premières réactions

Le Synode s’achève sur une victoire importante
pour le pape François

Au terme de trois semaines de débats, le pape a la possibilité d’ouvrir, au cas par cas,
la communion pour les divorcés-remariés.
JEAN-MARIE GUENOIS 24/10/15 – LE FIGARO
© Alessandra Tarantino/AP Le pape François ce samedi.
Les évêques réunis en Synode à Rome depuis trois semaines sur les questions du mariage et de la famille ont voté à plus des deux tiers requis, tous les articles du document final qui, si le pape François le confirmait, pourrait ouvrir, au cas par cas, la communion pour les divorcés-remariés.
Ce vote marque une victoire importante du pape réformateur après le refus, l’an passé, lors de la première session du même synode, d’une partie des évêques, d’avancer vers cette ouverture en direction des divorcés-remariés.
L’article 85 du document portait sur l’admission des divorcés remariés à la communion et sous certains conditions. Sur les 94 articles c’est celui qui a reçu le moins de suffrages – avec 178 votes pour et 80 votes contre – mais qui passe toutefois la majorité des deux tiers, fixée à 177 voix pour 265 votants.
Sans être le sujet central de cette assemblée mondiale d’évêques, la question des divorcés-remariés en a été le sujet le plus brûlant et le plus disputé.
Loin d’un feu vert pour toutes les situations, c’est la proposition des évêques allemands qui a fini par emporter l’adhésion d’au moins les deux tiers du synode même si l’opposition à cette évolution a été très puissante pendant tout le temps des débats. Et le demeurera, en particulier de la part des épiscopats africains et polonais.
Le groupe germanophone a en effet proposé de mettre au point une série de «critères» pour évaluer – sous la responsabilité de l’évêque local – l’histoire de chaque couple de divorcés remariés qui seraient réellement motivés pour accéder aux sacrements de l’Eglise. Ensemble ils pourraient décider de leur admission à la confession et à la communion. Il s’agirait, à chaque fois, insiste-t-on à Rome, l’œuvre d’un «discernement» spécifique.
Le synode a donc transmis officiellement au pape ce «document final» et il reste à François la charge de décider de la mise en œuvre de cette nouvelle pastorale de l’Eglise qui contient toutefois de profonds germes de divisions au sein des communautés.
Mais il ne fait pas de doute que François ira dans le sens de cette ouverture puisqu’il l’a souhaitée, dès le début de son pontificat, convoquant en fait ce synode, pour faire passer cette mesure.
Le pape pourrait s’exprimer dans une «lettre apostolique» ou une «exhortation post synodale» ou sous une autre forme, il est souverain dans la modalité, qui pourrait être publiées au cours de «l’année jubilaire de la miséricorde» qu’il va ouvrir à Rome le 8 décembre 2015 pour aider l’Eglise à changer sa culture.
Ce qu’un évêque belge, Mgr Van Looy, résumait d’une formule: «c’est la fin du jugement des personnes. C’est la fin d’une Eglise qui juge et le début d’une Eglise qui écoute, qui parle. Nous avons une Eglise de tendresse envers tous. Cela pourrait être le début d’une Eglise nouvelle.»
Le synode ouvre la voie au « discernement »
pour les divorcés remariés
Les pères synodaux ont adopté le document final du Synode sur la famille
24/10/15 –Céline Hoyeau et Sébastien Maillard (à Rome) – LA CROIX
Sans changer la doctrine, le texte laisse ouverte la possibilité aux divorcés remariés d’accéder aux sacrements après un discernement accompagné et selon des critères
Le Synode demande un document sur la famille au pape François, qui a conclu l’assemblée par un discours orienté sur la miséricorde
Le Synode sur la famille a conclu ses travaux par l’adoption d’un texte plus ouvert qu’attendu.
Après trois semaines de débats parfois vifs entre évêques, dont l’accent portait sur le rappel ferme de la doctrine, et ceux qui invitaient à rejoindre les familles là où elles en sont, ce rapport équilibré a pour mot-clé : le discernement. « Se tenir près de la famille comme compagne de chemin signifie, pour l’Église, d’assumer une attitude sagement différenciée : parfois, il est nécessaire de rester à côté et d’écouter en silence ; dans d’autres cas, on doit précéder pour indiquer le chemin à parcourir ; dans d’autres cas encore, il est opportun de suivre, soutenir et encourager. »
Ce qui implique aussi de former les prêtres, les religieux et les laïcs à un « art de l’accompagnement ». Et donc des centres spécialisés où ils apprendront à « prendre soin de chaque famille, avec une attention particulière à celles qui sont en difficulté ». L’urgence d’un ministère dédié à ceux dont la relation matrimoniale a été brisée est soulignée.

