, des groupes
ethniques et des minorités reste grande, tout
comme la défense des droits de chaque être
humain à grandir dans une famille. Leur
fidélité n’est pas honorée si l’on ne
réaffirme pas une claire conviction de la
valeur de la vie familiale, en particulier en
s’appuyant sur la lumière de l’Évangile,
dans toutes les cultures. Nous sommes
conscients des forts changements que les
transformations anthropologico-culturelles
concrètes amènent dans tous les aspects de
la vie, et restons fermement convaincus que
la famille est un don de Dieu, le lieu dans
lequel il révèle la puissance de sa grâce
salvifique. Aujourd’hui encore, le Seigneur
appelle l’homme et la femme au mariage, il
les accompagne dans leur vie familiale et il
s’offre à eux tel un don ineffable ; il est un
des signes des temps que l’Église est
appelée à regarder et à interpréter « à la
lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle
puisse répondre, d’une manière adaptée à
chaque génération, aux questions éternelles
des hommes sur le sens de la vie présente et
future et sur leurs relations réciproques. Il
importe donc de connaître et de comprendre
ce monde dans lequel nous vivons, ses
attentes, ses aspirations, son caractère
souvent dramatique » (GS, 4). ¦256-3¦
Le contexte religieux
6. La foi chrétienne est forte et vivante. Dans
certaines régions du monde, on observe
cependant un repli certain de l’influence
religieuse dans l’espace social, ce qui
impacte la vie des familles. Ce mouvement
tend à reléguer la dimension religieuse dans
la sphère privée et familiale, et risque de
faire obstacle au témoignage et à la mission
des familles chrétiennes dans le monde
actuel. Dans des sociétés où le bien-être est
élevé, les personnes risquent de mettre tous
leurs espoirs dans une recherche effrénée de
reconnaissance sociale et de prospérité
économique. Dans d’autres régions du
monde, les effets négatifs d’un ordre
économique mondial injuste conduisent à
des formes de religiosité exposées aux
extrémismes sectaires et radicaux. Il faut
aussi mentionner les mouvements animés
par un fanatisme politico-religieux, souvent
hostile au christianisme. Créant instabilité,
semant le désordre et la violence, ils sont la
cause de tant de misères et de souffrances
pour la vie des familles. L’Église est appelée
à accompagner la religiosité vécue dans les
familles pour l’orienter dans un sens
évangélique. ¦249-9¦
Le changement anthropologique
7. Dans les différentes cultures, les relations
et l’appartenance sont des valeurs
importantes qui forgent l’identité des
8
individus. La famille offre aux personnes la
possibilité de se réaliser et de contribuer à
la croissance des autres dans la société au
sens large. L’identité chrétienne et
ecclésiale de chacun, reçue dans le
baptême, s’épanouit dans la beauté de la vie
familiale. Dans la société d’aujourd’hui, on
observe une multitude de défis qui se
manifestent de façon plus ou moins forte
dans les différentes parties du monde. Dans
les diverses cultures, beaucoup de jeunes
sont réticents à prendre des engagements
définitifs dans leurs relations affectives, et
ils choisissent souvent de vivre en
concubinage ou d’avoir simplement des
relations occasionnelles. La diminution de
la natalité est le résultat de différents
facteurs, parmi lesquels l’industrialisation,
la révolution sexuelle, la peur de la
surpopulation, les problèmes économiques,
le développement d’une mentalité tournée
vers la contraception et l’avortement. La
société de consommation peut également
dissuader d’avoir des enfants, simplement
pour préserver sa liberté et son niveau de
vie. Certains catholiques ont des difficultés
à conduire leur vie en accord avec
l’enseignement de l’Église catholique sur le
mariage et la famille, et à voir dans cet
enseignement la bonté du projet créateur de
Dieu pour eux. Dans certaines parties du
monde, les mariages diminuent, tandis que
les séparations et les divorces sont
nombreux. ¦248-9¦
Les contradictions culturelles
8. Les conditions culturelles qui jouent sur la
famille offrent dans de vastes parties du
monde un cadre contrasté, notamment sous
l’influence massive des médias. D’un côté,
le mariage et la famille jouissent d’une
grande estime, et l’idée que la famille
représente le chemin le plus sûr pour des
sentiments plus profonds et plus gratifiants
reste dominante. D’un autre côté, cette
image est parfois présentée comme le
résultat d’attentes excessives et la
conséquence de prétentions réciproques
exagérées. Les tensions induites par une
culture individualiste exacerbée, culture de
la possession et de la jouissance, conduisent
à des situations de souffrance et d’agressivité
à l’intérieur des familles. On peut également
mentionner une certaine vision du
féminisme, qui dénonce la maternité comme
une façon d’exploiter la femme et un
obstacle à sa pleine réalisation. On constate
aussi une tendance croissante à considérer la
conception d’un enfant comme un simple
instrument de l’affirmation de soi, à obtenir
par tous les moyens.
Un défi culturel de grande envergure
émerge aujourd’hui avec l’idéologie du
« genre », qui nie la différence et la
réciprocité naturelle entre un homme et une
femme. Elle nous projette dans une société
sans différence de sexe, et sape la base
anthropologique de la famille. Cette
idéologie conduit à des projets éducatifs et
à des orientations législatives qui
promeuvent une identité personnelle et une
intimité affective radicalement séparées de
la différence biologique entre masculin et
féminin. L’identité humaine est laissée à un
choix individuel, qui peut évoluer dans le
temps. Dans la vision de la foi, la différence
sexuelle humaine porte en elle l’image et la
ressemblance avec Dieu (cf. Gn 1,26-27).
« Cela nous dit que non seulement l’homme
pris en soi est à l’image de Dieu, non
seulement la femme prise en soi est l’image
de Dieu, mais aussi que l’homme et la
femme, comme couple, sont l’image de
Dieu. (…) Nous pouvons dire que sans
l’enrichissement réciproque dans cette
relation – dans la pensée et dans l’action,
dans les attaches familiales et dans le
travail, et également dans la foi – tous deux
ne peuvent même pas comprendre
pleinement ce que signifie être homme et
femme. La culture moderne et
contemporaine a ouvert de nouveaux
espaces, de nouvelles libertés et de
nouvelles perspectives pour une
compréhension plus riche de cette
différence. Mais elle a introduit également
de nombreux doutes et beaucoup de
scepticisme. (…) L’annulation de la
9
différence (…) est le problème, pas la
solution » (François, audience générale,
15 avril 2015). ¦245-9¦
Conflits et tensions sociales
9. La qualité affective et spirituelle de la vie
familiale est gravement menacée par la
multiplication des conflits, par
l’appauvrissement des ressources, par les
phénomènes migratoires. De violentes
persécutions religieuses, particulièrement à
l’encontre des familles chrétiennes,
dévastent des régions entières de notre
planète, créant des mouvements d’exode et
d’immenses vagues de réfugiés qui exercent
de grandes pressions sur les capacités des
régions d’accueil. Les familles ainsi
éprouvées sont très souvent contraintes au
déracinement et sont à la limite de la
dissolution. La fidélité des chrétiens à leur
foi, leur patience et leur attachement à leur
pays d’origine sont admirables à tout point
de vue. Les efforts de tous les responsables
politiques et religieux pour répandre et
protéger la culture des droits de l’homme
sont encore insuffisants. Il faut encore
respecter la liberté de conscience et
promouvoir une coexistence harmonieuse
entre tous les habitants fondée sur la
citoyenneté, l’égalité et la justice. Le poids
de politiques économiques et sociales
iniques, même dans nos sociétés
développées, a un lourd impact sur
l’éducation des enfants, le soin des malades
et des plus âgés. La dépendance à l’alcool,
aux drogues et aux jeux d’argent est
l’expression de ces contradictions sociales
et du malaise qui en découle dans la vie des
familles. L’accumulation de richesses par
une minorité et le détournement de
ressources destinées au projet familial
accroissent l’appauvrissement des familles
dans de multiples régions du monde. ¦254-4¦
Fragilité et force de la famille
10. La famille, communauté humaine
fondamentale, souffre grandement de son
affaiblissement et de sa fragilité dans la
crise culturelle et sociale actuelle. Elle n’en
démontre pas moins sa capacité à trouver en
elle-même le courage d’affronter
l’inadéquation voire l’absence des
institutions concernant la formation des
personnes, la qualité des rapports sociaux,
les soins apportés aux plus vulnérables. Il
est donc particulièrement nécessaire
d’apprécier à sa juste valeur la force de la
famille, pour pouvoir la défendre dans sa
fragilité. Une telle force réside
essentiellement dans sa capacité d’aimer et
d’apprendre à aimer. Aussi blessée soit-elle,
une famille pourra toujours grandir en
s’appuyant sur l’amour. ¦253-7¦
Chapitre II – La famille
et le contexte socio-économique
La famille, ressource irremplaçable
de la société
11. « La famille est une école
d’enrichissement humain (…), elle est le
fondement de la société » (GS, 52).
L’ensemble des liens de parenté, au-delà du
cercle restreint de la famille, offre un
soutien précieux à l’éducation des enfants, à
la transmission des valeurs, à l’entretien des
liens entre les générations, à
l’enrichissement d’une spiritualité vécue.
Alors que dans certaines régions du monde,
cette vision de la famille est profondément
ancrée dans la culture sociale dominante,
elle apparaît ailleurs très affaiblie. Il est
certain que, dans une époque de
fragmentation accentuée des situations de
vie, les multiples niveaux et facettes des
relations entre famille proche et plus
éloignée constituent souvent les uniques
liens avec les origines et les racines
familiales. Le soutien du réseau familial est
encore plus nécessaire là où la mobilité du
travail, les migrations, les catastrophes et
l’exil mettent en danger la stabilité du
noyau familial. ¦256-1¦
10
Politiques en faveur de la famille
12. Les autorités responsables du bien
commun doivent se sentir sérieusement
engagées envers ce bien social fondamental
qu’est la famille. La préoccupation
première de l’administration de la société
civile doit être de permettre et de
promouvoir des politiques familiales qui
soutiennent et encouragent les familles, en
premier lieu celles qui sont les plus en
difficulté. Il est nécessaire de reconnaître de
façon plus concrète l’action compensatoire
de la famille dans le contexte des
« systèmes de welfare » modernes : elle
redistribue les ressources et remplit des
devoirs indispensables au bien commun,
contribuant à rééquilibrer les effets négatifs
des inégalités sociales. « La famille mérite
une attention spéciale de la part des
responsables du bien commun, parce
qu’elle est la cellule fondamentale de la
société, qui apporte des liens solides
d’union sur lesquels se fonde la vie
humaine en commun et, à travers la
procréation et l’éducation de ses enfants,
assure l’avenir et le renouvellement de la
société ». (François, discours à l’aéroport
international El Alto, Bolivie, 8 juillet
2015). ¦253-5¦
Solitude et précarité
13. Dans des contextes culturels où les
relations sont fragilisées par des styles de
vie égoïstes, la solitude est de plus en plus
fréquente. Souvent, seul le sens de la
présence de Dieu soutient les personnes
face à ce vide. La sensation générale
d’impuissance face à une réalité socioéconomique
pesante, une pauvreté
croissante et la précarité du travail : tout
cela impose de façon toujours plus
fréquente la recherche d’un emploi loin de
sa famille, pour pouvoir la faire vivre. Une
telle nécessité crée de longues absences et
séparations qui affaiblissent les relations et
isolent les membres de la famille les uns
des autres. Il est de la responsabilité de
l’État de créer les conditions en matière de
législation et d’emploi pour garantir
l’avenir des jeunes et les aider à réaliser
leur projet de fonder une famille. La
corruption, qui mine parfois ces institutions,
entache profondément la confiance et
l’espérance des nouvelles générations, et
au-delà. Les conséquences négatives de
cette défiance sont évidentes : elles vont de
la crise démographique aux problèmes
éducatifs, de la difficulté d’accueillir un
nouveau-né au sentiment de poids que la
présence des plus âgés peut susciter,
jusqu’au fait de se laisser gagner par un
malaise affectif pouvant parfois aboutir à
l’agressivité et à la violence. ¦255-5¦
Économie et équité
14. Les conditions matérielles et
économiques ont une influence sur la vie
familiale dans les deux sens : elles peuvent
contribuer à sa croissance et faciliter son
développement, ou bien faire obstacle à son
épanouissement, son unité et sa cohérence.
À cause des contraintes économiques, les
familles sont exclues de l’accès à
l’éducation, à la vie culturelle et à une vie
sociale active. L’actuel système
économique produit diverses formes
d’exclusion sociale. Les familles souffrent
en particulier des problèmes liés au travail.
Les possibilités pour les jeunes sont peu
nombreuses, et l’offre de travail est très
sélective et précaire. Les journées de travail
sont longues et souvent alourdies de longs
temps de trajet. Cela n’aide pas les familles
à se retrouver entre elles, autour des
enfants, et de nourrir les relations
quotidiennes. La « croissance dans
l’équité » exige « des décisions, des
programmes, des mécanismes et des
processus spécifiquement orientés vers une
meilleure distribution des revenus » (EG,
204) (2) et la mise en oeuvre d’un soutien
complet envers les pauvres. Des politiques
familiales adéquates sont nécessaires à la
vie familiale : elles sont les conditions d’un
avenir vivable, harmonieux et digne. ¦256-5¦
11
Pauvreté et exclusion
15. Certains groupes sociaux et religieux se
trouvent partout en marge de la société : ce
sont les migrants, les gens du voyage, les
sans domicile fixe, les réfugiés, les
intouchables selon le système de castes,
enfin ceux qui souffrent de maladies
stigmatisantes socialement. La Sainte
Famille de Nazareth elle aussi, a connu
l’expérience amère de la marginalisation et
du refus (cf. Lc 2,7 ; Mt 2, 13-15). Les
paroles de Jésus sur le jugement dernier
sont à ce propos sans équivoque : « Chaque
fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus
petits de mes frères, c’est à moi que vous
l’avez fait » (Mt 25,40). Le système
économique actuel produit de nouvelles
formes d’exclusion sociale, qui rendent
souvent les pauvres invisibles aux yeux de
la société. La culture dominante et les
moyens de communication contribuent à
aggraver cette situation. Cela est dû au fait
que « dans ce système, l’homme, la
personne humaine, a été ôtée du centre et a
été remplacée par autre chose. Parce qu’on
rend un culte idolâtre à l’argent. Parce que
l’indifférence s’est mondialisée ! »
(François, discours aux participants à la
Rencontre mondiale des mouvements
populaires, 28 octobre 2014). Dans un tel
cadre, la condition des enfants suscite une
préoccupation particulière : ils sont les
victimes innocentes de l’exclusion, qui les
rend véritablement et proprement
« orphelins sociaux » et les marque
tragiquement pour toute leur vie. Malgré les
énormes difficultés qu’elles rencontrent, de
nombreuses familles pauvres et
marginalisées s’efforcent de vivre avec
dignité dans leur vie quotidienne, se
confiant à Dieu, qui ne déçoit pas et
n’abandonne personne. ¦255-5¦
Écologie et famille
16. L’Église, grâce à l’impulsion du Magistère
pontifical, souhaite que l’on repense
profondément l’orientation du système
mondial. Dans cette perspective, elle collabore
au développement d’une nouvelle culture
écologique : une pensée, une politique, un
programme éducatif, un style de vie et une
spiritualité. Puisque tout est intimement lié,
comme l’affirme le pape François dans
l’encyclique Laudato si’ (3), il est nécessaire
d’approfondir les aspects d’une « écologie
intégrale » qui inclut non seulement les
dimensions environnementales, mais
également les dimensions humaines, sociales
et économiques pour un développement
durable et pour la sauvegarde de la création.
La famille, qui fait partie de l’écologie
humaine de manière particulière, doit être
protégée de façon adéquate (cf. Jean-Paul II,
Centesimus Annus, 38) (4). Grâce à la famille,
nous appartenons à l’ensemble de la création,
nous contribuons de manière spécifique à
promouvoir la protection de l’environnement,
nous apprenons la signification d’avoir un
corps et le langage plein d’amour de la
différence homme-femme, et nous collaborons
au dessein du Créateur (cf. LS, 5, 155) (5). La
conscience de tout cela exige une véritable
conversion, à mener en famille. C’est au sein
de celle-ci que l’« on cultive les premiers
réflexes d’amour et de préservation de la vie,
comme par exemple l’utilisation correcte des
choses, l’ordre et la propreté, le respect pour
l’écosystème local et la protection de tous les
êtres créés. La famille est le lieu de la
formation intégrale, où se déroulent les
différents aspects, intimement reliés entre eux,
de la maturation personnelle ». (LS, 213) (6).
¦254-8¦
Chapitre III – Famille,
inclusion et société
Le troisième âge
17. L’une des tâches les plus lourdes et les
plus urgentes de la famille chrétienne est de
protéger le lien entre les générations pour la
transmission de la foi et des valeurs
fondamentales de la vie. La plupart des
familles respecte les personnes âgées, les
entoure d’affection et voit en elles une
bénédiction. Une reconnaissance
12
particulière doit aller aux associations et
aux mouvements familiaux qui oeuvrent en
faveur des plus âgés dans les domaines
spirituels et sociaux, en particulier ceux qui
agissent en collaboration avec les prêtres
ayant charge d’âmes. Dans certains milieux,
les personnes âgées sont considérées
comme une richesse dans la mesure où elles
assurent la stabilité, la continuité et la
mémoire des familles et des sociétés. Dans
les sociétés très industrialisées, où leur
nombre tend à augmenter tandis que la
natalité diminue, elles peuvent être perçues
comme un poids. D’autre part, les soins
qu’elles requièrent mettent souvent leurs
proches en difficulté. « Les personnes âgées
sont des hommes et des femmes, des pères
et des mères qui sont passés avant nous sur
notre même route, dans notre même
maison, dans notre bataille quotidienne
pour une vie digne. Ce sont des hommes et
des femmes dont nous avons beaucoup
reçu. La personne âgée n’est pas un
extraterrestre. La personne âgée, c’est nous,
dans peu de temps, dans longtemps, mais
cependant inévitablement, même si nous
n’y pensons pas. Et si nous n’apprenons pas
à bien traiter les personnes âgées, nous
serons traités de la même manière »
(François, audience générale, 4 mars 2015).
¦259-1¦
18. La présence des grands-parents dans la
famille mérite une attention particulière. Ils
sont le maillon entre les générations et
assurent un équilibre psychoaffectif à
travers la transmission de traditions et
d’habitudes, de valeurs et de vertus dans
lesquelles les plus jeunes peuvent
reconnaître leurs racines. En outre, les
grands-parents réfléchissent régulièrement
avec leurs enfants sur les questions
économiques, éducatives et sur la
transmission de la foi aux petits-enfants.
