8 juin St Bonaventure

Voici les textes écrits par les intervenants de la soirée.

l’introduction de la soirée a été faite par Bernard, première voix d’un couple engagé dans une nouvelle union , qui livre son impression de l’exhortation et de l’espérance qu’elle suscite .

 

UN BREF SURVOL D’AMORIS LAETITIA nathalie

La joie de l’Amour ! Oui c’est bien la joie qui anime ce long texte de 325 paragraphes répartis en neuf chapitres. Laetitia, c’est la joie, émotion qui s’invite dans ce texte magistériel. Le pape s’appuie au maximum sur les ouvertures qui ont été votées par les pères synodaux en y ajoutant d’autres écrits dont son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, la joie plénitude de l’Evangile.

Un préambule de 7 paragraphes donne la tonalité de l’ensemble : réalisme, bienveillance, inculturation, recherche de réponses pastorales, le tout placé sous le signe de l’année de la miséricorde.

Chapitre I «  A la lumière de la Parole »

La Parole, c’est le regard de Jésus sur l’Ancien Testament (notamment les Psaumes) et sa pratique qui nous rappellent que les familles réelles sont « œuvres artisanales » animées par la place centrale de la tendresse mais parfois bien éloignées d’un idéal abstrait.

Chapitre II « La réalité et les défis de la famille »

Une bonne connaissance de la réalité des couples et des familles dans le contexte culturel actuel (attitudes, idéologies, conditions de vie) et une prise en compte des défis (toxicomanie, lien social, polygamie, violences, différence sexuelle) permet d’éviter le « stéréotype de la famille idéale », mais de proposer plutôt un chemin dynamique de progression et d’épanouissement.

Chapitre III « Le regard posé sur Jésus : la vocation de la famille »

Avec bienveillance, l’Église ne cherche pas une « pure défense d’une doctrine froide et sans vie », mais elle s’efforce de montrer les beautés de la vie des familles, d’honorer le mariage comme un sacrement et de reconnaître les multiples «semences du Verbe ». Aussi elle demande aux pasteurs « de bien discerner les diverses situations » au-delà de la conformité à une norme.

Chapitres IV « L’amour dans le mariage »

Dans ce long chapitre, l’hymne à l’Amour de St Paul (1 Co.13) sert de trame pour esquisser les conditions d’une réussite conjugale et familiale et indique de quoi programmer une belle préparation au mariage. Des prolongements sur les dimensions sentimentales et érotiques, sur la virginité aussi confirment le caractère concret de ce cheminement.

Chapitre V « L’amour qui devient fécond »

Accueil de la vie, temps de la grossesse, « amour de père et de mère » mais aussi adoption et empreinte sociale sont les fécondités tangibles du couple qui se prolongent dans une mission d’ouverture aux autres notamment à travers la famille élargie et en direction des familles les plus fragiles.

Chapitre VI  « Quelques perspectives pastorales »

Ne pouvant plus s’en tenir à une annonce purement théorique, prêtres et laïcs doivent vivre une conversion missionnaire qui ancre leur travail pastoral dans le réel des gens. Une formation de tous les acteurs, à commencer par les séminaristes, permettra un accompagnement tout au long de la vie : jeunes, fiancés, jeunes mariés, situations dites « irrégulières » ou «  délicates ».

Chapitre VII  «  Renforcer l’éducation des enfants »

Ce chapitre est comme un petit traité de pédagogie d’éducation à la liberté, sans obsession de contrôle mais avec réalisme, pour mener « pas à pas » vers une authentique autonomie ouverte à la société, avec un oui à l’éducation sexuelle et affective.

Chapitre VIII « Accompagner, discerner, intégrer les fragilités »

Ces 3 verbes sont fondamentaux pour entrer avec bonheur dans une démarche synodale vécue par tous. Dans une logique de la miséricorde qui ne doit être refusée à personne, chacun est appelé au discernement, car il serait « mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale ». (Nous verrons ce chapitre plus en détails toute à l’heure)

Chapitre IX «  Spiritualité matrimoniale et familiale »

Il s’agit de mettre en résonance la vie quotidienne du couple et de la famille avec la communion trinitaire et l’itinéraire pascal de Jésus tel qu’il nous est rapporté dans l’Évangile.

 

CONCLUSION

Tout en proposant les valeurs et les biens du mariage et de la famille, l’exhortation ne promeut pas un modèle idéal et irréalisable, mais elle souhaite partir des réalités quotidiennes pour accompagner davantage les situations personnelles, riche de leurs différences, en s’appuyant sur l’expérience des couples et des familles qui cherchent sincèrement à vivre l’Évangile.