Parcours de discernement
Les pères synodaux ont voté un document final, qui laisse au pape la possibilité d’un accès aux sacrements pour les personnes divorcées et remariées civilement après un parcours de discernement accompagné par un prêtre. La rédaction de ce passage le plus controversé de ce texte de 33 pages reste toutefois suffisamment prudente et pourra avoir des interprétations plus ou moins larges. « L’échange avec un prêtre, en for interne, concourt à la formation d’un jugement correcte sur ce qui fait obstacle à la possibilité d’une plus pleine participation à la vie de l’Église et sur les pas qui peuvent la favoriser et la faire croître », indiquent les pères synodaux à propos de ce discernement accompagné, sans préciser « ce qui fait obstacle ». Le parcours, ajoutent-ils, « ne pourra jamais faire abstraction des exigences de la vérité et de la charité de l’Évangile ». Le mot sacrement n’y apparaît pas en tant que tel.
Le texte énumère des critères pour accomplir un « examen de conscience » avec un prêtre et faire un « discernement pastoral » à partir de l’exhortation de Jean-Paul II Familiaris consortio de 1984. Il précise que « les conséquences des actes ne sont pas nécessairement les mêmes dans tous les cas ».
Adopté à une voix près
Ce paragraphe sur le discernement a été adopté à seulement 178 voix, soit, à une voix près, tout juste les deux tiers pour qu’il soit validé par les 265 pères synodaux votant.
De plus, le rapport final ouvre la voie au baptême pour les catéchumènes remariés qui avaient divorcé d’un premier mariage civil (n° 75) « à une époque où au moins un des deux conjoints ne connaissait pas la foi chrétienne ». L’Église reconnaissant à ce premier mariage l’indissolubilité du mariage sacramentel entre deux baptisés, ils n’y avaient jusque-là pas accès. « Les évêques sont appelés à exercer, dans ces cas, un discernement pastoral calibré/proportionné à leur bien spirituel ». « Nous reconnaissons que l’Esprit Saint est venu les chercher là où ils étaient. Peut-on résister à l’Esprit Saint ? », explique à La Croix Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la conférence épiscopale française, qui a fortement soutenu, avec d’autres, cette proposition.
Langage rappelant Vatican II
Au-delà de cette question, qui aura été très débattue au cours de ce Synode, le document final déploie un langage non pas centré sur un rappel de la loi – l’Église ne renonce pas à annoncer la joie et la beauté du mariage – mais portant un regard compatissant sur les situations familiales, y compris irrégulières. Ce langage rappelle fortement le regard de Vatican II et notamment de Gaudium et Spes, ainsi lorsqu’il souligne que « l’Église fait siennes, dans un partage affectueux, les joies et les espérances, les douleurs et les angoisses de chaque famille ». Le texte aborde les situations des familles de migrants, séparées et éprouvées par les conflits ou encore les violences contre les femmes.
Le texte aborde l’homosexualité, mais seulement sous l’angle des familles confrontées à cette situation. Il rappelle la dignité des personnes homosexuelles, rejetant une discrimination injuste.
« Document sur la famille » demandé au pape
L’ensemble des 94 paragraphes ont recueilli la majorité qualifiée nécessaire des deux-tiers, contrairement au document final de l’an dernier où 3 paragraphes ne l’avaient pas recueillie.
Les pères synodaux concluent leur texte par une demande au pape de donner à l’Église « un document sur la famille », lui laissant ainsi des marges pour préciser les conditions d’accès aux sacrements pour les divorcés remariés.
Le pape François a conclu les trois semaines de travaux de l’assemblée par un discours fort, très orienté vers la miséricorde. « Les vrais défenseurs de la doctrine ne sont pas ceux qui défendent la lettre mais l’esprit ; non les idées mais les hommes ; non les formules mais la gratuité de l’amour de Dieu et de son pardon », a-t-il déclaré. « Le premier devoir de l’Église n’est pas celui de distribuer des condamnations ou des anathèmes mais il est celui de proclamer la miséricorde de Dieu »
Devant les différences notables entre évêques et des situations des familles selon les continents, il a invité à « l’inculturation » : « L’inculturation n’affaiblit pas les vraies valeurs ».
