Mgr Schönbörn

Le message du synode, c’est … « la famille » !

Reference: ZENIT, HSM
Le Rapport final, par le card. Schönborn
Anita Bourdin | 24 oct. | ZENIT.org | Synodes des évêques | Rome | 44
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Le message principal du synode, c’est « la famille elle-même », et « un grand « oui » à la famille », déclare le cardinal Schönborn qui précise en français : « Ce n’est pas un modèle passé ! »
C’est ce qui ressort du Rapport final – une cinquantaine de pages, 94 points – lu dans la matinée, en italien, approuvé par le synode ce samedi soir, 24 octobre, point par point, et remis au pape François.
Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, président de la Conférence épiscopale autrichienne et naguère principal rédacteur du Catéchisme de l’Eglise catholique, a rencontré la presse à la mi-journée – avant le vote – aux côtés du cardinal brésilien Damasceno Assis, archevêque d’Aparecida, et du Fr Hervé Janson, prieur général des Petits frères de Jésus (de Charles de Foucauld).
Une définition de la famille
Le document offre, dit-il une définition de la famille, faite d’un homme, d’une femme, de leur vie ensemble fidèle et ouverte à la vie. Il cite en souriant le pape François : cela veut donc dire aussi « deux belles-mères » ! Autrement dit « deux familles sont impliquées ». « La définition est claire », insiste le cardinal autrichien en citant le récit de la Genèse : « Homme et femme il les créa » et il leur dit « soyez féconds et multipliez-vous ».
Cette « première définition », précise-t-il, « n’exclut pas des phénomènes de re-compositon, la patchwork family, mais elle reste le noyau de la famille et l’ouverture à la vie ».
Il souligne en outre que le fait que le pape François a voulu un chemin synodal en deux étapes – et même plus : la grande consultation du peuple de Dieu, puis le consistoire, le 1er synode, le questionnaire envoyé aux diocèses, le 2e synode – a fait que de « très nombreuses publications » ont vu le jour sur la famille une vraie « bibliothèque sur le mariage et la famille ».
Le cardinal Schönborn cite un auteur allemand comme Frank Schirrmacher (1959-2014), qui se disait athée ou du moins « libre de toute religion », et qui écrivait dans son livre « Minimum » (2006) que la famille était la « Keimzelle » (« gamète ») de la société. Pour le cardinal Schönborn, ce livre est un « oui formidable en faveur de la famille ». Schirrmacher affirme qu’il « n’y a pas de réseau plus sûr en temps difficile que la famille », il parle en effet de « Fabrique de survie » – « Überlebensfabrik Familie », « même la patchwork family » ajoute le cardinal Schönborn, en s’appuyant sur sa propre expérience familiale : « Il n’y a pas de réseau plus sûr de survie. »
Il cite aussi les réfugiés qui maintiennent comme ils peuvent leurs liens familiaux grâce à leurs téléphones portables.
Il évoque aussi la grande expérience de collégialité vécue au synode : une expérience qui a « confirmé ce que le pape a dit samedi dernier sur la synodalité, dans cette grande conférence qu’il nous a offerte sur la synodalité à tous les niveaux » et, dit-il « cela se reflète dans le document : un document de consensus ».
Quand un membre de la famille est homosexuel
Il prend comme exemple que le texte ne contient pas grand-chose sur l’homosexualité. Tout d’abord parce que le thème de l’homosexualité est traité « sous l’aspect de la famille qui fait l’expérience d’avoir un de ses membres qui est homosexuel »: “Comment gérer la situation en chrétiens?”
Il rappelle aussi que le Catéchisme de l’Eglise catholique est très clair, ainsi que les « règles de la pastorale claires et classiques » : « Chaque personne mérite le respect dû à toute personne même si certains comportements sont vus par la Bible de façon différente de beaucoup d’opinions d’aujourd’hui. Mais la doctrine du Catéchisme n’a pas besoin d’être rappelée ».
Il a fait aussi observer qu’il y a “des aires culturelles et politiques où le thème est trop difficile” en précisant immédiatement: “Cela ne veut pas dire que ce n’est pas important pour l’Eglise, mais on doit respecter les diversités. Diversité et unité dans la synodalité. »
Et justement, à propos de la décentralisation et à une question de la presse – n’y a-t-il pas un risque de faire des Eglises nationales ? – il répond : « Je serais désespéré si j’avais une Eglise nationale autrichienne ! La décentralisation est un vieux thème. Il faut un équilibre. Les évêques d’Amérique latine ont cette grande expérience des conférences continentales comme la dernière à Aparecida : on voit comment fonctionne la décentralisation, ce qui ne veut pas dire « nationaliser » ou « continentaliser » l’Eglise universelle. »
Discernement, le mot clef