QUELQUES POINTS SAILLANTS ( Christian )

Amoris Laetitia 8 juin 2016 points saillants et idées clefs

Une première approche possible est d’identifier dans Amoris Laetitia  quelques idées clefs et quelques points saillants.

  1. Tout d’abord la grande cohérence du texte avec les paroles du pape François depuis le début de son pontificat, dont les citations émaillent l’exhortation apostolique.

Evangelii Gaudium (La joie de l’Evangile), Misericordiae vultus (Le visage de la Miséricorde)

Les Relatio Finalis des synodes de 2014 et 2015

Le discours du 17 octobre 2015, Le discours du 24 octobre 2015

Les homélies du pape François

La prise en compte des contributions inter synodales et une grande fidélité aux textes et aux votes des Pères synodaux lors des 2 synode sur la famille de 2014 et 2015, illustrant une mise en pratique de la collégialité et de la synodalité que le pape François souhaite pour l’Eglise du 3ème millénaire dans son discours du17 octobre 2015.

  1. Une remise en perspective des normes et du rôle du magistère dans une démarche de discernement qui précise bien au n°300 « qu’on ne devait pas attendre du Synode ou de cette Exhortation une nouvelle législation géné­rale du genre canonique, applicable à tous les cas. Il faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pas­toral des cas particuliers »

 

la prétention de tout résoudre en appliquant des normes générales

ou bien en tirant des conclusions excessives

à partir de certaines réflexions théologiques. AL 2

… tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent

pas être tranchés par des interventions magistérielles. AL 3

… Mais il ne sert à rien non plus d’imposer des normes

par la force de l’autorité. AL 35

… Dans les situations difficiles […] l’Église doit surtout avoir à cœur de les comprendre, […] en évitant de leur imposer une série de normes, comme si celles-ci étaient un roc…AL 49

… Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une

personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car

cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu

dans l’existence concrète d’un être humain. AL 304

 

  1. Bien sûr en cette année jubilaire de la Miséricorde, toute l’exhortation est habitée par la Miséricorde de Dieu et elle est un appel de nos communautés qui doivent de convertir à la miséricorde car « nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde ». AL 310 citant MV 9

 

La Miséricorde est vérité révélée en la personne du Christ MV 29

… encourager chacun à être un signe de miséricorde et de proximité

 là où la vie familiale ne se réalise pas parfaitement ou ne se déroule pas

dans la paix et la joie. AL 5

… La patience de Dieu est un acte de miséricorde envers le pécheur

et manifeste le véritable pouvoir. AL 91

… La route de l’Église […] est toujours celle de Jésus :

celle de la miséricorde et de l’intégration […].

La route de l’Église est de ne condamner personne éternellement

de répandre la miséricorde de Dieu […]

Car la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite

AL 296

  1. L’exhortation nous invite donc à regarder le Christ et à revenir à la source de l’Evangile (ce que faisait déjà EG) pour y puiser ses paroles et ses attitudes :

Au cœur des réalités de la vie

Dans une proximité compatissante tout en proposant un idéal exigeant

Un Christ présent où se vit l’amour

Christ chemin, vérité et vie

Avec des paroles et un langage aimants

 

… Fidèles à l’enseignement du Christ, nous regardons

la réalité de la famille aujourd’hui dans toute sa complexité

avec ses lumières et ses ombres. AL 32

… un reflet clair de la prédication et des attitudes de Jésus, qui, en même temps qu’il proposait un idéal exigeant, ne renonçait jamais à une proximité compatissante avec les personnes fragiles. AL 38

contempler le Christ vivant présent dans tant d’histoires d’amour, et invoquer le feu de l’Esprit sur toutes les familles du monde.AL 59

… ce n’est qu’en fixant le regard sur le Christ que l’on connaît à fond la vérité sur les rapports humains. AL 77

… En famille il faut apprendre ce langage aimable de Jésus. AL 100

 

 

  1. L’exhortation se veut imprégnées de réalisme :

En laissant la place au temps

Dans une proximité de la vie réelle, proche des familles, de façon inculturée

Et en reconnaissant que des paroles ou des façons de faire maladroites méritent une certaine autocritique

 