Beaucoup de personnes font le constat que
c’est à leurs grands-parents qu’ils doivent
leur initiation à la vie chrétienne. Comme
dit le livre du Siracide : « Ne fuis pas la
conversation des vieillards – eux-mêmes
ont appris de leurs pères – car auprès d’eux
tu acquerras l’intelligence et l’art de
répondre en temps voulu » (Si 8,9).
Espérons que dans la famille, dans la
succession des générations, la foi soit
communiquée et protégée comme un
précieux héritage pour les nouvelles
familles. ¦258-1¦
Le veuvage
19. Le veuvage est une expérience
particulièrement difficile pour celui qui a
vécu le choix du mariage et de la vie
familiale comme un don. Cependant il peut,
sous le regard de la foi, être valorisé de
différentes façons. À partir du moment où
l’on se retrouve à vivre cette expérience,
certains savent utiliser leur énergie avec
encore plus d’implication pour leurs enfants
et leurs petits-enfants, trouvant dans cette
expression de l’amour une nouvelle mission
éducative. Le vide laissé par le conjoint
disparu est dans un certain sens rempli par
l’affection des proches qui valorisent les
personnes veuves, leur donnant de protéger
ainsi la mémoire si précieuse de leur
mariage. Ceux qui ne peuvent compter sur
la présence de proches à qui se consacrer et
dont ils peuvent recevoir affection et
attention, doivent être soutenus par la
communauté chrétienne avec une attention
et une disponibilité particulières, surtout
s’ils se trouvent dans une situation de
pauvreté. Les personnes veuves peuvent
célébrer une nouvelle union sacramentelle
sans rien enlever à la valeur de leur
précédent mariage (cf. 1 Co 7,39). Aux
débuts et au cours de son histoire, l’Église a
manifesté une attention toute particulière
envers les veuves (cf. 1 Ti 5,3-16), allant
jusqu’à instituer l’ordo viduarum (l’ordre
des veuves), qui pourrait être aujourd’hui
remis en pratique. ¦255-5¦
Les dernières années de vie
et le deuil en famille
20. La maladie, l’accident ou la vieillesse
qui conduisent à la mort ont des
répercussions sur toute la vie familiale.
13
L’expérience du deuil devient
particulièrement douloureuse quand la perte
concerne un enfant ou un jeune. Cette
difficile expérience demande une attention
pastorale particulière, également à travers
l’implication de la communauté chrétienne.
Valoriser les derniers instants de la vie est
aujourd’hui d’autant plus nécessaire que
l’on essaie par tous les moyens d’ignorer le
moment du trépas. La fragilité et la
dépendance des personnes âgées sont alors
mises à profit de façon inique pour de
simples raisons économiques. De
nombreuses familles nous montrent qu’il
est possible d’affronter les dernières étapes
de la vie en mettant en valeur le sens de
l’accomplissement et de l’intégration de la
vie tout entière dans le mystère pascal. De
nombreuses personnes âgées sont
accueillies dans des structures ecclésiales
où elles peuvent vivre dans une ambiance
sereine et familiale, sur les plans matériel et
spirituel. L’euthanasie et le suicide assisté
constituent de graves menaces pour les
familles dans le monde entier. Leur pratique
est légale dans de nombreux États.
L’Église, tout en condamnant fermement
ces pratiques, se sent le devoir d’aider les
familles qui prennent soin de leurs
membres les plus âgés et malades, et de
promouvoir par tous les moyens la dignité
et la valeur de la personne jusqu’à la fin
naturelle de sa vie. ¦257-3¦
Les personnes
avec des besoins particuliers
21. Un regard particulier doit être porté sur
les familles avec des personnes
handicapées. Le handicap, qui surgit dans
leur vie, constitue un défi profond et
inattendu, et bouleverse les équilibres, les
désirs et les attentes. Cela apporte des
émotions contradictoires et mène à des
décisions difficiles à prendre et à gérer, tout
en imposant des devoirs, des actions à
mener dans l’urgence et des nouvelles
responsabilités. L’image de la famille et
tout son rythme de vie sont profondément
perturbés. Les familles qui acceptent avec
amour cette épreuve difficile d’avoir un
enfant handicapé méritent toute notre
admiration. Elles donnent à l’Église et à la
société un témoignage précieux de fidélité
au don de la vie. La famille pourra
découvrir, avec toute la communauté
chrétienne, de nouveaux gestes et de
nouveaux langages, d’autres formes de
compréhension et d’identité, sur le chemin
d’accueil et d’attention au mystère de la
fragilité. Les personnes handicapées
constituent pour la famille un don et une
opportunité de grandir dans l’amour, dans
l’aide réciproque et dans l’unité. L’Église,
famille de Dieu, veut être une maison
accueillante pour les familles avec des
personnes handicapées (cf. Jean-Paul II,
homélie pour le jubilé des porteurs de
handicap, 3 décembre 2000) (7). Elle
contribue à les aider dans leurs relations
familiales et dans leur éducation, et leur
offre des moyens de participer à la vie
liturgique de la communauté. Pour certaines
personnes handicapées abandonnées ou
demeurées seules, les institutions
ecclésiales d’accueil constituent souvent
l’unique famille. Le Synode exprime à ces
dernières sa vive gratitude et son profond
soutien. Un tel processus d’intégration
s’avère plus difficile dans les sociétés où
perdurent la stigmatisation et les préjugés –
qui vont jusqu’à être théorisés dans une
vision eugéniste. Cependant, de
nombreuses familles, communautés et
mouvements ecclésiaux découvrent et
célèbrent les dons de Dieu dans ces
personnes aux besoins spécifiques, en
particulier leur singulière capacité à
communiquer et à rassembler. Une attention
particulière est accordée aux personnes
handicapées qui survivent à leurs parents et
famille plus large qui les ont soutenues tout
au long de leur vie. La mort de ceux qui les
ont aimées et qu’elles ont aimés les rend
particulièrement vulnérables. Une famille
qui accepte, avec le regard de la foi, la
présence de personnes handicapées, pourra
reconnaître et garantir la qualité et la valeur
de toute vie, avec ses besoins, ses droits et
ses opportunités. Elle sollicitera des
14
services et des soins, et favorisera une
présence affectueuse dans toutes les phases
de la vie. ¦256-4¦
Les personnes célibataires
22. Beaucoup de personnes qui ne se
marient pas se consacrent non seulement à
leur famille d’origine, mais elles rendent
aussi souvent de grands services dans leur
cercle d’amis, leur communauté ecclésiale
et leur vie professionnelle. Il n’en reste pas
moins que leur présence et leur contribution
sont souvent négligées, et cela leur procure
un certain sentiment de solitude. On trouve
souvent chez elles de nobles motivations,
qui conduisent à leur pleine implication
dans les domaines artistiques, scientifiques
ou pour le bien commun. Beaucoup mettent
également leurs talents au service de la
communauté chrétienne, dans le cadre
d’activités de charité et de bénévolat. Puis il
y a celles qui ne se marient pas car elles
entrent dans la vie consacrée, par amour du
Christ et de leurs frères. Leur engagement
est une source d’enrichissement pour la
famille, que ce soit dans l’Église ou dans la
société. ¦252-4¦
Migrants, réfugiés et persécutés
23. Les conséquences des phénomènes
migratoires sur la famille méritent une
attention pastorale particulière. Cela touche,
avec des modalités différentes, des
populations entières dans diverses parties
du monde. L’Église a joué dans ce domaine
un rôle de premier plan. Aujourd’hui plus
que jamais, la nécessité de maintenir et de
développer ce témoignage évangélique (cf.
Mt 25,35) semble urgente. L’histoire de
l’humanité est une histoire de migration :
cette vérité est inscrite dans la vie des
peuples et des familles. Même notre foi
nous le redit : nous sommes tous des
pèlerins. Cette conviction doit susciter en
nous compréhension, ouverture et
responsabilité face aux défis des
migrations, tant pour celles vécues dans la
souffrance que pour celles qui sont
considérées comme une opportunité. La
mobilité des hommes, qui correspond au
mouvement historique naturel des peuples,
peut se révéler être une authentique
richesse, tant pour la famille qui émigre que
pour le pays qui l’accueille. Toute autre
chose est la migration forcée des familles,
résultat de situations de guerre, de
persécutions, de pauvreté, d’injustices,
marquée par les aléas d’un voyage qui met
les vies en danger, traumatise les personnes
et déstabilise les familles.
L’accompagnement des migrants exige une
pastorale spécifique tournée vers la famille
immigrante, mais aussi vers les membres
des familles restés dans leur pays d’origine.
Cet accompagnement doit être mené dans le
respect de leur culture, de leur formation
religieuse et humaine, de la richesse
spirituelle de leurs rites et traditions. Il doit
prendre s’il le faut la forme d’une approche
pastorale spécifique : « Il est important de
considérer les migrants non seulement en
fonction de la régularité ou de l’irrégularité
de leur condition, mais surtout comme des
personnes qui, une fois leur dignité assurée,
peuvent contribuer au bien-être et au
progrès de tous, en particulier lorsqu’ils
assument la responsabilité de leurs devoirs
envers ceux qui les accueillent, en
respectant de façon reconnaissante le
patrimoine matériel et spirituel du pays
hôte, en obéissant à ses lois et en
contribuant à ses charges (François,
message pour la journée mondiale des
migrants et des réfugiés 2016, 12 septembre
2015). Les migrations sont particulièrement
dramatiques et dévastatrices pour les
familles et pour les individus quand elles se
déroulent en dehors de la légalité et sont
organisées par des circuits internationaux
de traite des êtres humains. On peut en dire
de même quand elles concernent des
femmes ou des enfants livrés à eux-mêmes,
contraints à des séjours prolongés dans des
lieux de passage, dans des camps de
réfugiés, où il est impossible d’envisager un
parcours d’intégration. La pauvreté extrême
ou d’autres situations de désintégration
amènent parfois les familles à vendre leurs
15
propres enfants à des fins de prostitution ou
de trafic d’organes. ¦253-4¦
24. La rencontre avec un nouveau pays et
une nouvelle culture est d’autant plus
difficile quand les conditions d’un accueil
et d’une acceptation authentiques, dans le
respect des droits de tous et d’une
coexistence pacifique et solidaire, ne sont
pas réunies. Ce devoir interpelle
directement la communauté chrétienne :
« La responsabilité d’offrir accueil,
solidarité et assistance aux réfugiés revient
avant tout à l’Église locale. Elle est appelée
à incarner les exigences de l’Évangile en
allant, sans faire de distinctions, au-devant
de ces personnes alors dans le besoin et
dans la solitude » (Conseil pontifical Cor
Unum et Conseil pontifical pour la
pastorale des migrants et des personnes en
déplacement, Les réfugiés, un défi à la
solidarité, 26). Aujourd’hui, dans beaucoup
de cas, le mal du pays, la nostalgie pour les
racines perdues et les difficultés
d’intégration sont des problèmes qui ne
sont pas surmontés et qui créent de
nouvelles souffrances, même pour la
deuxième ou troisième génération de
familles de migrants, alimentant les
phénomènes de fondamentalisme et de
violent rejet de la part de la culture qui
accueille. Pour dépasser ces difficultés, la
rencontre entre familles est une ressource
précieuse, et les femmes jouent souvent un
rôle essentiel dans le processus
d’intégration, à travers le partage
d’expérience au sujet de la croissance des
enfants. En effet, même dans la situation de
précarité qui est la leur, elles témoignent
d’une culture de l’amour familial qui
encourage les autres familles à accueillir et
à protéger la vie, en se montrant solidaires.
Les femmes peuvent transmettre aux
nouvelles générations la foi vivante dans le
Christ, qui les a soutenues dans
l’expérience douloureuse de la migration et
qui en a été renforcée. Les persécutions des
chrétiens, ainsi que celles de minorités
ethniques et religieuses en diverses parties
du monde, spécialement au Moyen-Orient,
constituent une grande épreuve non
seulement pour l’Église mais pour toute la
communauté internationale. Tout effort
pour favoriser le maintien des familles et
des communautés chrétiennes dans leur
pays d’origine doit être soutenu.
Benoît XVI a affirmé : « Un Moyen-Orient
sans ou avec peu de chrétiens n’est plus le
Moyen-Orient, car les chrétiens participent
avec les autres croyants à l’identité si
particulière de la région » (Exhortation
apostolique Ecclesia in Medio
Oriente, 31) (8). ¦255-5¦
Quelques défis particuliers
25. Dans certaines sociétés subsiste encore
la pratique de la polygamie ; dans d’autres
contextes, on pratique encore les mariages
arrangés. Dans les pays où la présence de
l’Église catholique est minoritaire, les
mariages mixtes avec des disparités de culte
sont nombreux, avec toutes les difficultés
que cela comporte concernant les aspects
juridiques, le baptême, l’éducation des
enfants et le respect réciproque face aux
différences en matière de foi. Dans ces
mariages, il peut exister le risque du
relativisme ou de l’indifférence, mais cela
peut aussi favoriser l’esprit oecuménique et
le dialogue interreligieux, dans une
harmonieuse cohabitation de communautés
vivant dans un même lieu. Dans de
nombreux endroits, et pas seulement en
Occident, se diffuse largement la pratique
d’une cohabitation avant le mariage ou
même de cohabitation sans aspirer à un lien
institutionnel. À cela s’ajoute souvent une
législation civile qui compromet le mariage
et la famille. Dans de nombreux endroits du
monde, à cause de la sécularisation, la
référence à Dieu diminue fortement et la foi
n’est plus un fait social partagé. ¦242-15¦
Les enfants
26. Les enfants sont une bénédiction de
Dieu (cf. Gn 4,1). Ils doivent occuper la
première place dans la vie familiale et
sociale, et constituer une priorité dans
16
l’action pastorale de l’Église : « En effet,
l’on peut juger la société à la façon dont on
y traite les enfants, mais pas seulement
moralement, sociologiquement aussi, si
c’est une société libre ou une société
esclave d’intérêts internationaux. (…) Les
enfants nous rappellent (…) que nous
sommes toujours des enfants (…). Et cela
nous renvoie toujours au fait que nous ne
nous sommes pas donné la vie nous-mêmes
mais que nous l’avons reçue » (François,
audience générale, 18 mars 2015).
Cependant, les enfants deviennent souvent
objets de litige entre les parents et sont les
véritables victimes des déchirements
familiaux. Les droits des enfants sont
négligés de multiples façons. Dans
certaines régions du monde, ils sont
considérés comme une véritable
marchandise, traités comme des travailleurs
à bas coûts, utilisés pour faire la guerre,
objets de tout type de violence physique et
psychologique. Les enfants migrants sont
exposés à différentes sortes de souffrances.
De plus, l’exploitation sexuelle de l’enfance
constitue l’une des réalités les plus
scandaleuses et perverses de la société
actuelle. Dans les sociétés traversées par la
violence à cause de la guerre, du terrorisme
ou de la présence du crime organisé, les
situations familiales dégradées se
multiplient. Dans les grandes métropoles et
dans leurs périphéries, le phénomène des
enfants des rues se développe
dramatiquement. ¦256-2¦
La femme
27. La femme joue un rôle déterminant dans
la vie des personnes, de la famille et de la
société. « Chaque personne humaine doit la
vie à une mère, et presque toujours, elle lui
doit une grande partie de son existence qui
suit, de sa formation humaine et
spirituelle » (François, audience générale,
7 janvier 2015). La mère protège la
mémoire et le sens de la naissance pour
toute la vie : « Marie, cependant, retenait
tous ces événements et les méditait dans
son coeur (Lc 2,19.51). Il n’en reste pas
moins que la condition féminine dans le
monde est marquée par de grandes
différences, dues principalement à des
facteurs socioculturels. Il faut défendre et
promouvoir la dignité de la femme. Il ne
s’agit pas seulement d’un problème de
ressources économiques, mais d’une
perspective culturelle autre, comme le
montrent les conditions de vie difficiles
pour les femmes dans de nombreux pays
ayant connu un développement récent.
Encore de nos jours, dans de nombreuses
situations, être une femme est cause de
discrimination : même la maternité est
pénalisée au lieu d’être valorisée. D’un
autre côté, dans certaines cultures, la
stérilité pour une femme est source de
discrimination sociale. Il ne faut pas non
plus oublier les phénomènes croissants de
violence dont les femmes sont victimes au
sein de la famille. L’exploitation des
femmes et les violences faites à leur corps
sont souvent liées à l’avortement et à la
stérilisation forcée. À cela s’ajoutent les
conséquences négatives de pratiques liées à
la procréation, telles que la gestation pour
autrui, ou le marché des gamètes et des
embryons. L’émancipation féminine
requiert de repenser la répartition des tâches
entre époux et leur responsabilité commune
en ce qui concerne la vie familiale. Le désir
d’enfant à tout prix n’a pas conduit à des
relations familiales plus heureuses et plus
solides. Au contraire, dans de nombreux
cas, elle a aggravé de fait l’inégalité entre
femmes et hommes. Pour contribuer à la
reconnaissance sociale de leur rôle
déterminant, on pourrait valoriser
davantage les responsabilités des femmes
au sein de l’Église : leur intervention dans
les processus de décision, leur participation
au gouvernement de certaines institutions,
leur implication dans la formation des
ministres ordonnés. ¦251-9¦
L’homme
28. L’homme joue un rôle tout aussi décisif
dans la vie de la famille, en particulier dans
la protection et le soutien envers son épouse
17
et ses enfants. Modèle de cette figure
paternelle, saint Joseph, homme juste qui,
dans le danger « prit avec lui l’enfant et sa
mère dans la nuit » (Mt 2,14) et les mit à
l’abri. De nombreux hommes sont
conscients de l’importance de leur rôle dans
la famille et le vivent avec les qualités
propres du caractère masculin. L’absence
de père marque gravement la vie familiale,
l’éducation des enfants et leur insertion
dans la société. Son absence peut être
physique, affective, intellectuelle ou
spirituelle. Ce manque prive les enfants
d’un modèle paternel de référence.
L’implication croissante des femmes dans
le monde du travail, hors de la maison, n’a
pas été compensée de manière adéquate par
une implication plus importante des
hommes dans la sphère domestique. Dans le
contexte actuel, la sensibilité de l’homme à
son devoir de protection de son épouse et
des enfants contre toute forme de violence
et de dégradation s’est affaiblie. « Le mari –
dit Paul – doit aimer sa femme « comme
son propre corps » (Ep 5, 28) ; l’aimer
comme le Christ « a aimé l’Église et s’est
livré pour elle » (v. 25). Mais vous les maris
(…), comprenez-vous cela ? Aimer votre
femme comme le Christ aime l’Église ?