Dans ce discours, le pape est revenu aussi sur les incidents ayant émaillé ce Synode, accusant « des méthodes parfois pas du tout bienveillantes ». Une référence implicite à la lettre rendue publique de cardinaux doutant de sa conduite des travaux.

« Les vrais défenseurs de la doctrine ne sont pas ceux qui défendent la lettre mais l’esprit »
Samedi 24 octobre, le pape François a conclu le synode sur la famille par un discours mettant en avant une « Église des pauvres en esprit et des pécheurs en recherche du pardon et pas seulement des justes et des saints ».
24/10/15 – LA CROIX

Chères Béatitudes, Éminences, Excellences,
Chers frères et sœurs,
Je voudrais tout d’abord remercier le Seigneur qui a guidé notre chemin synodal au cours de ces années avec l’Esprit Saint dont le soutien ne manque jamais à l’Église.
Je remercie vraiment de tout cœur Son Eminence le Cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire général du Synode, S.E. Mgr Fabio Fabene, Sous-secrétaire, et avec eux je remercie le Relateur Son Eminence le Cardinal Peter Erdő et le Secrétaire spécial S.E. Mgr Bruno Forte, les Présidents délégués, les secrétaires, les consulteurs, les traducteurs et tous ceux qui ont travaillé infatigablement et avec un total dévouement à l’Eglise: merci de tout cœur!
Je vous remercie tous, chers Pères synodaux, Délégués fraternels, Auditeurs, Auditrices et Assesseurs, curés et familles pour votre participation active et fructueuse.
Je remercie aussi les ‘anonymes’ et toutes les personnes qui ont travaillé en silence contribuant généreusement aux travaux de ce Synode.
Soyez tous sûrs de ma prière afin que le Seigneur vous récompense de l’abondance des dons de sa grâce!
Alors que je suivais les travaux du Synode, je me suis demandé: que signifiera pour l’Église de conclure ce Synode consacré à la famille?
Il ne signifie certainement pas avoir achevé tous les thèmes inhérents à la famille, mais avoir cherché à les éclairer par la lumière de l’Évangile, de la tradition et de l’histoire bimillénaire de l’Église, infusant en eux la joie de l’espérance sans tomber dans la facile répétition de ce qui est indiscutable ou le déjà dit.
Il ne signifie sûrement pas avoir trouvé des solutions exhaustives à toutes les difficultés et aux doutes qui défient et menacent la famille, mais avoir mis ces difficultés et ces doutes sous la lumière de la Foi, les avoir examinés attentivement, les avoir affrontés sans peur et sans se cacher la tête dans le sable.
Il signifie avoir incité tout le monde à comprendre l’importance de l’institution de la famille et du mariage entre un homme et une femme, fondée sur l’unité et sur l’indissolubilité et à l’apprécier comme base fondamentale de la société et de la vie humaine.
Il signifie avoir écouté et fait écouter les voix des familles et des pasteurs de l’Église qui sont venus à Rome en portant sur leurs épaules les poids et les espérances, les richesses et les défis des familles de toutes les parties du monde.
Il signifie avoir donné la preuve de la vivacité de l’Eglise catholique qui n’a pas peur de secouer les consciences anesthésiées ou de se salir les mains en discutant de la famille d’une façon animée et franche.
Il signifie avoir cherché à regarder et à lire la réalité, ou plutôt les réalités, d’aujourd’hui avec les yeux de Dieu, pour allumer et pour éclairer avec la flamme de la foi les cœurs des hommes, en un moment historique de découragement et de crise sociale, économique, morale et de négativité dominante.
Il signifie avoir témoigné à tous que l’Évangile demeure pour l’Église la source vive d’éternelle nouveauté, contre qui veut «l’endoctriner» en pierres mortes à lancer contre les autres.
Il signifie encore avoir mis à nu les cœurs fermés qui souvent se cachent jusque derrière les enseignements de l’Église ou derrière les bonnes intentions pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées.