Le document, par ailleurs, parle de différentes situations de la famille « avec une grande affection mais le mot clef c’est le mot “discernement”, avec une “invitation à penser qu’il n’y a pas de « noir » ou « blanc », un simple « oui » ou « non », c’est à discerner”. Le cardinal Schönborn rappelle que c’est le mot qu’emploie Jean-Paul II dans Familiaris Consortio (84) où le saint pape souligne “l’obligation pour les pasteurs, par amour de la vérité, d’exercer un discernement”.
Il fait observer que le pape François a appris, jeune, “en bon jésuite”, ce “discernement”: il s’agit de “discerner” la situation des couples.
Le document ne touche pas la question des personnes divorcées et remariées « directement », mais de façon « oblique »: il « donne les critères du discernement des situations », et « c’est le point le plus important, parce que l’attente d’une réponse « oui » ou « non » est une fausse question, les situations sont si différentes ! » Il cite à ce propos les réflexions du cardinal Georges-Marie Cottier, dominicain, naguère théologien du pape Jean-Paul II, dans un entretien avec le directeur de la revue Civiltà Cattolica, le P. Antonio Spadaro.
« Divorcés remariés », fait observer le cardinal Cottier, c’est expression « trop univoque », alors que les « situations sont trop différentes » : il faut donc « discerner les situations et les accompagner selon les exigences ». C’est pourquoi « le document final donne des critères non seulement pour l’accès aux sacrements mais pour l’accompagnement de situations que le catéchisme appelle ‘irrégulières’ », ajoute le cardinal viennois.
Une merveille de catéchèse
Même discernement pour les jeunes qui ont « peur de se marier ». Il faut se demander : « Pourquoi ont-ils peur de se marier ? »
Le document est d’ailleurs « attentif aux difficultés des jeunes pour se marier », souligne le cardinal Schönborn, qui cite notamment la « précarité du travail » qui rend « plus difficile de construire un foyer, une famille ».
Le synode, dit-il, est « très inspiré par le pape François qui a voulu avoir un regard attentif, de compassion de compréhension des situations ».
En Autriche, par exemple « les gens qui ne se marient pas ont des avantages », « les impôts poussent à ne pas se marier », fait observer le cardinal Schönborn.
Il souligne l’importance de l’expérience du pape François, une « expérience latino-américaine de pauvreté, de précarité ».
Il ajoute : « Ses catéchèses sont une merveille depuis novembre dernier, un trésor ! C’est ainsi que l’Eglise peut être mère ! »
Il précise les encouragements du document à qui lutte pour la famille au niveau politique.
Le document final est, dit-il, « très clair sur les devoirs de la politique de favoriser la famille sous tous ses aspects, et pour l’Afrique, les pays émergeants, il proteste contre la conjonction des intentions idéologiques et de l’aide financière : c’est très clair ! Il faut refuser que les institutions internationales imposent aux Etats des politiques familiales que ceux-ci refusent, en en faisant des conditions pour accorder des crédits et des aides financières ».
Un grand bienfait du synode
Enfin, pour le cardinal viennois, la méthodologie nouvelle est « un grand bienfait de ce synode » : « Si l’on se sent bien à la fin du synode, c’est dû en grande partie à la nouvelle méthodologie : on a pu s’exprimer avec calme et c’est un vrai « progrès ». » Les pères ont eu quelque 40 heures de travail en groupe à côté des communications (de 3 minutes) en assemblée et des interventions libres (de 4 minutes), pendant une heure le soir (une innovation de Benoît XVI).
La commission de rédaction du Rapport final – dix membres nommés par le pape – ont réussi le « tour de force » explique un témoin de la lecture en assemblée ce samedi matin, de proposer un texte qui crée le consensus le plus large possible, et qui reflète l’état actuel du discernement des évêques sur les questions concernant la famille dans le monde entier. Ils ont su en quelque sorte dépasser une « logique binaire » qui semblait faire « patiner » l’assemblée pour ouvrir une troisième voie.
Après la première lecture du projet, vendredi, 23 octobre des membres du synode ont proposé 248 modifications sur lesquelles la commission a travaillé vendredi soir.
Le texte final fait une cinquantaine de pages et compte 94 points : il a été approuvé par la commission à l’unanimité.
Il a été lu par trois voix – cardinal Damasceno Assis, cardinal Peter Erdö et Mgr Bruno Forte – en italien en assemblée tandis que les traducteurs traduisaient pour les pères synodaux dont l’italien n’était pas suffisant. Des traducteurs étaient encore à disposition des pères jusqu’au vote pour éventuellement éclaircir tel ou tel passage. Le vote a eu lieu dans l’après-midi, à partir de 16h30.

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