(…) L’effet de la radicalité du dévouement
demandé à l’homme, pour l’amour et la
dignité de la femme, à l’exemple du Christ,
doit avoir été immense, dans la
communauté chrétienne elle-même. Ce
germe de nouveauté évangélique, qui
rétablit la réciprocité originelle du
dévouement et du respect, a grandi
lentement au fil des siècles, puis a fini par
prévaloir » (François, audience générale,
6 mai 2015). ¦257-4¦
Les jeunes
29. Beaucoup de jeunes continuent à
considérer le mariage comme le grand désir
de leur vie et le projet de fonder une famille
comme la réalisation de leurs aspirations.
En pratique, ils adoptent cependant des
attitudes différentes face au mariage. Ils
sont souvent conduits à repousser leur
mariage pour des problèmes économiques,
liés au travail ou aux études. Parfois aussi
pour d’autres raisons, comme l’influence
des idéologies qui dévalorisent le mariage
et la famille, l’échec d’autres couples qu’ils
ne veulent pas eux-mêmes connaître, la
peur de quelque chose qu’ils considèrent
comme trop grand et trop sacré, les
opportunités sociales et les avantages
économiques liés au concubinage, une
conception purement émotionnelle et
romantique de l’amour, la peur de perdre sa
liberté et son autonomie, le refus de quelque
chose qui est perçu comme institutionnel et
bureaucratique. L’Église regarde avec
appréhension cette défiance de tant de
jeunes vis-à-vis du mariage, et souffre de
voir avec quelle précipitation tant de fidèles
décident de mettre fin à leur engagement
conjugal pour en démarrer un nouveau. Les
jeunes baptisés sont encouragés à ne pas
hésiter devant la richesse que procure le
sacrement du mariage à leur projet
d’amour, forts du soutien qu’ils reçoivent
de la grâce du Christ et de la possibilité de
participer pleinement à la vie de l’Église. Il
est donc nécessaire d’identifier plus
précisément les motivations profondes du
renoncement et du découragement. Les
jeunes peuvent prendre davantage confiance
dans l’engagement du mariage en voyant
ces familles qui, dans la communauté
chrétienne, leur offrent l’exemple fiable
d’un témoignage durable dans le temps.
¦249-8¦
Chapitre IV – Famille,
affectivité et vie
L’importance de la vie affective
30. « Celui qui veut donner de l’amour doit
lui aussi le recevoir comme un don.
L’homme peut assurément, comme nous le
dit le Seigneur, devenir source d’où sortent
des fleuves d’eau vive (cf. Jn 7, 37-38). Mais
pour devenir une telle source, il doit luimême
boire toujours à nouveau à la source
première et originaire qui est Jésus-Christ,
18
du coeur transpercé duquel jaillit l’amour de
Dieu (cf. Jn 19, 34) » (DCE, 7) (9). Le
besoin de prendre soin de soi, de se
connaître en profondeur, de vivre de façon
plus harmonieuse avec ses émotions et ses
sentiments, de chercher des relations
affectives de qualité, doit déboucher sur le
don de l’amour pour les autres et sur le désir
de construire des relations créatives,
responsabilisantes et solidaires, comme au
sein d’une famille. Le défi pour l’Église est
d’aider les couples pour faire mûrir la
dimension émotionnelle et la dimension
affective en encourageant le dialogue, la
vertu et la confiance en l’amour
miséricordieux de Dieu. Le dévouement
total que requiert le mariage chrétien est un
puissant antidote à la tentation d’une
existence individuelle repliée sur soi. ¦250-7¦
La formation au don de soi
31. La qualité des relations familiales a un
impact en premier chef sur la formation
affective des jeunes générations. La rapidité
avec laquelle se déroulent les
transformations de la vie contemporaine
rend plus difficile l’accompagnement des
personnes pour qu’elles mûrissent dans la
formation de leur affectivité. Il exige
également une action pastorale appropriée,
riche d’une connaissance approfondie de
l’Écriture et de la doctrine catholique, et
dotée d’instruments éducatifs adaptés. Une
connaissance de la psychologie de la
famille sera bienvenue pour que soit
transmise de façon efficace la vision
chrétienne : cet effort éducatif doit démarrer
dès la catéchèse de l’initiation chrétienne.
Cette formation aura soin de mettre en
valeur la vertu de la chasteté, comprise
comme une intériorisation des sentiments
qui favorise le don de soi. ¦253-7¦
Fragilité et immaturité
32. Dans le monde actuel, de nombreuses
tendances culturelles visent à imposer une
sexualité sans limite, dont on veut explorer
tous les aspects, même les plus complexes.
La question de la fragilité affective est
d’une grande actualité : une affectivité
narcissique, instable et changeante n’aide
pas la personne à gagner en maturité. Nous
dénonçons avec fermeté la forte diffusion
de la pornographie et de la
commercialisation du corps, favorisées
notamment par un mauvais usage
d’internet, ainsi que la prostitution forcée et
son exploitation. Dans ce contexte, les
couples sont parfois incertains, hésitants, et
ont du mal à trouver les moyens de grandir.
Nombreux sont ceux qui ont tendance à
rester dans les premiers stades de la vie
émotionnelle et sexuelle. La crise du couple
déstabilise la famille et peut avoir, avec les
séparations et les divorces, de sérieuses
conséquences sur les adultes, les enfants et
la société, affaiblissant l’individu et les
liens sociaux. La baisse de la démographie,
due à une mentalité antinataliste et soutenue
par des politiques mondiales de « santé
reproductive », menace le lien entre les
générations. Il en découle aussi un
appauvrissement économique et une perte
généralisée d’espérance. ¦249-6¦
Technique et procréation humaine
33. La révolution biotechnologique dans le
domaine de la procréation humaine a amené
la possibilité de manipuler l’acte créateur,
le rendant indépendant de la relation
sexuelle entre l’homme et la femme. De
cette façon, la vie humaine et la parentalité
sont devenues des réalités qui ne sont plus
nécessairement corrélées, avant tout sujettes
aux désirs des individus ou des couples, qui
ne sont pas nécessairement hétérosexuels
ou mariés. Ce phénomène est apparu ces
derniers temps comme une nouveauté
absolue pour l’humanité, et se diffuse de
plus en plus. Tout cela a de profondes
répercussions sur la dynamique des
relations, sur la structure de la vie sociale et
sur les dispositions juridiques, qui
interviennent pour donner un cadre
réglementaire à des pratiques déjà
existantes et des situations différentes. Dans
ce contexte, l’Église ressent la nécessité de
19
dire une parole de vérité et d’espérance. Il
faut partir de la conviction que l’homme
vient de Dieu et vit constamment en sa
présence : « La vie humaine est sacrée parce
que, dès son origine, elle comporte
« l’action créatrice de Dieu » et demeure
pour toujours dans une relation spéciale
avec le Créateur, son unique fin. Dieu seul
est le Maître de la vie, de son
commencement à son terme : personne, en
aucune circonstance, ne peut revendiquer
pour soi le droit de détruire directement un
être humain innocent » (Congrégation pour
la Doctrine de la foi, Instruction Donum
vitae, introduction, 5 (10) ; cf. Jean-Paul II,
Evangelium vitae, 53) (11). ¦246-12¦
Le défi pour la pastorale
34. Une réflexion capable de reposer les
grandes questions sur la signification de
l’existence humaine, trouve un terrain
favorable dans les attentes les plus
profondes de l’humanité. Les grandes
valeurs du mariage et de la famille
chrétienne correspondent à cette recherche
qui traverse l’existence humaine, même en
ces temps marqués par l’individualisme et
l’hédonisme. Il faut accueillir les personnes
avec compréhension et délicatesse dans leur
existence concrète, et savoir soutenir leur
recherche de sens. La foi encourage le désir
de Dieu et la volonté de se sentir comme
faisant pleinement partie de l’Église même
quand on a vécu l’échec ou que l’on se
trouve dans les situations les plus difficiles.
Le message chrétien contient toujours en lui
la réalité et la dynamique de la miséricorde
et de la vérité qui convergent dans le
Christ : « La vérité première de l’Église est
l’amour du Christ. L’Église se fait servante
et médiatrice de cet amour qui va jusqu’au
pardon et au don de soi. En conséquence, là
où l’Église est présente, la miséricorde du
Père doit être manifeste » (MV, 12) (12).
Dans la formation à la vie conjugale et
familiale, l’approche pastorale devra tenir
compte de la pluralité des situations
concrètes. Si, d’une part, il faut promouvoir
des parcours qui garantissent la formation
des jeunes au mariage, il faut d’autre part
accompagner ceux qui vivent seuls ou qui
ne forment pas de nouvelle cellule
familiale, restant souvent liés à leur famille
d’origine. Les couples qui ne peuvent avoir
d’enfants doivent aussi faire l’objet d’une
attention pastorale particulière de la part de
l’Église, qui doit les aider à découvrir le
dessein de Dieu les concernant, au service
de toute la communauté. Tous ont besoin
d’un regard de compréhension, en tenant
compte du fait que les situations
d’éloignement par rapport à la vie ecclésiale
ne sont pas toujours voulues, mais sont
souvent induites et parfois même subies. Il
n’y a pas d’exclus du point de vue de la foi ;
tous sont aimés de Dieu et sont au centre de
l’action pastorale de l’Église. ¦245-11¦
Deuxième partie
La famille dans le plan de Dieu
35. Discerner la vocation de la famille
dans la multitude des situations que nous
avons évoquées dans la première partie
demande une orientation sûre en termes
de cheminement et d’accompagnement.
Cette boussole est la parole de Dieu dans
l’histoire, dont le point culminant est
Jésus-Christ, « le chemin, la vérité et la
vie » pour tous les hommes et femmes qui
constituent une famille. Nous nous
mettons donc à l’écoute de ce que l’Église
enseigne sur la famille à la lumière de
l’Écriture sainte et de la Tradition. Nous
sommes convaincus que cette parole
répond aux attentes humaines les plus
profondes en termes d’amour, de vérité et
de miséricorde, et qu’elle réveille les
capacités de don et d’accueil, même dans
les coeurs brisés et humiliés. C’est dans ce
contexte que nous croyons que l’évangile
de la famille commence avec la création
de l’homme à l’image de Dieu, qui est
amour et qui appelle l’homme et la femme
à l’amour, selon sa ressemblance
(cf. Gn 1, 26-27). La vocation du couple
et de la famille à la communion de vie et
d’amour perdure dans toutes les étapes du
20
dessein de Dieu malgré les limites et les
péchés des hommes. Cette vocation est
fondée depuis le début sur le Christ
rédempteur (cf. Ep 1, 3-7). Il restaure et
améliore l’alliance matrimoniale des
origines (cf. Mc 10, 6), guérit le coeur
humain (cf. Jn 4, 10), lui donne la
capacité d’aimer comme lui aime l’Église,
s’offrant pour elle (cf. Ep 5, 32). ¦259-2¦
36. Cette vocation reçoit sa forme
ecclésiale et missionnaire du lien
sacramentel qui consacre la relation
conjugale indissoluble entre les époux.
L’échange des consentements, qui
l’institue, signifie pour les époux un
engagement de don réciproque et
d’accueil, total et définitif, en « une seule
chair » (Jn 2, 24). La grâce de l’Esprit
Saint fait de l’union des époux un signe
vivant du lien du Christ avec l’Église.
Leur union devient ainsi, pour toute leur
vie, source de grâces multiples : fécondité
et témoignage, guérison et pardon. Le
mariage se réalise dans la communauté de
vie et d’amour, et la famille devient
évangélisatrice. Les époux, devenus ses
disciples, sont accompagnés par Jésus
dans leur chemin vers Emmaüs, ils le
reconnaissent à la fraction du pain, et ils
s’en retournent à Jérusalem illuminés par
sa résurrection (cf. Lc 24, 13-43).
L’Église annonce à la famille son lien
avec Jésus, en vertu de l’incarnation par
laquelle il fait partie de la Sainte Famille
de Nazareth. La foi reconnaît dans le lien
indissoluble des époux un reflet de
l’amour de la Trinité divine, qui se révèle
dans l’unité de vérité et de miséricorde
proclamée par Jésus. Le Synode se fait
l’interprète du témoignage de l’Église, qui
adresse au peuple de Dieu une parole
claire sur la vérité de la famille selon
l’Évangile. Aussi éloignée soit-elle, rien
n’empêche qu’elle soit touchée par cette
miséricorde et soutenue par cette vérité.
¦256-3¦
Chapitre I – La famille
dans l’histoire du salut
La pédagogie divine
37. Dans la mesure où l’ordre de la création
est déterminé par son orientation vers le
Christ, il convient de distinguer sans les
séparer les différents degrés selon lesquels
Dieu communique à l’humanité la grâce de
l’alliance. En raison de la pédagogie divine,
selon laquelle le dessein de la création se
réalise dans celui de la rédemption par
étapes successives, il faut comprendre la
nouveauté du sacrement du mariage dans la
continuité du mariage naturel des origines,
fondé sur l’ordre de la création. C’est dans
cette perspective qu’il faut comprendre la
façon d’agir salvifique de Dieu dans la vie
chrétienne également. Puisque tout a été fait
par le Christ et pour lui (cf. Col 1, 16), les
chrétiens « découvrent avec joie et respect
les semences du Verbe qui s’y trouvent
cachées ; ils doivent en même temps être
attentifs à la transformation profonde qui
s’opère parmi les nations » (AG, 11).
L’incorporation du croyant dans l’Église
via le baptême s’accomplit pleinement par
les autres sacrements de l’initiation
chrétienne. Dans cette Église domestique
qu’est sa famille, il entreprend ce
« processus dynamique qui va peu à peu de
l’avant grâce à l’intégration progressive des
dons de Dieu » (FC, 9) (13), à travers la
conversion continuelle de l’amour qui
sauve du péché et donne plénitude de vie.
Face aux défis contemporains de la société
et de la culture, la foi tourne son regard vers
Jésus-Christ en contemplant et en adorant
son visage. Jésus a regardé les femmes et
les hommes qu’il a rencontrés avec amour
et tendresse, accompagnant leurs pas avec
vérité, patience et miséricorde, en
annonçant les exigences du Royaume de
Dieu. « Chaque fois que nous revenons à la
source de l’expérience chrétienne, de
nouvelles routes et des possibilités
impensables s’ouvrent » (François,
Discours lors de la veillée de prière de
21
préparation au synode sur la famille,
4 octobre 2014). ¦252-6¦
L’icône de la Trinité dans la famille
38. L’Écriture et la Tradition nous donnent
accès à une connaissance de la Trinité qui
se révèle à nous sous des traits familiers. La
famille est image de Dieu, qui « dans son
mystère le plus intime, n’est pas une
solitude, mais une famille, puisqu’il porte
en lui-même la paternité, la filiation et
l’essence de la famille qu’est l’amour »
(Jean-Paul II, Homélie durant la messe au
séminaire Juan de Palafox à Puebla de Los
Angeles, 28 janvier 1979) (14). Dieu est une
communion de personnes. Dans le baptême,
la voix du Père désigne Jésus comme son
Fils bien aimé, et c’est l’Esprit Saint qu’il
faut reconnaître dans cet amour (cf. Mc 1,
10-11). Jésus, qui a réconcilié toute chose
en lui et a sauvé l’homme du péché, n’a pas
seulement ramené le mariage et la famille à
leur forme originelle, mais il a aussi élevé
le mariage au rang de signe sacramentel de
son amour pour l’Église (cf. Mt 19, 1-12 ;
Mc 10, 1-12 ; Ep 5, 21-32). C’est dans la
famille humaine, rassemblée par le Christ,
qu’a été restituée « l’image et la
ressemblance » de la Sainte Trinité (cf. Gn
1, 26), mystère dont jaillit tout véritable
amour. Par l’Église, le mariage et la famille
reçoivent du Christ la grâce de l’Esprit
Saint, pour être témoins de l’évangile de
l’amour de Dieu jusqu’à l’accomplissement
de l’Alliance au dernier jour pour les noces
de l’agneau (cf. Ap 19, 9 ; Jean-Paul II,
Catéchèses sur l’amour humain). L’alliance
d’amour et de fidélité dont vit la Sainte
Famille de Nazareth illumine le fondement
de toute famille et la rend capable
d’affronter les vicissitudes de la vie et de
l’histoire. Sur ces bases, toute famille,
malgré ses faiblesses, peut devenir une
lumière dans l’obscurité de ce monde.
« Une leçon de vie familiale. Que Nazareth
nous enseigne ce qu’est la famille, sa
communion d’amour, son austère et simple
beauté, son caractère sacré et inviolable ;
apprenons de Nazareth comment la
formation qu’on y reçoit est douce et
irremplaçable ; apprenons quel est son rôle
primordial sur le plan social » (Paul VI,
Discours tenu à Nazareth, 5 janvier 1964)
(15). ¦251-5¦
La famille dans l’Écriture sainte
39. L’homme et la femme, par leur amour
fécond, continuent l’oeuvre créatrice et
collaborent avec le Créateur à l’histoire du
salut au travers de la succession des
générations (cf. Gn 1, 28 ; 2, 4 ; 9, 1.7 ; 10 ;
17, 2.16 ; 25, 11 ; 28, 3 ; 35, 9.11 ; 47, 27 ;
48, 3-4). La réalité du mariage sous sa
forme exemplaire est décrite dans le livre
de la Genèse, auquel renvoie également
Jésus dans sa vision de l’amour conjugal.
L’homme se sent incomplet car privé d’une
aide qui lui « corresponde », qui se tienne
devant lui (cf. Gn 2, 18.20) dans un
dialogue d’égal à égal. La femme est donc
de la même matière que l’homme, ce qui est
symboliquement représenté par la côte, ou
encore de la même chair, comme l’homme
le proclame dans son chant d’amour :
« Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la
chair de ma chair » (Gn 2, 23). Les deux
deviennent ainsi « une seule chair » (cf. Gn
2, 24). Cette réalité fondamentale de
l’expérience du mariage est magnifiée dans
l’évocation de l’appartenance réciproque
que l’on trouve dans la déclaration d’amour
prononcée par la femme dans le Cantique
des Cantiques. La formule reprend celle de
l’alliance entre Dieu et son peuple (cf. Lv
26, 12) : « Mon bien-aimé est à moi, et moi,
je suis à lui… je suis à mon bien-aimé, mon
bien-aimé est à moi » (Ct 2, 16 ; 6, 3). En
outre, dans le Cantique des Cantiques,
l’entrelacement constant de la sexualité, de
l’éros et de l’amour est significatif, comme
la rencontre entre la dimension corporelle et
la tendresse, le sentiment, la passion, la
spiritualité et le don total. Tout en étant
conscient que peuvent survenir des
moments sombres marqués par l’absence ou
le dialogue interrompu entre lui et elle (cc.