Il signifie avoir affirmé que l’Église est Église des pauvres en esprit et des pécheurs en recherche du pardon et pas seulement des justes et des saints, ou plutôt des justes et des saints quand ils se sentent pauvres et pécheurs.
Il signifie avoir cherché à ouvrir les horizons pour dépasser toute herméneutique de conspiration ou fermeture de perspective pour défendre et pour répandre la liberté des enfants de Dieu, pour transmettre la beauté de la Nouveauté chrétienne, quelquefois recouverte par la rouille d’un langage archaïque ou simplement incompréhensible.
Sur le chemin de ce Synode les diverses opinions qui se sont exprimées librement – et malheureusement parfois avec des méthodes pas du tout bienveillantes – ont certainement enrichi et animé le dialogue, offrant une image vivante d’une Eglise qui n’utilise pas ‘des formulaires préparés d’avance’, mais qui puise à la source inépuisable de sa foi une eau vive pour désaltérer les cœurs desséchés .
Et – au-delà des questions dogmatiques bien définies par le Magistère de l’Église – nous avons vu aussi que ce qui semble normal pour un évêque d’un continent, peut se révéler étrange, presque comme un scandale, pour l’évêque d’un autre continent; ce qui est considéré violation d’un droit dans une société, peut être requis évident et intangible dans une autre; ce qui pour certains est liberté de conscience, pour d’autres peut être seulement confusion. En réalité, les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué . Le Synode de 1985, qui célébrait le vingtième anniversaire de la conclusion du Concile Vatican II, a parlé de l’inculturation comme de l’« intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, et l’enracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines» . L’inculturation n’affaiblit par les vraies valeurs mais démontre leur véritable force et leur authenticité, puisqu’elles s’adaptent sans se transformer, mais au contraire elles transforment pacifiquement et graduellement les différentes cultures .

Nous avons vu, également à travers la richesse de notre diversité, que le défi que nous avons devant nous est toujours le même: annoncer l’Évangile à l’homme d’aujourd’hui, en défendant la famille de toutes les attaques idéologiques et individualistes.
Et sans jamais tomber dans le danger du relativisme ou du fait de diaboliser les autres, nous avons cherché à embrasser pleinement et courageusement la bonté et la miséricorde de Dieu qui surpasse nos calculs humains et qui ne désire rien d’autre que «tous les hommes soient sauvés» (1 Tm 2, 4), pour insérer et pour vivre ce Synode dans le contexte de l’Année extraordinaire de la Miséricorde que l’Église est appelée à vivre.
Chers confrères,
L’expérience du Synode nous a fait aussi mieux comprendre que les vrais défenseurs de la doctrine ne sont pas ceux qui défendent la lettre mais l’esprit; non les idées mais l’homme; non les formules mais la gratuité de l’amour de Dieu et de son pardon. Cela ne signifie en aucune façon diminuer l’importance des formules, des lois et des commandements divins, mais exalter la grandeur du vrai Dieu qui ne nous traite pas selon nos mérites et pas même selon nos œuvres mais uniquement selon la générosité illimitée de sa miséricorde (cf. Rm 3, 21-30; Ps 129; Lc 11, 37-54). Cela signifie dépasser les tentations constantes du frère aîné (cf. Lc 15, 25-32) et des ouvriers jaloux (cf. Mt 20, 1-16). Au contraire, cela signifie valoriser davantage les lois et les commandements créés pour l’homme et non vice-versa (cf. Mc 2, 27).
En ce sens, le juste repentir, les œuvres et les efforts humains prennent un sens plus profond, non comme prix du Salut qu’on ne peut pas acquérir, accompli gratuitement par le Christ sur la Croix, mais comme réponse à Celui qui nous a aimés le premier et nous a sauvés au prix de son sang innocent, tandis que nous étions encore pécheurs (cf. Rm 5, 6).
Le premier devoir de l’Église n’est pas celui de distribuer des condamnations ou des anathèmes mais il est celui de proclamer la miséricorde de Dieu, d’appeler à la conversion et de conduire tous les hommes au salut du Seigneur (cf. Jn 12, 44-50).