3 et 5), la certitude de la puissance de
l’amour face à tout obstacle n’en demeure
22
pas moins, car « l’amour est fort comme la
mort » (Ct 8, 6). La prophétie biblique pour
célébrer l’alliance d’amour entre Dieu et
son peuple ne recourt pas seulement au
symbole des noces (cf. Is 54 ; Jr 2, 2 ; Ez
16), mais à l’expérience familiale tout
entière, comme le montre de façon
particulièrement forte le prophète Osée. Sa
dramatique expérience matrimoniale et
familiale (cf. Os 1-3) devient le signe de la
relation entre le Seigneur et Israël. Les
infidélités du peuple n’annulent pas l’amour
invincible de Dieu que le prophète
représente comme un père, qui guide et
ramène à lui son fils « par des liens
d’amour » (cf. Os 11, 1-4). ¦255-3¦
40. Dans les paroles de vie éternelle que
Jésus a laissées à ses disciples dans son
enseignement sur le mariage et la famille,
on peut distinguer trois étapes
fondamentales dans le projet de Dieu. Au
départ, il y a la famille des origines, quand
Dieu créateur a institué le premier mariage
entre Adam et Eve comme fondement
solide de la famille. Dieu n’a pas seulement
créé l’être humain masculin et féminin (cf.
Gn 1, 27), mais il les a aussi bénis afin
qu’ils soient féconds et qu’ils se multiplient
(cf. Gn 1, 28). Pour cela, « l’homme
quittera son père et sa mère, il s’attachera à
sa femme, et tous deux ne feront plus
qu’un » (cf. Gn 2, 24). Ensuite, cette union,
blessée par le péché, a connu différentes
variantes dans la forme historique du
mariage au sein de la tradition d’Israël :
entre monogamie et polygamie, entre
stabilité et divorce, réciprocité et
subordination de la femme à l’homme. La
concession faite par Moïse sur la possibilité
de la répudiation (cf. Dt 24, 1sq.), qui
persistait du temps de Jésus, doit se
comprendre dans ce cadre. Enfin, la
réconciliation du monde perdu avec la
venue du Sauveur rétablit non seulement le
projet divin d’origine, mais conduit
l’histoire du peuple de Dieu vers un nouvel
accomplissement. L’indissolubilité du
mariage (cf. Mc 10, 2-9) n’est pas à
comprendre en premier lieu comme une
contrainte imposée à l’homme, mais bien
comme un don fait aux personnes unies par
le mariage. ¦255-6¦
Jésus et la famille
41. L’exemple de Jésus est un paradigme
pour l’Église. Le fils de Dieu est venu dans
le monde au sein d’une famille. Durant ses
trente années de vie cachée à Nazareth –
périphérie sociale, religieuse et culturelle de
l’empire (cf. Jn 1, 46) – Jésus a vu en Marie
et Joseph la fidélité vécue dans l’amour. Il a
commencé sa vie publique par le miracle de
Cana, réalisé lors d’un banquet pour des
noces (cf. Jn 2, 1-11). Il a annoncé
l’évangile du mariage comme une plénitude
de la révélation qui reprend le projet
originel de Dieu (cf. Mt 19, 4-6). Il a
partagé des moments quotidiens d’amitié
avec la famille de Lazare et de ses soeurs
(cf. Lc 10, 38) et avec la famille de Pierre
(cf. Mt 8, 14). Il a écouté les pleurs de
parents pour leurs enfants, leur rendant la
vie (cf. Mc 5, 41 ; Lc 7, 14-15) et
manifestant ainsi la véritable signification
de la miséricorde, laquelle implique la
restauration de l’Alliance (cf. Jean-Paul II,
Dives in Misericordia, 4) (16). Cela
apparaît clairement dans les rencontres avec
la Samaritaine (cf. Jn 4, 1-30) et avec la
femme adultère (cf. Jn 8, 1-11), qui
prennent conscience de leur péché devant
l’amour gratuit de Jésus. La conversion
« est une tâche ininterrompue pour toute
l’Église qui « enferme des pécheurs dans
son propre sein » et qui « est donc à la fois
sainte et appelée à se purifier, et qui
poursuit constamment son effort de
pénitence et de renouvellement ». Cet effort
de conversion n’est pas seulement une
oeuvre humaine. Elle est le mouvement du
« coeur contrit » attiré et mû par la grâce à
répondre à l’amour miséricordieux de Dieu
qui nous a aimés le premier (CEC 1428).
Dieu offre gratuitement son pardon à qui
s’ouvre à l’action de sa grâce. Cela
intervient par la pénitence, et la résolution
de conduire sa vie selon la volonté de Dieu,
effet de sa miséricorde à travers laquelle il
23
nous réconcilie avec lui. Dieu met dans
notre coeur la capacité à suivre le chemin de
l’imitation du Christ. Les paroles et
l’attitude de Jésus montrent clairement que
le Royaume de Dieu est l’horizon qui donne
sens à toute relation (cf. Mt 6, 33). Les liens
familiaux, bien que fondamentaux, ne
« sont pas absolus » (CEC, 2232). Troublant
fortement ceux qui l’écoutaient, Jésus a
relativisé les relations familiales au regard
du Royaume de Dieu (cf. Mc 3, 33-35 ; Lc
14, 26 ; Mt 10, 34-37 ; 19, 29 ; 23, 9). Cette
révolution des liens affectifs que Jésus
introduit dans la famille humaine constitue
un appel radical à la fraternité universelle.
Personne ne reste exclu de la nouvelle
communauté rassemblée au nom de Jésus,
car nous sommes tous appelés à faire partie
de la famille de Dieu. Jésus montre
comment la complaisance de Dieu
accompagne le chemin des hommes par sa
grâce, transforme le coeur endurci par sa
miséricorde (cf. Ez 36, 26) et l’amène à son
accomplissement par le mystère pascal.
¦253-7¦
Chapitre II – La famille
dans le Magistère de l’Église
Les enseignements du concile Vatican II
42. Sur la base de ce qu’elle a reçu du
Christ, l’Église a développé au cours des
siècles un riche enseignement sur le
mariage et la famille. L’une des expressions
les plus élevées de ce Magistère a été
proposée par le concile oecuménique
Vatican II dans la Constitution pastorale
Gaudium et Spes, qui consacre un chapitre
entier à la dignité du mariage et de la
famille (cf. GS, 47-52). Voici comment il
définit le mariage et la famille : « La
communauté profonde de vie et d’amour
que forme le couple a été fondée et dotée de
ses lois propres par le Créateur ; elle est
établie sur l’alliance des conjoints, c’est-àdire
sur leur consentement personnel
irrévocable. Une institution, que la loi
divine confirme, naît ainsi, au regard même
de la société, de l’acte humain par lequel les
époux se donnent et se reçoivent
mutuellement » (GS, 48). Le « véritable
amour conjugal » (GS, 49) implique le don
mutuel de soi, inclut et intègre la dimension
sexuelle et affective, correspondant au
dessein de Dieu (cf. GS, 48-49). Ainsi, il
devient clair que le mariage, et l’amour
conjugal qui l’anime, « sont ordonnés par
nature à la procréation et l’éducation des
enfants » (GS, 50). L’enracinement des
époux en Dieu est par ailleurs souligné : le
Christ Seigneur « vient à la rencontre des
époux chrétiens par le sacrement de
mariage » (GS, 48) et demeure avec eux
(sacramentum permanens). Il assume
l’amour humain, le purifie, le conduit à sa
plénitude, et donne aux époux, avec son
Esprit, la capacité de le vivre, en
imprégnant toute leur vie de foi,
d’espérance et de charité. De cette manière,
les époux sont comme consacrés et, par une
grâce particulière, ils édifient le Corps du
Christ et constituent une Église domestique
(cf. LG, 11). Aussi l’Église, pour
comprendre pleinement son mystère,
regarde-t-elle la famille humaine qui le
manifeste d’une façon authentique. ¦257-2¦
Paul VI
43. Le bienheureux Paul VI, dans le sillage
du concile Vatican II, a approfondi la
doctrine sur le mariage et sur la famille. En
particulier, par l’encyclique Humanae
vitae, il a mis en lumière le lien intime
entre l’amour conjugal et l’engendrement
de la vie : « L’amour conjugal exige des
époux une conscience de leur mission de
paternité responsable, sur laquelle, à bon
droit, on insiste tant aujourd’hui, et qui
doit, elle aussi, être exactement comprise.
(…) Un exercice responsable de la
paternité implique donc que les conjoints
reconnaissent pleinement leurs devoirs
envers Dieu, envers eux-mêmes, envers la
famille et envers la société, dans une juste
hiérarchie des valeurs » (HV, 10) (17).
Dans son exhortation apostolique
Evangelii Nuntiandi, Paul VI a mis en
24
évidence le rapport entre la famille et
l’Église : « Au sein de l’apostolat
évangélisateur des laïcs, il est impossible
de ne pas souligner l’action évangélisatrice
de la famille. Elle a bien mérité, aux
différents moments de l’histoire, le beau
nom d’“Église domestique” sanctionné par
le concile Vatican II. Cela signifie que, en
chaque famille chrétienne, devraient se
retrouver les divers aspects de l’Église
entière. En outre, la famille, comme
l’Église, se doit d’être un espace où
l’Évangile est transmis et d’où l’Évangile
rayonne » (EN, 71) (18). ¦254-6¦
Jean-Paul II
44. Saint Jean-Paul II a consacré à la
famille une attention particulière à travers
ses catéchèses sur l’amour humain et sur la
théologie du corps. Dans ces documents, il
a offert à l’Église une richesse de
réflexions sur la signification sponsale du
corps humain et sur le projet de Dieu sur le
mariage et sur la famille depuis le début de
la création. En particulier, s’agissant de la
charité conjugale, il a décrit la façon dont
les époux, dans leur amour mutuel,
reçoivent le don de l’Esprit du Christ et
vivent leur appel à la sainteté. Dans sa
Lettre aux familles Gratissimam sane et
surtout dans l’exhortation apostolique
Familiaris consortio, Jean-Paul II a
qualifié la famille de « route de l’Église » ;
il a offert une vision d’ensemble sur la
vocation à l’amour de l’homme et de la
femme ; il a proposé les lignes
fondamentales d’une pastorale de la
famille et de la présence de la famille dans
la société. « Au sein du mariage et de la
famille se tisse un ensemble de relations
interpersonnelles – rapports entre
conjoints, paternité-maternité, filiation,
fraternité – à travers lesquelles chaque
personne est introduite dans la « famille
humaine » et dans la « famille de Dieu »
qu’est l’Église » (FC, 15) (19). ¦247-11¦
Benoît XVI
45. Benoît XVI, dans l’encyclique Deus
caritas est, a repris le thème de la vérité de
l’amour entre l’homme et la femme, qui ne
s’éclaire pleinement qu’à la lumière de
l’amour du Christ crucifié (cf. DCE, 2)
(20). Il y réaffirme que « le mariage fondé
sur un amour exclusif et définitif devient
l’icône de la relation de Dieu avec son
peuple et réciproquement : la façon dont
Dieu aime devient la mesure de l’amour
humain » (DCE, 11) (21). Par ailleurs, dans
son encyclique Caritas in veritate, il met en
évidence l’importance de l’amour familial
comme principe de vie dans la société, lieu
où s’apprend l’expérience du bien commun.
« Continuer à proposer aux nouvelles
générations la beauté de la famille et du
mariage, la correspondance de ces
institutions aux exigences les plus
profondes du coeur et de la dignité de la
personne, devient ainsi une nécessité
sociale, et même économique. Dans cette
perspective, les États sont appelés à mettre
en oeuvre des politiques qui promeuvent le
caractère central et l’intégrité de la famille,
fondée sur le mariage entre un homme et
une femme, cellule première et vitale de la
société, prenant en compte ses problèmes
économiques et fiscaux, dans le respect de
sa nature relationnelle » (CiV, 44) (22).
¦249-6¦
François
46. Le pape François, abordant le lien entre
la famille et la foi, écrit dans l’encyclique
Lumen fidei : « Le premier environnement
dans lequel la foi éclaire la cité des hommes
est donc la famille. Je pense surtout à
l’union stable de l’homme et de la femme
dans le mariage. (…) Promettre un amour
qui soit pour toujours est possible quand on
découvre un dessein plus grand que ses
propres projets » (LF, 52) (23). Dans son
exhortation apostolique Evangelii
Gaudium, le pape rappelle le caractère
central de la famille au milieu des défis
culturels d’aujourd’hui : « La famille
25
traverse une crise culturelle profonde,
comme toutes les communautés et les liens
sociaux. Dans le cas de la famille, la
fragilité des liens devient particulièrement
grave parce qu’il s’agit de la cellule
fondamentale de la société, du lieu où l’on
apprend à vivre ensemble dans la différence
et à appartenir aux autres, et où les parents
transmettent la foi aux enfants. Le mariage
tend à être vu comme une simple forme de
gratification affective qui peut se constituer
de n’importe quelle façon et se modifier
selon la sensibilité de chacun. Mais la
contribution indispensable du mariage à la
société dépasse le niveau de l’émotivité et
des nécessités contingentes du couple »
(EG, 66) (24). Le pape François a par
ailleurs consacré un cycle complet de
catéchèses aux thèmes concernant la
famille. Ces catéchèses approfondissent les
sujets sur la famille, les expériences qui y
sont vécues et les phases de la vie. ¦254-5¦
Chapitre III – La famille
dans la doctrine chrétienne
Le mariage dans l’ordre de la création
et la plénitude sacramentelle
47. L’ordre de la rédemption éclaire et
réalise celui de la création. C’est pourquoi
le mariage naturel se comprend pleinement
à la lumière de son accomplissement
sacramentel : c’est seulement le regard fixé
sur le Christ que l’on connaîtra pleinement
la vérité des rapports humains. « En réalité,
le mystère de l’homme ne s’éclaire
vraiment que dans le mystère du Verbe
incarné. (…) Nouvel Adam, le Christ, dans
la révélation même du mystère du Père et
de son amour, manifeste pleinement
l’homme à lui-même et lui découvre la
sublimité de sa vocation » (GS, 22). Il
apparaît particulièrement opportun de
comprendre selon une clef christocentrique
les propriétés naturelles du mariage qui
constituent le bien des conjoints (bonum
coniugum), qui comprend l’unité,
l’ouverture à la vie, la fidélité et
l’indissolubilité. À la lumière du Nouveau
Testament selon lequel tout a été créé par le
Christ et pour lui (cf. Col 1, 16 ; Gn 1,
1sq.), le concile Vatican II a voulu exprimer
sa considération pour le mariage naturel et
pour les éléments positifs présents dans les
autres religions (cf. LG, 16 ; NA, 2) et dans
les diverses cultures, malgré des limites et
des insuffisances (cf. RM, 55). Le
discernement de la présence des semina
Verbi dans les autres cultures (cf. AG, 11)
peut aussi être appliqué à la réalité du
mariage et de la famille. Outre le vrai
mariage naturel, il existe des éléments
positifs qui sont présents dans les formes
matrimoniales d’autres traditions
religieuses. Ces formes – fondées quoi qu’il
en soit sur la relation stable et vraie entre un
homme et une femme –, nous les
considérons comme étant orientées vers ce
sacrement. Le regard tourné vers la sagesse
humaine des peuples, l’Église reconnaît
aussi cette famille comme cellule de base
nécessaire et féconde à la coexistence
humaine. ¦246-11¦
Indissolubilité
et fécondité de l’union sponsale
48. La fidélité indéfectible de Dieu à
l’alliance est le fondement de
l’indissolubilité du mariage. L’amour
complet et profond entre les conjoints ne se
fonde pas seulement sur les capacités
humaines : Dieu soutient cette alliance avec
la force de son Esprit. Le choix que Dieu a
fait envers nous se reflète d’une certaine
manière dans le choix du conjoint : de
même que Dieu tient sa promesse même
quand nous échouons, de même l’amour et
la fidélité conjugale sont valables « pour le
meilleur et pour le pire ». Le mariage est
don et promesse de Dieu, qui écoute la
prière de ceux qui demandent son aide. La
dureté de coeur de l’homme, ses limites et
sa fragilité face à la tentation sont un grand
défi pour la vie commune. Le témoignage
de couples qui vivent fidèlement leur
mariage met en lumière la valeur de cette
union indissoluble et suscite le désir de
26
renouveler continuellement l’engagement
de la fidélité. L’indissolubilité correspond
au désir profond d’amour réciproque et
durable que le Créateur a mis dans le coeur
de l’homme, il est un don qu’il fait luimême
à chaque couple : « Ce que Dieu a
uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mt 19,
6 ; cf. Mc 10, 9). L’homme et la femme
accueillent ce don et en prennent soin afin
que leur amour puisse durer toujours. Face
à la sensibilité de notre temps et aux
difficultés effectives à maintenir des
engagements définitifs, l’Église est appelée
à proposer les exigences et le projet de vie
de l’évangile de la famille et du mariage
chrétien. « Saint Paul, parlant de la vie
nouvelle dans le Christ, affirme que les
chrétiens – tous les chrétiens – sont appelés
à s’aimer les uns les autres comme le Christ
les a aimés, c’est-à-dire « soumis les uns
aux autres » (Ep 5, 21), ce qui signifie au
service les uns des autres. Et il introduit ici
l’analogie entre le couple mari et femme, et
le couple Christ et Église. Il est clair que
cette analogie est imparfaite, mais nous
devons en saisir le sens spirituel, un sens
révolutionnaire et de la plus haute
importance, et en même temps simple, à la
portée de tout homme et de toute femme
qui s’abandonnent à la grâce de Dieu »
(François, audience générale, 6 mai 2015).
Encore une fois, c’est une annonce qui
donne l’espérance ! ¦253-6¦
Les biens de la famille
49. Le mariage est la « communauté de
toute la vie, ordonnée par nature au bien des
conjoints ainsi qu’à la procréation et à
l’éducation des enfants » (CIC, can. 1055 –
§ 1). Dans l’accueil réciproque, les époux se
promettent don total, fidélité et ouverture à
la vie. Dans la foi et avec la grâce du Christ,
ils reconnaissent les dons que Dieu leur
offre et ils s’engagent en son nom devant
l’Église. Dieu consacre l’amour des époux
et en confirme l’indissolubilité, leur offrant
sa grâce pour vivre la fidélité, l’accueil
réciproque et l’ouverture à la vie. Rendons
grâce à Dieu pour le mariage car, à travers
la communauté de vie et d’amour, les époux
chrétiens connaissent le bonheur et
expérimentent le fait que Dieu les aime
personnellement, avec passion et tendresse.