Le Bienheureux Paul VI, avec des paroles magnifiques, disait: «Nous pouvons donc penser que chacun de nos péchés ou fuite de Dieu allume en lui une flamme d’un plus intense amour, un désir de nous reprendre et de nous réinsérer dans son plan de salut […]. Dieu, dans le Christ, se révèle infiniment bon […]. Dieu est bon. Et non seulement en lui-même; Dieu est – nous le disons en pleurant – bon pour nous. Il nous aime, nous cherche, pense à nous, nous connaît, nous inspire et nous attend: Il sera – si l’on peut dire ainsi – heureux le jour où nous nous retournons et disons: Seigneur, dans ta bonté, pardonne-moi. Voici, donc, notre repentir devenir la joie de Dieu»
Saint Jean-Paul II affirmait également que: «L’Église vit d’une vie authentique lorsqu’elle professe et proclame la miséricorde […] et lorsqu’elle conduit les hommes aux sources de la miséricorde du Sauveur, dont elle est la dépositaire et la dispensatrice» .
De même le Pape Benoit XVI disait: «La miséricorde est en réalité le noyau central du message évangélique, c’est le nom même de Dieu…Tout ce que l’Église dit et fait, manifeste la miséricorde que Dieu nourrit pour les hommes, donc pour nous. Lorsque l’Église doit rappeler une vérité méconnue, ou un bien trahi, elle le fait toujours poussée par l’amour miséricordieux, afin que les hommes aient la vie et l’aient en abondance (cf. Jn 10, 10)» .
Sous cet éclairage, et grâce à ce temps de grâce que l’Église a vécu, en parlant et discutant de la famille, nous nous sentons enrichis mutuellement; et beaucoup d’entre nous ont expérimenté l’action de l’Esprit Saint, qui est le véritable protagoniste et artisan du Synode. Pour nous tous, le mot «famille» ne résonne plus comme avant, au point qu’en elle nous trouvons déjà le résumé de sa vocation et la signification de tout le chemin synodal .
En réalité, pour l’Église, conclure le Synode signifie retourner à «marcher ensemble», réellement, pour porter partout dans le monde, dans chaque diocèse, dans chaque communauté et dans chaque situation, la lumière de l’Évangile, l’accolade de l’Église et le soutien de la miséricorde de Dieu!
Merci!
Au synode sur la famille, les évêques ouvrent
la porte aux divorcés remariés,
pas aux homosexuels
Le Monde.fr | 24.10.2015 – Cécile Chambraud (Rome, envoyée spéciale)
Au terme de deux ans de débats intenses, les divorcés remariés pourraient voir leur place réévaluée dans l’Eglise catholique. C’est la principale ouverture du rapport final sur la famille adopté, samedi 24 octobre, par le synode des évêques après trois semaines de travaux à Rome. Ces trois semaines ont été marquées par des antagonismes sur certains sujets mais aussi par la volonté du plus grand nombre des prélats de ne pas aboutir à un constat de division.
Une commission de dix membres nommée par le pape était chargée de rédiger ce rapport final à partir du texte initial et des amendements votés dans le cadre de groupes de travail qui ont travaillé depuis le 5 octobre. Elle a dû trouver des formulations suffisamment ouvertes pour les partisans d’un meilleur accueil dans l’Eglise des familles « irrégulières » aux yeux de la doctrine, sans pour autant s’attirer une minorité de blocage de la part des évêques pour qui ce serait aller contre la doctrine.

L’étroitesse de la majorité recueillie par certains paragraphes montre à quel point la passe était étroite. Globalement, le synode a ouvert des portes aux évêques et aux prêtres désireux d’accorder une participation plus grande à la vie de l’Eglise aux divorcés remariés. Les trois paragraphes qui leur sont consacrés sont ceux qui ont obtenu la majorité la plus étroite (une majorité qualifiée des 2/3 était nécessaire pour l’adoption de chaque paragraphe). L’un d’entre eux n’a été adopté que par une voix d’avance. Ces paragraphes n’établissent pas explicitement que certains divorcés remariés pourront à nouveau communier. Mais ils ouvrent des pistes qui pourraient permettre de parvenir à ce résultat en s’en remettant au discernement individuel des prêtres.