L’homme et la femme, individuellement et
en tant que couple – a rappelé le pape
François – « sont l’image de Dieu ». Leur
différence « ne vise pas l’opposition, ou la
subordination, mais la communion,
l’engendrement, toujours à l’image et
ressemblance de Dieu » (Audience
générale, 15 avril 2015). L’objectif d’union
du mariage est un appel constant et
renouvelé à faire grandir et à approfondir
cet amour. Dans leur union d’amour, les
époux expérimentent la beauté de la
paternité et de la maternité ; ils partagent les
projets et les peines, les désirs et les
préoccupations ; ils apprennent à prendre
soin l’un de l’autre et à se pardonner
mutuellement. Dans cet amour, ils célèbrent
leurs moments heureux et se soutiennent
dans les passages difficiles de leur vie.
¦253-5¦
50. La fécondité des époux, au sens plein,
est spirituelle : ils sont des signes
sacramentaux vivants, sources de vie pour
la communauté chrétienne et pour le
monde. L’acte de génération, qui manifeste
le « lien indissociable » entre union et
procréation – mis en évidence par le
bienheureux Paul VI (cf. HV, 12) (25) –
doit être compris dans l’optique de la
responsabilité des parents dans
l’engagement qu’ils prennent de veiller sur
leurs enfants et de leur donner une
éducation chrétienne. Ce sont les fruits les
plus précieux de l’amour conjugal. À partir
du moment où l’enfant est une personne, il
dépasse ceux qui l’ont créé. « Être fils et
fille, en effet, selon le dessein de Dieu,
signifie porter en soi la mémoire et
l’espérance d’un amour qu’il a réalisé luimême
en allumant la vie d’un autre être
humain, original et neuf. Et pour les
parents, chaque enfant est lui-même, il est
différent, il est autre » (François, audience
générale, 11 février 2015). La beauté du
don réciproque et gratuit, la joie de la vie
27
naissante et le soin plein d’amour de tous
les membres, des plus petits aux plus âgés :
voilà certains des fruits qui confèrent au
choix de la vocation familiale son caractère
unique et irremplaçable. Les relations
familiales concourent de manière décisive à
la construction solidaire et fraternelle de la
société humaine, qu’on ne peut réduire à
une simple cohabitation d’habitants d’un
territoire ou de citoyens d’un État. ¦252-6¦
Vérité et beauté de la famille
51. C’est avec une joie intime et un profond
réconfort que l’Église regarde les familles qui
sont fidèles aux enseignements de l’Évangile,
les remerciant et les encourageant pour le
témoignage qu’elles offrent. Grâce à elles, la
beauté du mariage indissoluble et fidèle pour
toujours devient crédible. C’est dans la
famille que mûrit la première expérience
ecclésiale de la communion entre personnes,
où se reflète, par grâce, le mystère d’amour
de la Sainte Trinité. « C’est ici que l’on
apprend l’endurance et la joie du travail,
l’amour fraternel, le pardon généreux, même
réitéré, et surtout le culte divin par la prière et
l’offrande de sa vie » (CEC, 1657).
L’évangile de la famille nourrit aussi ces
graines qui attendent encore de mûrir et doit
prendre soin des arbres qui se sont desséchés
et qui ne doivent pas être laissés à l’abandon
(cf. Lc 13,6-9). L’Église, en tant que
maîtresse confiante et mère prévenante, tout
en reconnaissant que, pour les baptisés, il
n’existe pas d’autre lien nuptial que le lien
sacramentel et que toute rupture de ce dernier
va à l’encontre de la volonté de Dieu, est
également consciente de la fragilité de
beaucoup de ses enfants qui peinent sur le
chemin de la foi. « Par conséquent, sans
diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il
faut accompagner avec miséricorde et
patience les étapes possibles de croissance
des personnes qui se construisent jour après
jour. (…) Un petit pas, au milieu de grandes
limites humaines, peut être plus apprécié de
Dieu que la vie extérieurement correcte de
celui qui passe ses jours sans avoir à affronter
d’importantes difficultés. La consolation et
l’aiguillon de l’amour salvifique de Dieu, qui
oeuvre mystérieusement en toute personne,
au-delà de ses défauts et de ses chutes,
doivent rejoindre chacun » (EG, 44) (26). Il
faut protéger cette vérité et cette beauté. Face
aux situations difficiles et aux familles
blessées, il faut toujours rappeler un principe
général : « Les pasteurs doivent savoir que,
par amour de la vérité, ils ont l’obligation de
bien discerner les diverses situations »
(FC, 84) (27). Le degré de responsabilité
n’est pas le même dans tous les cas, et il peut
exister des facteurs qui limitent la capacité de
décision. C’est pourquoi, tout en exprimant
avec clarté la doctrine, il faut éviter des
jugements qui ne tiennent pas compte de la
complexité des diverses situations, et il est
nécessaire d’être attentif à la façon dont les
personnes vivent et souffrent à cause de leur
condition. ¦250-11¦
Chapitre IV – Vers la plénitude
ecclésiale de la famille
Le lien intime entre Église et famille
52. La bénédiction et la responsabilité que
représente une nouvelle famille, scellée
dans le sacrement ecclésial, comportent la
disponibilité à soutenir et promouvoir, au
sein de la communauté chrétienne,
l’alliance fondamentale entre l’homme et la
femme. Cette disponibilité, dans le cadre du
lien social, de l’engendrement des enfants,
de la protection des plus faibles et de la vie
commune, comporte une responsabilité qui
doit être soutenue, reconnue et appréciée.
En vertu du sacrement du mariage, chaque
famille devient à part entière un bien pour
l’Église. Dans cette perspective, ce sera
certainement un don précieux, pour l’Église
d’aujourd’hui, de considérer également la
réciprocité entre famille et Église : l’Église
est un bien pour la famille, la famille est un
bien pour l’Église. Protéger le don
sacramentel du Seigneur concerne non
seulement la famille, mais également la
communauté chrétienne, à sa manière. Face
à l’apparition de la difficulté, si lourde soit28
elle, de protéger l’union conjugale, un
travail de discernement sur ce que chacun a
fait et sur les manquements correspondants,
devra être mené par le couple avec l’aide
des pasteurs et de la communauté. ¦252-5¦
La grâce de la conversion
et de l’accomplissement
53. L’Église reste proche des époux dont le
lien s’est tellement affaibli qu’un risque de
séparation se présente. Dans le cas d’une
relation terminée dans la douleur, l’Église
ressent le devoir d’accompagner ce moment
de souffrance, afin d’éviter que ne naissent
des oppositions désastreuses entre les
conjoints. Une attention particulière doit
être portée aux enfants, qui sont les
premiers touchés par la séparation, afin
qu’ils en souffrent le moins possible :
« Quand un père et une mère se font du mal,
l’âme des enfants souffre terriblement »
(François, audience générale, 24 juin
2015). Le soin pastoral de l’Église envers
les fidèles qui vivent en concubinage ou qui
ont simplement contracté un mariage civil
ou bien sont divorcés remariés, est inspiré
par le regard du Christ, dont la lumière
éclaire tout homme (cf. Jn 1,9 ; GS, 22).
Dans la perspective de la pédagogie divine,
l’Église se tourne avec amour vers ceux qui
participent à sa vie de manière imparfaite :
elle invoque avec eux la grâce de la
conversion, les encourage à accomplir le
bien, à prendre soin l’un de l’autre avec
amour et à se mettre au service de la
communauté dans laquelle ils vivent et
travaillent. Dans les diocèses, il est
souhaitable de mettre en place des parcours
de discernement et d’impliquer ces
personnes pour les aider et les encourager
dans la maturation d’un choix conscient et
cohérent. Les couples doivent être informés
sur la possibilité de recourir au processus de
déclaration en nullité de mariage. ¦244-15¦
54. Quand l’union atteint une véritable
stabilité à travers un lien public – et qu’elle
est caractérisée par une affection profonde,
par une responsabilité à l’égard des enfants,
et par une capacité à surmonter les épreuves
–, cela peut être l’occasion d’accompagner
le couple vers le sacrement du mariage,
pour autant que ce soit possible. La
situation est tout autre dans le cas où la vie
commune n’est pas établie en vue d’un
éventuel futur mariage, et qu’il n’y a pas de
volonté d’établir un rapport institutionnel.
La réalité des mariages civils entre un
homme et une femme, des mariages dits
« traditionnels » et, en tenant bien compte
des différences, également des
concubinages, est un phénomène émergent
dans de nombreux pays. De plus, la
situation de fidèles qui ont établi une
nouvelle union demande une attention
pastorale particulière : « Au cours des
dernières décennies (…) s’est beaucoup
accrue la conscience de la nécessité d’un
accueil fraternel et attentif, dans l’amour et
la vérité, à l’égard des baptisés qui ont
établi une nouvelle vie commune après
l’échec du mariage sacramentel ; en effet,
ces personnes ne sont nullement
excommuniées » (François, audience
générale, 5 août 2015). ¦236-21¦
La miséricorde au coeur de la révélation
55. L’Église part des situations concrètes
des familles d’aujourd’hui, qui ont toutes
besoin de miséricorde, en commençant par
celles qui souffrent le plus. Avec le coeur
miséricordieux de Jésus, l’Église doit
accompagner ses enfants les plus fragiles,
marqués par un amour blessé et perdu, leur
redonnant confiance et espérance, comme la
lumière d’un phare ou d’un flambeau
apportée au milieu des gens pour éclairer
ceux qui ont perdu le cap ou qui se trouvent
au milieu de la tempête. La miséricorde est
« le centre de la révélation de Jésus-Christ »
(MV, 25) (28). En elle resplendit la
souveraineté de Dieu, par laquelle il est
toujours à nouveau fidèle à ce qu’il est,
c’est-à-dire à l’amour (cf. 1 Jn 4, 8), et à
son alliance. « C’est justement dans sa
miséricorde que Dieu manifeste sa toutepuissance
» (Saint Thomas d’Aquin,
Summa Theologiae, II-II, q. 30, art. 4 ;
29
cf. Missel Romain, Prière d’ouverture du
26e dimanche du temps ordinaire).
Annoncer la vérité avec amour est en soi un
acte de miséricorde. Dans la Bulle
Misericordiae Vultus, le pape François
affirme : « La miséricorde n’est pas
contraire à la justice, mais illustre le
comportement de Dieu envers le pécheur ».
Et il poursuit : « Dieu ne refuse pas la
justice. Il l’intègre et la dépasse dans un
événement plus grand dans lequel on fait
l’expérience de l’amour, fondement d’une
vraie justice (MV, 21) (29). Jésus est le
visage de la miséricorde de Dieu le Père :
« Dieu a tant aimé le monde (…) pour que,
par lui, (le Fils), le monde soit sauvé »
(Jn 3, 16-17). ¦243-14¦
Troisième partie
La mission de la famille
56. Depuis le début de l’histoire, Dieu a
prodigué son amour à ses enfants
(cf. LG, 2), afin qu’ils puissent avoir la
plénitude de la vie en Jésus-Christ (cf. Jn
10,10). À travers les sacrements de
l’initiation chrétienne, Dieu invite les
familles à entrer dans cette vie, à la
proclamer et à la communiquer aux autres
(cf. LG, 41). Comme le pape François nous
le rappelle avec force, la mission de la
famille se tourne de plus en plus vers
l’extérieur, dans le service de nos frères et
soeurs. C’est la mission de l’Église à
laquelle chaque famille est appelée à
participer de façon unique et privilégiée.
« En vertu du baptême reçu, chaque
membre du Peuple de Dieu est devenu
disciple missionnaire » (EG, 120) (30).
Dans le monde entier, nous pouvons voir
dans la réalité des familles un tel bonheur et
une telle joie, mais aussi tant de souffrances
et d’angoisses. Nous voulons regarder cette
réalité avec les yeux du Christ, quand il la
regardait au moment où il a cheminé parmi
les hommes de son temps. Nous voulons
avoir une attitude de compréhension pleine
d’humilité. Notre désir est d’accompagner
chacune et toutes les familles afin qu’elles
découvrent la meilleure voie pour dépasser
les difficultés qu’elles rencontrent sur leur
chemin. L’Évangile est aussi, toujours, un
signe de contradiction. L’Église n’oublie
jamais que le mystère pascal est central
dans la Bonne Nouvelle que nous
annonçons. Elle veut aider les familles à
reconnaître et à accueillir la croix quand
elle se présente devant eux, afin qu’elles
puissent la porter avec le Christ sur le
chemin qui mène à la joie de la
résurrection. Ce travail demande « une
conversion pastorale et missionnaire, qui ne
peut laisser les choses comme elles sont »
(EG, 25) (31). La conversion touche ensuite
profondément la façon de vivre et de
s’exprimer. Il est nécessaire d’adopter un
langage qui fasse sens. L’annonce doit
permettre d’expérimenter que l’évangile de
la famille est la réponse aux attentes les
plus profondes de la personne humaine : à
sa dignité et à sa pleine réalisation dans la
réciprocité, dans la communion et dans la
fécondité. Il ne s’agit pas seulement de
présenter des règles, mais bien d’annoncer
la grâce qui permet de vivre les biens de la
famille. La transmission de la foi rend
aujourd’hui plus que jamais nécessaire un
langage en mesure d’atteindre chacun, en
particulier les jeunes, pour leur
communiquer la beauté de l’amour familial
et leur faire comprendre la signification de
mots tels que le don, l’amour conjugal, la
fidélité, la fécondité, la procréation. Le
besoin d’un langage nouveau et plus adapté
se présente avant tout au moment de faire
découvrir la sexualité aux enfants et aux
adolescents. Beaucoup de parents et de
nombreuses personnes qui sont impliquées
dans la pastorale éprouvent des difficultés à
trouver un langage approprié et en même
temps respectueux, qui associe la nature de
la sexualité biologique avec la
complémentarité du couple qui s’enrichit
mutuellement, mais aussi avec l’amitié,
l’amour et le don de l’homme et de la
femme. ¦248-10¦
30
Chapitre I – La formation
de la famille
La préparation au mariage
57. Le mariage chrétien ne peut être réduit à
une tradition culturelle ou à une simple
convention juridique : il est un véritable
appel de Dieu qui exige un discernement
attentif, une prière constante et une
maturation adaptée. Pour cela, des parcours
de formation sont nécessaires, qui doivent
accompagner la personne et le couple en
proposant à la fois les contenus de la foi et
l’expérience de vie de toute la communauté
ecclésiale. Pour que cette aide soit efficace,
il faut aussi que la catéchèse en amont du
mariage – parfois pauvre en termes de
contenu – soit améliorée, car elle fait partie
intégrante de la pastorale ordinaire. La
pastorale des futurs époux doit aussi
s’inscrire dans l’engagement plus large de
la communauté chrétienne à présenter de
façon adaptée et convaincante le message
évangélique sur la dignité de la personne, sa
liberté et le respect de ses droits. Les trois
étapes mentionnées dans Familiaris
Consortio doivent être bien présentes
(cf. 66) (32) : la préparation préalable, qui
passe par la transmission de la foi et des
valeurs chrétiennes au sein de sa famille ; la
préparation plus proche, qui correspond aux
parcours de catéchèse et aux expériences
formatrices vécues au sein de la
communauté ecclésiale ; enfin la
préparation directe au mariage, qui fait
partie d’un parcours plus large sur la
vocation. ¦257-2¦
58. Dans le changement culturel en cours,
ce sont souvent des modèles en décalage
par rapport à la vision chrétienne de la
famille qui sont présentés. La sexualité est
souvent déconnectée d’un projet d’amour
authentique. Dans certains pays, les
autorités publiques imposent même des
projets de formation qui proposent des
contenus en opposition avec la vision
humaine et chrétienne : sur ces projets,
l’Église affirme avec force la liberté qui est
la sienne d’enseigner sa propre doctrine et
le droit à l’objection de conscience des
éducateurs. Par ailleurs, la famille, même si
elle demeure le premier lieu d’éducation
(cf. GE, 3), ne peut être l’unique lieu de
formation à la sexualité. Pour cela, il
convient d’organiser de véritables parcours
pastoraux, spécifiques, dédiés soit aux
célibataires soit aux couples, avec une
attention particulière au moment de la
puberté et de l’adolescence, dans lesquels
on aidera à découvrir la beauté de la
sexualité dans l’amour. Le christianisme
proclame que Dieu a créé l’homme en tant
qu’homme et femme, et les a bénis afin
qu’ils ne forment qu’une seule chair et
transmettent la vie (cf. Gn 1, 27-28 ; 2, 24).
Leur différence, dans leur égale dignité
personnelle, est la marque de la bonté de la
création de Dieu. Selon le principe chrétien,
l’âme et le corps, tout comme le sexe
biologique (sex) et le rôle socioculturel du
corps (gender), peuvent être distingués,
mais non séparés.
Il apparaît donc nécessaire de développer
les sujets de formation dans les parcours en
amont du mariage afin que ceux-ci
deviennent des parcours d’éducation à la foi
et à l’amour, intégrés au cheminement de
l’initiation chrétienne. Dans cette optique, il
faut rappeler l’importance des vertus, parmi
lesquelles la chasteté, condition précieuse
pour une croissance sincère de l’amour
entre deux personnes. Ce parcours de
formation devrait être un chemin tourné
vers le discernement de la vocation
personnelle et de celle du couple, en
veillant à une meilleure synergie entre les
différents domaines pastoraux. Les parcours
de préparation au mariage doivent aussi être
proposés par des couples mariés en mesure
d’accompagner les futurs époux avant leur
mariage et dans les premières années de
leur vie matrimoniale, valorisant ainsi le
rôle de ministre que doit jouer le couple. La
valorisation pastorale des relations
personnelles favorisera l’ouverture
31
progressive des esprits et des coeurs à la
plénitude du plan de Dieu. ¦247-14¦
La célébration du mariage
59. La liturgie du mariage est un événement
unique, qui se vit dans un contexte familial
et social festif. Le premier des signes de
Jésus se produit au banquet des noces de
Cana : le bon vin du miracle du Seigneur
égaye la naissance d’une nouvelle famille,
il est le vin nouveau de l’Alliance du Christ
avec les hommes et les femmes de tout
temps. La préparation du mariage occupe
longuement les futurs époux. Elle constitue
pour eux un temps précieux, pour leurs
familles et leurs amis, qui doit être enrichi
par sa dimension proprement spirituelle et
ecclésiale. La célébration du mariage est
justement l’occasion d’inviter en nombre à
la célébration du sacrement de la
réconciliation et de l’eucharistie. La
communauté chrétienne, à travers sa
participation cordiale et joyeuse, accueillera
en son sein la nouvelle famille afin que, en
tant qu’Église domestique, elle se sente
comme faisant partie de la grande famille
ecclésiale. La liturgie du mariage devrait
être préparée par une catéchèse
mystagogique qui doit permettre au couple
de prendre conscience que la célébration de
leur alliance a lieu « dans le Seigneur ». Le
célébrant a fréquemment l’opportunité de
s’adresser à une assemblée composée de
personnes qui participent peu à la vie
ecclésiale ou appartiennent à d’autres
confessions chrétiennes ou communautés
religieuses. Il s’agit là d’une occasion
précieuse d’annoncer l’Évangile du Christ
qui peut susciter dans les familles présentes
la redécouverte de la foi et de l’amour qui
viennent de Dieu. ¦258-3¦
Les premières années de la vie familiale
60. Les premières années de mariage sont
une période vitale et délicate durant laquelle
la conscience qu’ont les couples de leur
vocation et de leur mission va croissant.
D’où l’exigence d’un accompagnement
pastoral qui continue après la célébration du
sacrement. La paroisse est le lieu où des
couples plus expérimentés peuvent être mis
à la disposition des couples plus jeunes,
avec l’aide éventuelle d’associations,
mouvements ecclésiaux et communautés
nouvelles. Il convient d’encourager les
époux à une attitude fondamentalement
ouverte à l’accueil du grand don que sont
les enfants. Il faut souligner l’importance de
la spiritualité familiale, de la prière et de la
participation à l’eucharistie dominicale, en
invitant les couples à se réunir
régulièrement pour aider à faire grandir leur
vie spirituelle et leur solidarité face aux
exigences concrètes de la vie. La rencontre
personnelle avec le Christ à travers la
lecture de la Parole de Dieu, au sein de la
communauté ou chez soi, spécialement sous
forme de lectio divina constitue une source
d’inspiration pour la vie quotidienne.
Liturgie, prière et eucharisties célébrées
pour les familles, en particulier lors
d’anniversaires de mariage, nourrissent la
vie spirituelle et le témoignage missionnaire
de la famille. Dans les premières années de
vie conjugale, on constate souvent une
certaine introversion du couple, avec en
conséquence un isolement par rapport à la
communauté. Consolider le réseau
relationnel entre les couples et créer des
liens forts sont nécessaires pour le
développement de la vie chrétienne de la
famille. Les mouvements et les groupes
ecclésiaux garantissent souvent de telles
occasions de croissance et de formation.
L’Église locale, intégrant ces différents
apports, doit se charger de la coordination
de la pastorale proposée aux jeunes
familles. Dans la première phase de la vie
conjugale, la non-satisfaction du désir
d’enfants procure un découragement
particulier. Cette situation est souvent à
l’origine de crises qui débouchent
rapidement sur une séparation. C’est pour
cette raison aussi que la proximité de la
communauté envers les jeunes époux est si
importante, à travers le soutien affectueux
et discret de familles fiables. ¦259-1¦
32
La formation des prêtres
et des autres acteurs de la pastorale
61. Un renouveau de la pastorale à la
lumière de l’évangile de la famille et de
l’enseignement du Magistère est nécessaire.
Il convient pour cela de proposer une
formation plus adéquate des prêtres, des
diacres, des religieux et des religieuses, des
catéchistes et des autres acteurs de la
pastorale, qui doivent promouvoir
l’intégration des familles dans la
communauté paroissiale, en particulier à
l’occasion des parcours de formation à la
vie chrétienne en vue des sacrements. Les
séminaires en particulier, dans leurs
parcours de formation humaine, spirituelle,
intellectuelle et pastorale, doivent préparer
les futurs prêtres à devenir des apôtres de la
famille. Dans la formation à leur ministère,
le développement affectif et psychologique
ne peut être négligé, en y intégrant
directement des parcours adaptés. Les
parcours de formation et les cours destinés
spécifiquement aux acteurs de la pastorale
doivent rendre ceux-ci capables de bien
intégrer ce parcours de préparation au
mariage dans la dynamique plus large de la
vie ecclésiale. Dans leur période de
formation, les candidats au sacerdoce
doivent vivre des périodes appropriées dans
leur propre famille et être guidés pour
acquérir l’expérience de la pastorale
familiale, afin d’avoir une bonne
connaissance de la situation actuelle de la
famille. La présence des laïcs et des
familles, en particulier la présence féminine
dans la formation sacerdotale, favorise
l’appréciation de la variété et de la
complémentarité des différentes vocations
au sein de l’Église. L’engagement propre à
ce précieux ministère pourra recevoir une
vitalité et un caractère concret par une
alliance renouvelée entre les deux
principales formes de vocation à l’amour :
celle du mariage, qui débouche sur la
famille chrétienne, fondée sur l’amour
choisi, et celle de la vie consacrée, image de
la communion du Royaume, qui part de
l’accueil inconditionnel de l’autre comme
don de Dieu. Dans cette communion des
vocations se produit un échange fécond de
dons, qui ravive et enrichit la communauté
ecclésiale (cf. Ac 18, 2). La direction
spirituelle de la famille peut être considérée
comme un des ministères des paroisses.
Nous suggérons que le service diocésain
pour la famille et les autres services de la
pastorale puissent intensifier leur
collaboration en ce domaine. Dans la
formation permanente du clergé et des
acteurs de la pastorale, il est souhaitable
que l’on continue à veiller par des moyens
adaptés au développement de la dimension
affective et psychologique, qui leur sera
indispensable pour l’accompagnement
pastoral des familles, également dans la
perspective des situations d’urgence
particulières liées à des cas de violence
domestique et d’abus sexuels. ¦254-7¦
Chapitre II – Famille,
procréation, éducation
La transmission de la vie
62. La présence de familles nombreuses
dans l’Église est une bénédiction pour la
communauté chrétienne et pour la société,
car l’ouverture à la vie est une exigence
intrinsèque à l’amour conjugal. À cet égard,
l’Église exprime sa vive gratitude aux
familles qui accueillent, éduquent,
entourent d’affection et transmettent la foi à
leurs enfants, et de manière particulière à
ceux qui sont plus fragiles et marqués par le
handicap. Ces enfants, nés avec des besoins
spécifiques, attirent l’amour du Christ et
demandent à l’Église de les protéger
comme une bénédiction. Une mentalité
répandue réduit malheureusement le fait de
donner la vie à la simple recherche d’une
satisfaction individuelle ou de couple. Les
facteurs d’ordre économique, culturel et
éducatif exercent parfois un poids
déterminant, contribuant à la forte baisse de
la natalité qui affaiblit le tissu social,
compromet les rapports entre générations et
rend plus incertaine la vision du futur. Dans
33
ce domaine également, il faut partir de
l’écoute des personnes et reconnaître la
beauté et la vérité d’une ouverture
inconditionnelle à la vie, ce dont l’amour
humain a besoin pour être vécu en
plénitude. On voit ici la nécessité de
diffuser toujours davantage les documents
du Magistère de l’Église qui promeuvent la
culture de la vie. La pastorale familiale
devrait davantage impliquer les spécialistes
catholiques en matière biomédicale dans les
parcours de préparation au mariage et dans
l’accompagnement des époux. ¦259-0¦
La responsabilité procréatrice
63. Selon l’ordre de la création, l’amour
conjugal entre un homme et une femme et
la transmission de la vie sont ordonnés l’un
à l’autre (cf. Gn 1, 27-28). De cette façon,
le Créateur a fait participer l’homme et la
femme à l’oeuvre de sa création et a en
même temps fait d’eux des instruments de
son amour, leur confiant la responsabilité
de l’avenir de l’humanité à travers la
transmission de la vie humaine. Les époux
s’ouvriront à la vie en formant « un
jugement droit : ils prendront en
considération à la fois leur bien et celui des
enfants déjà nés ou à naître ; ils
discerneront les conditions aussi bien
matérielles que spirituelles de leur époque
et de leur situation ; ils tiendront compte
enfin du bien de la communauté familiale,
des besoins de la société temporelle et de
l’Église elle-même » (GS, 50 ; cf. VS, 54-
66) (33). Conformément au caractère
personnel et humainement complet de
l’amour conjugal, la juste route pour la
planification familiale est celle du dialogue
consensuel entre les époux, du respect des
rythmes et de la prise en considération de la
dignité du partenaire. En ce sens,
l’encyclique Humanae Vitae (cf. 10-14)
(34) et l’exhortation apostolique Familiaris
Consortio (cf. 14 ; 28-35) (35) doivent être
redécouvertes afin de raviver la
disponibilité à la procréation, en décalage
avec une mentalité souvent hostile à la vie.
Il faut exhorter de façon répétée les jeunes
couples à donner la vie. De cette façon,
l’ouverture à la vie pourra croître, dans la
famille, dans l’Église et dans la société. À
travers ses nombreuses institutions pour
enfant, l’Église peut contribuer à créer une
société, mais également une communauté
de foi, qui soient davantage adaptées aux
enfants. Le courage de transmettre la vie est
particulièrement renforcé lorsque il y a une
atmosphère adaptée aux plus petits, dans
laquelle on offre une aide et un
accompagnement dans le travail
d’éducation des enfants (coopération entre
paroisses, parents et familles).
Le choix responsable de la parentalité
présuppose la formation de la conscience, qui
est « le centre le plus secret de l’homme, le
sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa
voix se fait entendre » (GS, 16). Plus les
époux cherchent à écouter Dieu et ses
commandements dans leur conscience
(cf. Rm 2, 15) et se font accompagner
spirituellement, plus leur décision sera
profondément libérée d’un choix subjectif et
de l’alignement sur les comportements de
leur environnement. Par amour de cette
dignité de la conscience, l’Église rejette de
toutes ses forces les interventions coercitives
des États en faveur de la contraception, de la
stérilisation ou de l’avortement. Le recours
aux méthodes fondées sur « les rythmes
naturels de fécondité (HV, 11) (36) doit être
encouragé. On mettra en lumière que « ces
méthodes respectent le corps des époux,
encouragent la tendresse entre eux et
favorisent l’éducation d’une liberté
authentique » (CEC, 2370). Il faut toujours
mettre en avant le fait que les enfants sont un
don merveilleux de Dieu, une joie pour les
parents et pour l’Église. C’est à travers eux
que le Seigneur renouvelle le monde. ¦237-21¦
La valeur de la vie dans toutes ses phases
64. La vie est don de Dieu et un mystère qui
nous dépasse. C’est pourquoi il ne faut en
aucune manière en éliminer les débuts et la
fin. Il est au contraire nécessaire d’accorder
à ces phases une attention particulière.
34
Aujourd’hui, trop facilement, « on
considère l’être humain en lui-même
comme un bien de consommation, qu’on
peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons
mis en route la culture du “déchet” qui est
même promue » (EG, 53) (37). Sur ce sujet,
il revient à la famille, soutenue par toute la
société, d’accueillir la vie naissante et de
prendre soin de sa phase ultime. Face au
drame de l’avortement, l’Église affirme
avant tout le caractère sacré et inviolable de
la vie humaine et s’implique concrètement
en sa faveur (cf. EV, 58) (38). Grâce à ses
institutions, elle offre des conseils aux
femmes enceintes, soutient les filles-mères,
s’occupe des enfants abandonnés, est
proche de ceux qui ont souffert d’un
avortement. À ceux qui oeuvrent dans des
structures de santé, on rappelle leur
obligation morale à l’objection de
conscience. De la même façon, l’Église sent
non seulement l’urgence d’affirmer le droit
à la mort naturelle, en évitant l’acharnement
thérapeutique et l’euthanasie, mais prend
également soin des plus âgés, protège les
personnes handicapées, assiste les malades
en phase terminale, conforte les mourants,
rejette fermement la peine de mort
(cf. CEC, 2258). ¦247-11¦
Adoption et placement
65. L’adoption des enfants, orphelins et
abandonnés, accueillis comme ses propres
enfants, est du point de vue de la foi la
forme d’un authentique apostolat familial
(cf. AA, 11), rappelé à plusieurs reprises et
encouragé par le Magistère (cf. FC, 41 ;
EV, 93) (39). Le choix de l’adoption et de
l’accueil d’un enfant placé constitue une
fécondité particulière de l’expérience
conjugale, au-delà des situations dans
lesquelles elle est douloureusement
marquée par la stérilité. Un tel choix est le
signe éloquent de l’accueil à la création,
témoignage de foi et accomplissement de
l’amour. Elle rend une dignité réciproque à
un lien interrompu : aux époux qui n’ont
pas d’enfants et aux enfants qui n’ont pas
de parents. Toutes les initiatives visant à
faciliter les procédures d’adoption sont
donc soutenues. Les trafics d’enfants entre
pays et continents doivent être empêchés
par des dispositions législatives et par le
contrôle des États. La continuité des
relations parentales et des relations
d’éducation a comme fondement nécessaire
la différence sexuelle entre l’homme et la
femme, tout comme la procréation. Face à
ces situations dans lesquelles l’enfant est vu
comme un droit à n’importe quel prix, pour
son propre accomplissement, l’adoption et
le placement compris d’une juste manière
constituent un aspect important de la
parentalité et de la filiation. En effet, ils
aident à reconnaître que les enfants, qu’ils
soient naturels, adoptifs ou placés, sont des
êtres autres que soi et qu’il convient de les
accueillir, de les aimer, d’en prendre soin,
et pas seulement de les mettre au monde.
L’intérêt supérieur de l’enfant devrait
toujours inspirer les décisions sur
l’adoption et le placement. Comme l’a
rappelé le pape François, « les enfants ont le
droit de grandir dans une famille, avec un
père et une mère » (Audience aux
participants du Colloque international sur
la complémentarité entre homme et femme,
organisé par la Congrégation pour la
doctrine de la foi, 17 novembre 2014).
L’Église affirme néanmoins que, là où cela
est possible, les enfants ont le droit de
grandir dans leur famille d’origine avec tout
le soutien possible. ¦252-7¦
L’éducation des enfants
66. Un des défis fondamentaux parmi ceux
posés aux familles aujourd’hui est
assurément celui de l’éducation, obligeant à
une implication plus forte et rendue plus
complexe par la réalité culturelle actuelle et
par l’influence importante des médias. Il
faut tenir pleinement compte des exigences
et des attentes des familles capables d’être,
dans la vie quotidienne, des lieux de
croissance, de transmission concrète et
fondamentale de la foi, de la spiritualité et
des vertus qui donnent forme à l’existence.
La famille d’origine est souvent le foyer de
35
la vocation au sacerdoce et à la vie
consacrée : c’est pourquoi nous exhortons
les parents à demander au Seigneur le don
inestimable de la vocation pour certains de
leurs enfants. En matière éducative, il faut
protéger le droit des parents à choisir
librement le type d’éducation qu’ils veulent
donner à leurs enfants selon leurs
convictions, et dans des conditions
accessibles et de qualité. Il faut aider à
vivre l’affectivité, aussi dans les relations
conjugales, comme un parcours de
maturation, dans un accueil toujours plus
profond de l’autre et un don toujours plus
complet. On rappelle à ce sujet la nécessité
d’offrir des parcours de formation qui
nourrissent la vie conjugale, et l’importance
de la présence de laïcs qui accompagnent
les couples par un témoignage vivant.
L’exemple d’un amour fidèle et profond est
d’une grande aide. Il est fait de tendresse,
de respect, est capable de grandir dans le
temps et, par son ouverture concrète à la
génération de la vie, fait l’expérience d’un
mystère qui nous dépasse. ¦258-0¦
67. Dans toutes les cultures, les adultes
d’une famille conservent leur irremplaçable
fonction éducative. Cependant, dans de
nombreux contextes, nous assistons à un
affaiblissement progressif du rôle éducatif
des parents, du fait d’une présence
envahissante des médias au sein de la
sphère familiale, ainsi que la tendance à
déléguer ou à confier cette tâche à d’autres
personnes. D’un autre côté, les médias
(spécialement les médias sociaux)
rapprochent les membres de la famille
malgré les distances. L’utilisation des emails
et des réseaux sociaux permet de
maintenir dans le temps l’unité entre les
membres d’une famille. Et par-dessus tout,
les médias peuvent être une occasion pour
l’évangélisation des jeunes. Il faut que
l’Église encourage et soutienne les familles
dans leur travail de participation vigilante et
responsable sur les programmes scolaires et
éducatifs qui concernent leurs enfants. Sur
ce point, le consensus est unanime pour
réaffirmer que la première école
d’éducation est la famille, et que la
communauté chrétienne veut jouer un rôle
de soutien et d’intégration dans cette
mission irremplaçable de formation. Il est
nécessaire d’identifier des espaces et des
moments de rencontre pour encourager la
formation des parents et le partage
d’expériences entre familles. Il est
important que les parents soient impliqués
activement dans les parcours de préparation
aux sacrements de l’initiation chrétienne, en
tant que premiers éducateurs et témoins de
foi de leurs enfants. ¦259-0¦
68. Les écoles catholiques jouent un rôle
vital pour aider les parents dans leur devoir
d’éducation de leurs enfants. L’éducation
catholique favorise le rôle de la famille :
elle assure une bonne préparation, éduque
aux vertus et aux valeurs, donne une
instruction dans le respect des
enseignements de l’Église. Les écoles
catholiques devraient être encouragées dans
leur mission d’aider les élèves à grandir
comme des adultes mûrs, capables de voir
le monde à travers le regard d’amour de
Jésus et comprenant la vie comme un appel
à servir Dieu. Les écoles catholiques se
révèlent ainsi utiles pour la mission
d’évangélisation de l’Église. Dans
beaucoup d’endroits, les écoles catholiques
sont les seules à constituer une véritable
opportunité pour les enfants des familles
pauvres, spécialement pour les jeunes, leur
offrant une alternative à la pauvreté et une
voie leur permettant de contribuer à la vie
de la société. Les écoles catholiques
devraient être encouragées à développer
leur action envers les communautés les plus
pauvres, en se mettant au service des
membres moins fortunés et plus vulnérables
de notre société. ¦253-3¦
36
Chapitre III – Famille
et accompagnement pastoral
Situations complexes
69. Le sacrement du mariage, en tant
qu’union indissoluble dans la fidélité entre un
homme et une femme appelés à se recevoir
réciproquement et à accueillir la vie, est une
grande grâce pour la famille humaine.