Quasiment aucune ouverture en faveur des homosexuels
En revanche, quasiment aucune ouverture n’a été faite en faveur des homosexuels. Sur ce chapitre, « certains pourront être déçus », avait averti, le matin même, le cardinal autrichien Christoph Schonborn, archevêque de Vienne. De fait, le texte n’y fait allusion que dans un paragraphe surtout consacré aux familles « qui vivent l’expérience d’avoir en leur sein une personne avec une tendance homosexuelle » et au rejet de la qualification de « mariage » pour les unions entre personnes de même sexe. De ce point de vue, l’opposition radicale d’une bonne partie de l’épiscopat africain à toute ouverture envers les gays a bloqué toute évolution. « Ce synode n’était pas vraiment d’humeur à discuter de cette question », a constaté Johan Bonny, l’évêque d’Anvers, qui s’est exprimé avant le synode en faveur de la reconnaissance des homosexuels par l’Eglise.
Ce texte est maintenant entre les mains du pape François. A la fin de leur rapport, les évêques lui demandent d’ailleur d’« évaluer l’opportunité d’offrir » lui-même un document sur la famille, ce qu’il pourrait faire en publiant dans les mois qui viennent une exhortation apostolique. Ce serait sans doute alors pour lui l’occasion de pousser un peu plus loin que ne l’a fait le synode la volonté d’ouvrir la porte de l’Eglise aux différents types de familles. Dans son discours, samedi soir, Jorge Bergoglio a dénoncé ceux qui veulent « endoctriner » l’Evangile « en pierres mortes à lancer contre les autres » et « les coeurs fermés qui souvent se cachent jusque derrière les enseignements de l’Eglise ou derrière les bonnes intentions pour (…) juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées ».
Synode sur la famille au Vatican :
« un texte d’équilibre, qui ouvre des portes »
Le Monde.fr | 25.10.2015 | Propos recueillis par Cécile Chambraud (Rome, envoyée spéciale)

Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut catholique de Paris, qui a participé au synode comme expert nommé par le pape François, analyse le texte adopté par les représentants des épiscopats du monde entier samedi 24 octobre, à Rome.
Quels sont les traits principaux de ce texte ?
C’est un texte héritier de Vatican II. Il a une volonté d’ouverture, mais aussi de s’inscrire dans une continuité. Il rappelle les enseignements de Paul VI, de Jean-Paul II, de Benoît XVI.
En quoi réside l’ouverture ?
Un grand renouveau de la pastorale des familles. L’instrumentum laboris [le texte de départ du synode] était très négatif. Dans le nouveau texte ? on regarde ce qui, dans la société et dans les familles, est encourageant.
J’y trouve aussi énormément d’ouvertures théologiques. Des portes sont ouvertes un peu partout au long du texte. Il appelle la créativité des théologiens, des communautés chrétiennes, des pasteurs. On voit se déployer un texte à la fois unifié et divers. Il admet de la diversité en son sein.
La prise en compte de cette diversité interne à l’Eglise n’est-elle pas une des nouveautés de ce synode ?
Absolument. Et c’est le fruit d’une méthode. C’est un texte qui est divers car il y a des cultures diverses. Dans l’intégration des amendements, on a essayé de suivre une ligne fondamentale : tenir celle que manifestement le pape souhaite, et en même temps prendre en compte l’étendue de la diversité pour ne pas heurter. Ouvrir et faire en sorte que tout le monde s’y retrouve. C’est une voie médiane.
C’est cette ligne médiane qui a été retenue pour les divorcés remariés ?
Oui. Certains attendaient plus, d’autres moins. Par exemple un amendement demandait que l’on dise clairement qu’un chemin de conversion pouvait aboutir à l’eucharistie [le sacrement de la communion]. On a fait le choix de ne pas le retenir.
Les changements dans l’Eglise se font dans le respect de ce qui vient avant. Il y a une référence très nette à l’enseignement de Jean-Paul II. Il ne faut pas oublier que c’est lui qui, en 1980, dans son exhortation apostolique Familiaris consortio, fait un changement considérable en disant que les divorcés remariés sont membres à part entière de l’Eglise. Et c’est sur cela, qui a été une nouveauté, que l’on s’appuie aujourd’hui. Mais on va plus loin dans l’intégration. On s’appuie aussi sur les critères qu’il avait énoncés pour que les prêtres puissent exercer leur « discernement » en fonction des situations concrètes : ceux qui se sont « efforcés de sauver le premier mariage », « ont été abandonnés injustement », ceux qui « se sont remariés en vue de l’éducation des enfants ». Le texte s’appuie sur un socle. S’il ne l’avait pas fait, on aurait été accusés de trahir Jean Paul II. Ce n’est pas le cas.

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