L’Église a la joie et le devoir d’annoncer cette
grâce à tous et partout. Elle ressent
aujourd’hui de façon encore plus urgente la
responsabilité de faire redécouvrir aux
baptisés combien la grâce de Dieu est à
l’oeuvre dans leurs vies – même dans les
situations les plus difficiles – pour les
conduire à la plénitude du sacrement. Le
Synode, tout en saluant et encourageant les
familles qui vivent la beauté du mariage
chrétien, entend promouvoir le discernement
pastoral pour les situations dans lesquelles
l’accueil de ce don peine à être reconnu, ou
est, à des degrés divers, compromis. C’est
une grande responsabilité que de maintenir
vivant un dialogue pastoral avec ses fidèles,
qui permettra une ouverture croissante et
cohérente à l’évangile du mariage et de la
famille dans sa plénitude. Les pasteurs
doivent identifier les éléments qui peuvent
favoriser l’évangélisation et la croissance
humaine et spirituelle de ceux qui sont
confiés à leurs soins par le Seigneur. ¦236-21¦
70. La pastorale doit proposer avec clarté le
message évangélique et saisir les éléments
positifs présents dans les situations qui ne
correspondent pas encore, ou qui ne
correspondent plus, à celui-ci. Dans
beaucoup de pays, un nombre croissant de
couples vit en concubinage, sans être
mariés, ni religieusement ni civilement.
Dans certains pays, une forme traditionnelle
de mariage existe, arrangé entre familles et
souvent célébré en différentes étapes. Dans
d’autres pays au contraire, ils sont de plus
en plus nombreux ceux qui, après avoir
vécu ensemble pendant longtemps,
demandent à célébrer leur mariage à
l’église. La simple cohabitation est souvent
choisie du fait de la mentalité dominante
contraire aux institutions et aux
engagements définitifs, mais aussi à cause
de l’attente d’une certaine sécurité pour
vivre (un travail et un salaire fixe). Dans
d’autres pays enfin, les unions de fait sont
de plus en plus nombreuses, non seulement
à cause du rejet des valeurs de la famille et
du mariage, mais également parce que se
marier est perçu comme un luxe : des
conditions sociales difficiles marquées par
la misère matérielle poussent vers ces
unions de fait. Toutes ces situations doivent
être abordées de manière constructive, en
cherchant à les transformer en opportunités
de chemin de conversion vers la plénitude
du mariage et de la famille à la lumière de
l’Évangile. ¦213-47¦
71. Le choix du mariage civil ou parfois de
la simple cohabitation, n’est dans la plupart
des cas pas motivé par des préjugés ou des
résistances vis-à-vis de l’union
sacramentelle, mais par des raisons
culturelles ou contingentes. Dans beaucoup
de cas, la décision de vivre ensemble est le
signe d’une relation qui se place vraiment
dans une perspective de stabilité. Cette
volonté, qui se traduit dans un lien durable,
fiable et ouvert à la vie, peut être considérée
comme un engagement sur lequel greffer un
chemin vers le sacrement du mariage,
découvert alors comme le dessein de Dieu
sur sa vie. Le chemin de croissance qui peut
conduire au mariage sacramentel sera
encouragé par la reconnaissance des
caractéristiques de l’amour généreux et
durable : le désir de chercher le bien de
l’autre avant le sien ; l’expérience du
pardon demandé et accordé ; l’aspiration à
construire une famille non refermée sur
elle-même mais ouverte au bien de la
communauté ecclésiale et de la société tout
entière. Tout au long de ce parcours, on
pourra valoriser ces signes d’amour qui
correspondent justement à ce reflet de
l’amour de Dieu dans un authentique projet
conjugal. ¦218-42¦
37
72. Les problématiques relatives aux
mariages mixtes requièrent une attention
particulière. Les mariages entre des
catholiques et d’autres baptisés
« présentent, tout en ayant une physionomie
particulière, de nombreux éléments qu’il est
bon de valoriser et de développer, soit pour
leur valeur intrinsèque, soit pour la
contribution qu’ils peuvent apporter au
mouvement oecuménique ». À cette fin, « on
recherchera (…) une cordiale collaboration
entre le ministre catholique et le ministre
non catholique, dès le moment de la
préparation au mariage et des noces »
(FC, 78) (40). Au sujet du partage
eucharistique, on rappelle que « la décision
d’admettre ou non la partie non-catholique
du mariage à la communion eucharistique,
est à prendre en accord avec les normes
générales existant en la matière, tant pour
les chrétiens orientaux que pour les autres
chrétiens, et en tenant compte de cette
situation particulière de la réception du
sacrement de mariage chrétien par deux
chrétiens baptisés. Bien que les époux d’un
mariage mixte aient en commun les
sacrements du baptême et du mariage, le
partage eucharistique ne peut être
qu’exceptionnel et l’on doit, en chaque cas,
observer les normes rapportées ci-dessus
(…) (Conseil pontifical pour la promotion
de l’unité des chrétiens, Directoire pour
l’application des principes et des normes
sur l’oecuménisme, 25 mars 1993, 159-160)
(41). ¦229-29¦
73. Les mariages avec une différence de
culte constituent un lieu privilégié de
dialogue interreligieux dans la vie
quotidienne et peuvent être un signe
d’espérance pour la communauté religieuse,
spécialement là où existent des situations de
tension. Les membres du couple partagent
leurs différentes expériences spirituelles, ou
une démarche de recherche religieuse si
l’un des deux n’est pas croyant (cf. 1 Cor 7,
14). Les mariages avec une différence de
culte comportent certaines difficultés
particulières, que ce soit par rapport à
l’identité chrétienne de la famille ou à
l’éducation religieuse des enfants. Les
époux sont appelés à transformer toujours
davantage le sentiment initial d’attraction
en un désir sincère du bien de l’autre. Cette
ouverture transforme aussi l’appartenance
religieuse différente en une opportunité
d’enrichissement de la qualité spirituelle
des relations. Le nombre de familles
reposant sur des unions conjugales qui
présentent une disparité de culte est de plus
en plus important dans les pays de mission
mais aussi dans les pays de tradition
chrétienne plus ancienne ; cela amplifie
l’urgence de proposer une approche
pastorale différenciée selon les différents
contextes sociaux et culturels. Dans certains
pays, là où la liberté religieuse n’existe pas,
l’époux chrétien est obligé de passer à une
autre religion pour pouvoir se marier, et ne
peut célébrer un mariage canonique avec
différence de culte ni baptiser ses enfants.
Nous devons néanmoins réaffirmer la
nécessité que la liberté religieuse soit
respectée pour tous. ¦236-24¦
74. Les mariages mixtes et les mariages
avec une disparité de culte offrent des
potentialités fécondes mais aussi de
multiples situations critiques qui ne sont
pas faciles à résoudre, davantage au niveau
pastoral qu’au niveau normatif, telles que
l’éducation religieuse des enfants, la
participation à la vie liturgique du conjoint,
ou le partage de l’expérience spirituelle.
Pour affronter de façon constructive cette
diversité en matière de foi, il faut porter une
attention particulière aux personnes qui
s’unissent dans de tels mariages, et pas
uniquement avant le mariage. Les couples
et les familles dans lesquels l’un des époux
est catholique et l’autre est non-croyant
affrontent des défis particuliers. Dans de
tels cas, il faut témoigner de la capacité de
l’Évangile à s’adapter à ces situations pour
rendre possible l’éducation des enfants à la
foi chrétienne. ¦223-36¦
75. Une difficulté particulière existe pour
l’accès au baptême des personnes qui se
trouvent dans une situation matrimoniale
38
complexe. Il s’agit de personnes qui ont
contracté une union matrimoniale stable à
un moment où au moins l’un des deux ne
connaissait pas la foi chrétienne. Les
évêques sont appelés à exercer dans ces
situations un discernement pastoral
proportionné à leur bien spirituel. ¦205-52¦
76. L’Église calque son attitude sur celle du
Seigneur Jésus qui, dans un amour sans
limites, s’est offert pour toute personne sans
exception (MV, 12) (42). Au sujet des
familles qui vivent l’expérience d’avoir en
leur sein des personnes à tendance
homosexuelle, l’Église réaffirme que toute
personne, indépendamment de ses
tendances sexuelles, doit être respectée dans
sa dignité et écoutée avec respect, en
prenant soin d’éviter « toute marque de
discrimination injuste » (Congrégation pour
la doctrine de la foi, Considérations à
propos des projets de reconnaissance
juridique des unions entre personnes
homosexuelles, 4) (43). Une attention
spéciale doit aussi être réservée à
l’accompagnement des familles dans
lesquelles vivent des personnes à tendance
homosexuelle. Au sujet des projets visant à
rendre équivalentes au mariage les unions
entre personnes homosexuelles, « il n’y a
aucun fondement pour assimiler ou établir
des analogies, même lointaines, entre les
unions homosexuelles et le dessein de Dieu
sur le mariage et la famille » (ibid.). Le
Synode considère quoi qu’il en soit comme
inacceptable que les Églises locales
subissent des pressions en la matière et que
les organismes internationaux conditionnent
leurs aides financières aux pays pauvres à
l’introduction de lois qui instituent le
« mariage » entre personnes de même sexe.
¦221-37¦
L’accompagnement
dans diverses situations
77. L’Église fait siennes, dans un partage
plein d’affection, les joies et les espérances,
les douleurs et les angoisses de toutes les
familles. Être proche des familles comme
un compagnon de route signifie, pour
l’Église, d’adopter une attitude savamment
différenciée : parfois il est nécessaire de se
tenir à côté et d’écouter en silence ; dans
d’autres cas, il faut passer devant pour
montrer la voie à parcourir ; dans d’autres
encore, il faut suivre, soutenir et
encourager. « L’Église devra initier ses
membres – prêtres, personnes consacrées et
laïcs – à cet “art de l’accompagnement”,
pour que tous apprennent toujours à ôter
leurs sandales devant la terre sacrée de
l’autre (cf. Ex 3, 5). Nous devons donner à
notre chemin le rythme salutaire de la
proximité, avec un regard respectueux et
plein de compassion mais qui en même
temps guérit, libère et encourage à mûrir
dans la vie chrétienne » (EG, 169) (44).
C’est la paroisse qui offre la contribution
principale à la pastorale familiale. Elle est
une famille de familles, dans laquelle se
crée une harmonie entre ce qu’apportent les
apports de petites communautés,
associations et mouvements ecclésiaux.
L’accompagnement requiert des prêtres
spécialement préparés, et la création de
centres spécialisés où prêtres, religieux et
laïcs apprennent à prendre soin de toutes les
familles, avec une attention particulière
envers celles qui sont en difficulté. ¦247-11¦
78. Il apparaît comme particulièrement
urgent de mettre en place un ministère
dédié à ceux dont la relation matrimoniale
s’est brisée. Le drame de la séparation se
produit souvent au terme de longues
périodes de conflits, qui font retomber sur
les enfants les plus grandes souffrances. La
solitude du conjoint abandonné, ou qui a été
contraint d’interrompre une vie commune
marquée par de mauvais traitements de
façon grave et continue, demande un soin
particulier de la part de la communauté
chrétienne. La prévention et le soin dans les
cas de violence familiale requièrent une
collaboration étroite avec la justice pour
agir contre les personnes responsables et
protéger comme il le faut les victimes. Il est
en outre important de promouvoir la
protection des mineurs contre les abus
39
sexuels. Dans l’Église, sur ces sujets, c’est
la tolérance zéro qui doit être maintenue, en
plus de l’accompagnement des familles. Il
semblerait en outre opportun de prendre en
considération les familles dans lesquelles
certains membres ont des activités
comportant des exigences particulières,
comme les militaires, qui se trouvent en
situation de séparation matérielle et
d’éloignement physique prolongé de leur
famille, avec toutes les conséquences que
cela comporte. Au retour de théâtres de
conflits, il n’est pas rare qu’ils soient
atteints par des syndromes posttraumatiques
et touchés dans leur
conscience, ce qui fait naître chez eux de
graves questions morales. Une attention
pastorale particulière est ici nécessaire.
¦250-8¦
79. L’expérience de l’échec du mariage est
toujours douloureuse pour tous. Ce même
échec peut d’un autre côté être une occasion
de réflexion, de conversion, une occasion
de se confier à Dieu : en prenant conscience
de ses propres responsabilités, chacun peut
retrouver en Dieu confiance et espérance.
« Du coeur de la Trinité, du plus profond du
mystère de Dieu, jaillit et coule sans cesse
le grand fleuve de la miséricorde. Cette
source ne sera jamais épuisée pour tous
ceux qui s’en approcheront. Chaque fois
qu’on en aura besoin, on pourra y accéder,
parce que la miséricorde de Dieu est sans
fin » (MV, 25) (45). Le pardon face à
l’injustice subie n’est pas facile, mais c’est
un chemin que la grâce rend possible. D’où
la nécessité d’une pastorale de la
conversion et de la réconciliation au travers
de centres d’écoute et de médiation dédiés à
mettre en place dans les diocèses. Il faut
quoi qu’il en soit promouvoir la justice
envers toutes les parties touchées par
l’échec du mariage (époux et enfants). La
communauté chrétienne et ses pasteurs ont
le devoir de demander aux époux séparés et
divorcés de se traiter avec respect et
miséricorde, en particulier pour le bien des
enfants à qui il ne faut pas causer davantage
de souffrances. Les enfants ne sauraient être
objets de disputes et il faut rechercher les
meilleurs moyens pour leur permettre de
dépasser le traumatisme de la scission
familiale et grandir de la façon la plus
sereine possible. L’Église devra en tout cas
toujours mettre en évidence l’injustice qui
dérive si souvent des situations de divorce.
¦246-14¦
80. Les familles monoparentales ont des
origines diverses : mères ou pères
biologiques qui n’ont jamais voulu
s’intégrer dans la vie familiale, situations de
violence qu’un des parents a dû fuir avec
ses enfants, mort de l’un des parents,
abandon de la famille de la part d’un des
parents, ou autres situations. Quelle que soit
la cause, le parent qui habite avec les
enfants doit trouver soutien et réconfort
auprès des autres familles qui forment la
communauté chrétienne, ainsi qu’auprès
des organismes pastoraux de la paroisse.
Ces familles sont souvent par la suite
touchées par de graves problèmes
économiques, par l’incertitude liée à un
travail précaire, par la difficulté de subvenir
aux besoins des enfants, par des problèmes
de logement. La même sollicitude pastorale
devra être manifestée envers les personnes
veuves, les filles-mères et leurs enfants.
¦253-6¦
81. Quand les époux sont confrontés à des
problèmes dans leurs relations, ils doivent
pouvoir compter sur l’aide et
l’accompagnement de l’Église. L’expérience
montre que, avec une aide adaptée et avec
l’action de réconciliation de la grâce de
l’Esprit Saint, une part importante des crises
de couple sont dépassées de façon
satisfaisante. Savoir pardonner et se sentir
pardonné est une expérience fondamentale
dans la vie familiale. Le pardon entre les
époux permet de redécouvrir la vérité d’un
amour qui est pour toujours et ne passera
jamais (cf. 1 Cor 13, 8). Dans le domaine des
relations familiales, la nécessité de la
réconciliation est quasi quotidienne. Les
incompréhensions dues aux relations avec les
familles d’origine, les conflits entre habitudes
40
culturelles et religieuses différentes, les
divergences concernant l’éducation des
enfants, l’angoisse face aux difficultés
économiques, la tension qui surgit suite à des
situations de dépendance ou de perte d’un
travail : ce sont quelques-uns des motifs
récurrents de tensions et de conflits. L’art
difficile de la réconciliation, qui nécessite le
soutien de la grâce, a besoin de la
collaboration généreuse de parents et d’amis,
et parfois également d’une aide externe et
professionnelle. Dans les cas les plus
douloureux, comme celui de l’infidélité
conjugale, une véritable oeuvre de réparation
est nécessaire, pour laquelle il faut se rendre
disponible. Une alliance blessée peut être
guérie : c’est à cette espérance qu’il faut se
former, dès la préparation au mariage.
L’action de l’Esprit Saint est fondamentale
pour le soin des personnes et des familles
blessées, ainsi que la réception du sacrement
de la réconciliation et la nécessité de
cheminements spirituels accompagnés par
des ministres experts en la matière. ¦253-7¦
82. Pour beaucoup de fidèles qui ont vécu
une expérience de mariage malheureuse, une
voie possible est de vérifier la validité de
leur mariage. Les récents Motu proprio Mitis
Iudex Dominus Iesus et Misericors Iesus ont
conduit à une simplification des procédures
pour les éventuelles déclarations en nullité
de mariage. Par ces textes, le Saint-Père a
voulu également « mettre en évidence [le
fait] que l’évêque lui-même dans son Église,
dont il est constitué pasteur et chef, est par
cela même, juge des fidèles qui lui sont
confiés (MI, préambule, III). La publication
de ces documents donne donc une grande
responsabilité aux Ordinaires diocésains, qui
sont appelés à juger eux-mêmes des causes
et, de toute façon, à assurer aux fidèles un
accès plus facile à la justice. Cela implique
la préparation d’un personnel suffisant,
composé de clercs et de laïcs, qui se
consacrent de façon prioritaire à ce service
ecclésial. Il sera cependant nécessaire de
mettre à la disposition des personnes
séparées ou des couples en difficulté un
service d’information, de conseil et de
médiation, lié à la pastorale familiale, qui
pourra aussi accueillir les personnes en vue
de l’enquête préliminaire au procès en
nullité (cf. MI, Art. 2-3). ¦244-16¦
83. Le témoignage de ceux qui, malgré les
conditions difficiles, n’entament pas une
nouvelle union, restant fidèles au lien
sacramentel, mérite reconnaissance et
soutien de la part de l’Église. Celle-ci veut
leur montrer le visage d’un Dieu fidèle à
son amour et toujours capable de redonner
force et espérance. Les personnes séparées
ou divorcées mais non remariées, qui sont
souvent des témoins de la fidélité
matrimoniale, doivent être encouragées à
trouver dans l’eucharistie la nourriture qui
les soutiendra dans leur situation. ¦248-12¦
Discernement et intégration
84. Les baptisés qui sont divorcés et remariés
civilement doivent être davantage intégrés à
la communauté chrétienne selon les
différentes façons possibles, en évitant toute
occasion de scandale. La logique de
l’intégration est la clé de leur
accompagnement pastoral, afin qu’ils sachent
non seulement qu’ils appartiennent au corps
du Christ qu’est l’Église, mais qu’ils puissent
aussi en avoir une joyeuse et féconde
expérience. Ce sont des baptisés, ce sont des
frères et des soeurs, l’Esprit Saint déverse en
eux des dons et des charismes pour le bien de
tous. Leur participation peut s’exprimer dans
divers services ecclésiaux : il convient donc
de discerner quelles sont, parmi les diverses
formes d’exclusion actuellement pratiquées
dans les domaines liturgique, pastoral,
éducatif et institutionnel, celles qui peuvent
être dépassées. Non seulement ils ne doivent
pas se sentir excommuniés, mais ils doivent
pouvoir vivre et grandir comme membres
vivants de l’Église, sentant en elle une mère
qui les accueille toujours, prend soin de leurs
sentiments, et les encourage sur le chemin de
la vie et de l’Évangile. Cette intégration est
aussi nécessaire pour le soin et l’éducation
chrétienne de leurs enfants, qui doivent être
considérés comme les plus importants. Pour
41
la communauté chrétienne, prendre soin de
ces personnes ne constitue pas un
affaiblissement de la foi et du témoignage sur
l’indissolubilité du mariage : au contraire, par
cette attention justement, l’Église exprime sa
charité. ¦187-72¦
85. Saint Jean-Paul II nous a offert un
critère général qui reste la base pour
l’évaluation de ces situations : « Les
pasteurs doivent savoir que, par amour de la
vérité, ils ont l’obligation de bien discerner
les diverses situations. Il y a en effet une
différence entre ceux qui se sont efforcés
avec sincérité de sauver un premier mariage
et ont été injustement abandonnés, et ceux
qui par une faute grave ont détruit un
mariage canoniquement valide. Il y a enfin
le cas de ceux qui ont contracté une seconde
union en vue de l’éducation de leurs
enfants, et qui ont parfois, en conscience, la
certitude subjective que le mariage
précédent, irrémédiablement détruit, n’avait
jamais été valide » (FC, 84) (46). Il est donc
du devoir des prêtres d’accompagner les
personnes concernées sur la voie du
discernement selon l’enseignement de
l’Église et les orientations de l’évêque.
Dans ce processus, il sera utile de faire un
examen de conscience, par des moments de
réflexion et de pénitence. Les divorcés
remariés devraient se demander comment
ils se sont comportés vis-à-vis de leurs
enfants quand leur union conjugale est
entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de
réconciliation ; quelle est la situation du
conjoint abandonné ; quelles conséquences
a la nouvelle relation sur le reste de la
famille et la communauté des fidèles ; quel
exemple elle offre aux jeunes qui doivent se
préparer au mariage. Une réflexion sincère
peut renforcer la confiance dans la
miséricorde de Dieu qui ne doit être refusée
à personne.
En outre on ne peut nier que dans certaines
circonstances « l’imputabilité et la
responsabilité d’une action peuvent être
diminuées voire supprimées » (CEC, 1735)
du fait de divers conditionnements. En
conséquence, le jugement sur une situation
objective ne doit pas mener à un jugement
sur « l’imputabilité subjective » (Conseil
pontifical pour les textes législatifs,
Déclaration du 24 juin 2000, 2a) (47). Dans
certaines circonstances, les personnes
rencontrent de grandes difficultés à agir
différemment. Tout en maintenant une
norme générale, il est donc nécessaire de
reconnaître que la responsabilité par rapport
à certaines actions ou décisions n’est pas la
même dans tous les cas. Le discernement
pastoral, en tenant compte de la conscience
de chacun formée de façon droite, doit
prendre en charge ces situations. Il en est de
même pour les conséquences des actes
accomplis, qui ne sont pas nécessairement
les mêmes dans tous les cas. ¦178-80¦
86. Le parcours d’accompagnement et de
discernement oriente ces fidèles vers la
prise de conscience de leur situation devant
Dieu. La discussion avec le prêtre, dans le
for interne, concourt à la formation d’un
jugement correct sur ce qui fait obstacle à la
possibilité d’une participation plus pleine à
la vie de l’Église et sur les étapes qui
peuvent la favoriser et la faire grandir. Dans
la mesure où il n’y a pas de gradualité dans
cette loi (cf. FC, 34) (48), ce discernement
ne pourra jamais faire abstraction des
exigences de vérité et de charité de
l’Évangile proposées par l’Église. Pour que
cela se produise, il faut garantir les
conditions nécessaires d’humilité, de
discrétion, d’amour de l’Église et de son
enseignement, dans la recherche sincère de
la volonté de Dieu et dans le désir de lui
répondre de façon plus parfaite. ¦190-64¦
Chapitre IV – Famille
et évangélisation
La spiritualité familiale
87. La famille, dans sa vocation et sa
mission, est vraiment un trésor de l’Église.
Cependant, comme l’affirme saint Paul en
parlant de l’Évangile, « nous portons ce
42
trésor comme dans des vases d’argile ». Sur
la porte d’entrée de la vie de la famille,
affirme le pape François, « trois mots sont
écrits (…) : « S’il te plaît », « merci »,
« pardon ». En effet, ces mots ouvrent la
voie pour bien vivre en famille, pour vivre
en paix. Ce sont des mots simples, mais pas
si simples à mettre en pratique ! Ils
contiennent une grande force : la force de
protéger la maison, également à travers
mille difficultés et épreuves ; en revanche
leur absence, peu à peu, ouvre des failles
qui peuvent aller jusqu’à son effondrement
(François, audience générale, 13 mai 2015).
L’enseignement des papes invite à
approfondir la dimension spirituelle de la
vie familiale à partir de la redécouverte de
la prière en famille et de l’écoute en
commun de la parole de Dieu, dont jaillit
l’engagement de charité. L’eucharistie est la
principale nourriture de la vie spirituelle de
la famille, spécialement le jour du
Seigneur ; c’est le signe de son profond
enracinement dans la communauté
ecclésiale (cf. Jean-Paul II, Dies Domini,
52 ; 66) (49). La prière domestique, la
participation à la liturgie et la pratique de la
dévotion populaire et mariale sont des
moyens efficaces de rencontre avec Jésus-
Christ et d’évangélisation de la famille.
Cela mettra en évidence la vocation
spéciale des époux à réaliser, avec la grâce
de l’Esprit Saint, leur sainteté à travers la
vie matrimoniale, en participant aussi au
mystère de la croix du Christ, qui
transforme les difficultés et les souffrances
en don d’amour. ¦255-3¦
88. En famille, la tendresse est le lien qui
unit les parents entre eux et avec les
enfants. Tendresse veut dire donner avec
joie et susciter en l’autre la joie de se sentir
aimé. Elle s’exprime en particulier en se
tournant avec attention et délicatesse vers
l’autre dans ses limites, en particulier quand
elles apparaissent de manière évidente.
Traiter avec délicatesse et respect signifie
soigner les blessures et redonner
l’espérance, afin de raviver en l’autre la
confiance. La tendresse dans les rapports
familiaux est la vertu quotidienne qui aide à
dépasser les conflits intérieurs et
relationnels. Le pape François nous invite à
réfléchir là-dessus : « Avons-nous le
courage d’accueillir avec tendresse les
situations difficiles et les problèmes de
celui qui est à côté de nous, ou bien
préférons-nous les solutions
impersonnelles, peut-être efficaces mais
dépourvues de la chaleur de l’Évangile ?
Combien le monde a besoin de tendresse
aujourd’hui ! Patience de Dieu, proximité
de Dieu, tendresse de Dieu » (Homélie à
l’occasion de la messe de la nuit pour la
solennité de la nativité du Seigneur,
24 décembre 2014). ¦252-4¦
La famille, sujet de la pastorale
89. Si la famille chrétienne veut être fidèle
à sa mission, elle doit bien comprendre
quelle est sa source : elle ne peut
évangéliser sans être évangélisée. La
mission de la famille recouvre l’union
féconde des époux, l’éducation des enfants,
le témoignage des sacrements, la
préparation des autres couples au mariage et
l’accompagnement amical de ces couples et
familles qui rencontrent des difficultés.
D’où l’importance d’un effort
d’évangélisation et de catéchisme au sein de
la famille. À ce sujet, il faut veiller à
valoriser les couples, les mères et les pères
en tant qu’acteurs actifs de la catéchèse,
spécialement en ce qui concerne les enfants,
en collaboration avec les prêtres, les
diacres, les personnes consacrées et les
catéchistes. Cet effort démarre dès les
premières fréquentations du couple. La
catéchèse familiale est d’une grande aide,
elle est une méthode efficace pour former
les jeunes parents et leur faire prendre
conscience de leur mission en tant
qu’évangélisateurs de leur propre famille.
En outre, il est très important de souligner
le lien entre expérience familiale et
initiation chrétienne. Toute la communauté
chrétienne doit devenir le lieu dans lequel
les familles naissent, se rencontrent et
confrontent leurs expériences, cheminant
43
dans la foi et vivant ensemble des parcours
de croissance et d’échange réciproque.
¦257-2¦
90. L’Église doit insuffler dans les familles
un sens d’appartenance ecclésiale, un sens
du « nous » dans lequel aucun membre n’est
oublié. Tous doivent être encouragés à
développer leurs propres capacités et à
réaliser leur projet de vie au service du
Royaume de Dieu. Chaque famille, insérée
dans le cadre ecclésial, redécouvre la joie
de la communion avec d’autres familles
pour servir le bien commun de la société, en
promouvant une politique, une économie et
une culture au service de la famille, à
travers aussi l’utilisation des réseaux
sociaux et des médias. La création de
petites communautés de familles est
souhaitable, comme témoins vivants des
valeurs évangéliques. On ressent le besoin
de préparer, former et responsabiliser
quelques familles qui puissent accompagner
les autres à vivre chrétiennement. Il faut
aussi rappeler l’action des familles qui se
rendent disponibles pour vivre la mission
ad gentes et les encourager. Enfin, il faut
signaler l’importance de relier la pastorale
des jeunes à la pastorale familiale. ¦255-5¦
Le rapport avec les cultures
et les institutions
91. L’Église « qui a connu au cours des
temps des conditions d’existence variées, a
utilisé les ressources des diverses cultures
pour répandre et exposer par sa prédication
le message du Christ à toutes les nations,
pour mieux le découvrir et mieux
l’approfondir, pour l’exprimer plus
parfaitement dans la célébration liturgique
comme dans la vie multiforme de la
communauté des fidèles » (GS, 58). Il est
donc important de tenir compte de ces
cultures et de respecter chacune d’elles dans
ses particularités propres. Il faut aussi
rappeler ce qu’écrivait le bienheureux
Paul VI : « La rupture entre Évangile et
culture est sans doute le drame de notre
époque, comme ce fut aussi celui d’autres
époques. Aussi faut-il faire tous les efforts
en vue d’une généreuse évangélisation de la
culture, plus exactement des cultures » (EN,
20) (50). La pastorale du mariage et de la
famille demande de reconnaître ces
éléments positifs que l’on rencontre dans
les différentes réalités religieuses et
culturelles, qui représentent une
praeparatio evangelica. Dans la rencontre
avec les cultures cependant, une
évangélisation attentive aux exigences de la
promotion humaine de la famille ne pourra
pas échapper à la dénonciation sans
équivoque des conditionnements culturels,
sociaux, politiques et économiques.
L’hégémonie croissante de la logique de
marché, qui affecte les lieux et le temps qui
devraient être consacrés à une authentique
vie familiale, concourt aussi à aggraver les
discriminations, la pauvreté, l’exclusion, la
violence. Parmi les différentes familles qui
basculent dans l’indigence économique, à
cause du chômage et du travail précaire ou
à cause de l’absence d’une assistance
sanitaire et sociale, il arrive souvent que
certaines, ne pouvant accéder au crédit
bancaire, se retrouvent victimes de taux
d’intérêt usuriers, et se voient parfois
obligées d’abandonner leurs maisons, et
jusqu’à leurs enfants. Face à ces situations,
nous suggérons que soient créées des
structures économiques offrant un soutien
adapté pour aider ces familles ou favorisant
la solidarité familiale et sociale. ¦248-12¦
92. La famille est « la cellule première et
vitale de la société » (AA, 11). Elle doit
redécouvrir sa vocation qui est de soutenir
la vie sociale dans toutes ses dimensions. Il
est indispensable que les familles, en
unissant leurs forces, trouvent les moyens
d’interagir avec les institutions politiques,
économiques et culturelles, afin d’édifier
une société plus juste. C’est pour cela que
doivent être développés le dialogue et la
coopération avec les structures sociales, et
que les laïcs qui s’engagent, en tant que
chrétiens, dans les domaines culturels et
socio-politiques doivent être encouragés et
soutenus. La politique doit respecter de
44
façon particulière le principe de subsidiarité
et ne pas limiter les droits des familles. Il
est important à ce sujet de se référer à la
Charte des droits de la famille (cf. Conseil
pontifical pour la famille, 22 octobre 1983)
(51) et la Déclaration universelle des droits
de l’homme (10 décembre 1948). Pour les
chrétiens qui agissent en politique,
l’engagement pour la vie et la famille doit
être une priorité, car une société qui néglige
la famille a perdu son ouverture à l’avenir.
Les associations familiales impliquées dans
le travail commun avec des groupes
d’autres traditions chrétiennes, ont parmi
leurs objectifs principaux, entre autres, la
promotion et la défense de la vie et de la
famille, de la liberté d’éducation et de la
liberté religieuse, d’un équilibre entretemps
de travail et temps consacré à la
famille, la défense des femmes dans le
monde du travail, la protection du droit à
l’objection de conscience. ¦256-4¦
L’ouverture à la mission
93. La famille des baptisés est par nature
missionnaire et fait grandir sa foi en la
donnant aux autres, et en premier lieu à ses
enfants. Le simple fait de vivre la
communion familiale constitue sa première
forme d’annonce. En effet l’évangélisation
commence par la famille, dans laquelle ne
se transmet pas seulement la vie physique
mais aussi la vie spirituelle. Le rôle des
grands-parents dans la transmission de la
foi et des pratiques religieuses ne doit pas
être oublié : ils sont les témoins du lien
entre les générations, les gardiens de
traditions pétries de sagesse, de prière et
d’exemplarité. La famille se constitue ainsi
comme sujet de l’action pastorale à travers
l’annonce explicite de l’Évangile et
l’héritage de multiples formes de
témoignages : la solidarité envers les
pauvres ; l’ouverture à la diversité des
personnes ; la protection de la création ; la
solidarité morale et matérielle envers les
autres familles, en particulier celles qui sont
le plus dans le besoin ; enfin l’implication
pour la promotion du bien commun via
notamment la transformation de structures
sociales injustes, tout cela à l’endroit où
elle vit, par ses oeuvres de miséricorde
d’ordre corporel et spirituel. ¦255-2¦
Conclusion
94. Tout au long de cette assemblée, nous,
les Pères synodaux, réunis autour du pape
François, avons expérimenté la tendresse et
la prière de toute l’Église, nous avons
cheminé comme les disciples d’Emmaüs et
reconnu la présence du Christ dans la
fraction du pain à la table eucharistique,
dans la communion fraternelle, dans le
partage des expériences pastorales. Nous
souhaitons que le fruit de ce travail,
maintenant remis entre les mains du
successeur de Pierre, donne espérance et
joie à de nombreuses familles à travers le
monde, qu’elle donne une direction aux
pasteurs et aux acteurs de la pastorale, et un
encouragement à l’oeuvre d’évangélisation.
En conclusion de ce Rapport, nous
demandons humblement au Saint-Père qu’il
réfléchisse à l’opportunité de publier un
document sur la famille afin qu’en elle,
cette Église domestique, resplendisse
toujours davantage du Christ, lumière du
monde. ¦253-5¦
Prière à la Sainte Famille
Jésus, Marie et Joseph
en vous nous contemplons
la splendeur de l’amour véritable,
à vous nous nous adressons avec confiance.
Sainte Famille de Nazareth,
fais aussi de nos familles
des lieux de communion
et des cénacles de prière,
des écoles authentiques de l’Évangile
et des petites Églises domestiques.
Sainte Famille de Nazareth,
que jamais plus dans les familles
on ne fasse l’expérience
de la violence, de la fermeture
et de la division :
que quiconque a été blessé ou scandalisé
45
connaisse rapidement
consolation et guérison.
Sainte Famille de Nazareth,
réveille en tous la conscience
du caractère sacré
et inviolable de la famille,
sa beauté dans le projet de Dieu.
Jésus, Marie et Joseph
écoutez-nous, exaucez notre prière.
Amen.
Notes
(1) DC 2014, n. 2513, p. 38-39.
(2) DC 2014, n. 2513, p. 61.
(3) DC 2015, n. 2519, p. 5-71.
(4) DC 1991, n. 2029, p. 537-538.
(5) DC 2015, n. 2519, p. 6-7, 46-47.
(6) Ibid., p. 61.
(7) DC 2001, n. 2239, p. 13-14.
(8) DC 2012, n. 2497, p. 848.
(9) DC 2006, n. 2352, p. 169-170.
(10) DC 1987, n. 1939, p. 351-352.
(11) DC 1995, n. 2114, p. 378-379.
(12) DC 2015, n. 2519, p. 77-78.
(13) DC 1982, n. 1821, p. 3.
(14) DC 1979, n. 1758, p. 162-163.
(15) DC 1964, n. 1417, col. 173-176.
(16) DC 1980, n. 1797, p. 1083.
(17) DC 1968, n. 1523, col. 1446.
(18) DC 1976, n. 1689, p. 16.
(19) DC 1982, n. 1821, p. 5-6.
(20) DC 2006, n.2352, p.167.
(21) Ibid., p. 171-172.
(22) DC 2009, n. 2429, p.775-776.
(23) DC 2014, n. 2513, p. 6.
(24) Ibid., p. 24.
(25) DC 1968, n. 1523, col. 1447.
(26) DC 2014, n. 2513, p. 18-19.
(27) DC 1982, n. 1821, p. 32-33.
(28) DC 2015, n.2519, p. 84-85.
(29) Ibid. p. 82-83.
(30) DC 2014, n. 2513, p. 38-39.
(31) Ibid. p. 13.
(32) DC 1982, n. 1821, p. 24-25.
(33) DC 1993, n. 2021, p. 920-924.
(34) DC 1968, n. 1523, col. 1446-1449.
(35) DC 1982, n. 1821, p. 5 ; 10-14.
(36) DC 1968, n. 1523, col. 1446-1447.
(37) DC 2014, n. 2513, p. 21.
(38) DC 1995, n. 2114, p. 380-381.
(39) DC 1982, n. 1821, p. 16 ; DC 1995, n.
2114, p. 397-398.
(40) DC 1982, n. 1821, p. 30-31.
(41) DC 1993, n. 2075, p. 633-634.
(42) DC 2015, n. 2519, p. 9.
(43) DC 2003, n. 2298, p. 799.
(44) DC 2014, n. 2513, p. 51-52.
(45) DC 2015, n. 2519, p. 84-85.
(46) DC 1982, n. 1821, p. 32-33.
(47) DC 2000, n. 2231, p. 716.
(48) DC 1982, n. 1821, p. 13-14.
(49) DC 1998, n. 2186, p. 672-675.
(50) DC 1976, n. 1689, p. 4-5.
(51) DC 1983, n. 1864, p. 1153-1157.