…  « le temps est supérieur à l’espace »,[…] tous les débats doctrinaux,

moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions

 magistérielles. AL 3

… dans chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus

 inculturées attentives aux traditions et aux défis locaux. AL 3

… je prendrai en considération la situation actuelle des familles en vue de

 garder les pieds sur terre. AL 6

… nous devons être humbles et réalistes, pour reconnaître que, parfois,

notre manière de présenter les convictions chrétiennes, et la manière de

traiter les personnes ont contribué à provoquer ce dont nous nous

plaignons aujourd’hui. C’est pourquoi il nous faut une salutaire réaction

d’autocritique. AL  36

 

  1. Une des idées dominantes est le primat de la conscience et du discernement. L’exhortation renoue avec Vatican II et en particulier Gaudium et Spes 16, dénonce les déviations de certaines « directions de conscience », reconnaît que la dignité de la conscience droite des époux peut s’exercer dans le cadre de la parentalité responsable, que la conscience peut encourager et justifier des réponses imparfaites dans une dynamique des « petits pas ».

 

Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles […] Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles. AL 37

… la conscience droite des époux […] peut les orienter

vers la décision de limiter le nombre d’enfants […]

mais par amour de cette dignité de la conscience,

l’Église rejette […] les interventions coercitives de l’État […]. AL42

  … cette conscience […] peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu […] au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif. AL 303

 

  1. Dans la perspective d’accompagner le discernement des fidèles, en particulier vivant des situations complexes, l’exhortation recadre de façon précise et pressante le discernement des pasteurs qui ne peuvent plus se réfugier derrière des normes ou des réponses toutes faites. L’exhortation reconnaît la nécessité d’améliorer la formation des pasteurs (présents et futurs). Il s’agit bien d’une formation à l’accompagnement (que ce soit en préparation au mariage, ou dans les crises et la séparation) sachant que c’est bien la personne qui doit discerner et finalement décider.

 

Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la vérité, ils ont l’obligation de bien discerner les diverses situations. AL 79 – FC 84

… il ne faut jamais encourager la décision de contracter

le mariage si d’autres motivations n’ont pas pris racine

pour donner à cet engagement des possibilités réelles de stabilité. AL 209

… Les Pères ont signalé qu’« un discernement particulier est indispensable pour accompagner pastoralement les personnes séparées, divorcées ou abandonnées. AL 242 […] discernement responsable personnel et pastoral des cas particuliers, […] Les prêtres ont la mission d’accompagner les personnes intéressées sur la voie du discernement […] AL 300

… Par conséquent, un Pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations ‘‘irrégulières’’, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes. AL 305

ECLAIRAGE THEOLOGIQUE du père Pierre Lathuilière

Quelques réflexions théologiques à partir de Laetitia Amoris

par Pierre Lathuilière (juin 2016)

 

Introduction : Ce texte était un texte attendu, mais il est maintenant un texte qui attend d’être lu avec attention en dépit de sa subtilité et de sa longueur. Ces quelques lignes sont des impressions de lecture qui veulent servir à souligner l’intérêt d’une telle lecture.

1.     Un événement magistériel

Commençons tout de suite par citer le § 3 :

« En rappelant que « le temps est supérieur à l’espace », je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. »

Ceci nous invite à situer ce texte dans la lignée de ce que, depuis le dix-neuvième siècle (1835 exactement avec Grégoire XVI), on appelle dans l’Église catholique romaine « le magistère ». Ce concept canonique lié à une conception opposant « Église enseignante » et « Église enseignée » a dominé tout les débats doctrinaux de l’Église catholique depuis lors. Il désigne, en fait, tout enseignement donné dans l’Église avec autorité : cela commence des homélies ou catéchèses jusqu’aux textes élaborés par des assemblées conciliaires ou des déclarations solennelles du pape en tant que serviteur de l’unité de l’Église universelle. Bien sûr, tout n’est pas d’égale importance, ni d’égale valeur. Quand le pape prend la parole devant un groupe de cyclistes de passage à Rome on peut légitimement présumer que cela aura moins d’importance et de valeur qu’un texte voté à la quasi-unanimité des Pères du Concile. Mais nul ne peut dire où est l’infaillibilité dans un cas comme dans l’autre, sauf mention expresse où l’Église engage sa responsabilité et son obéissance à ce niveau-là. Mais pour certains catholiques, surtout ceux qui sont restés enfermés dans les combats du 19ème s. d’une Église traumatisée par la perte de son pouvoir temporel, ce qui compte, c’est ce qui manifeste une autorité, un ordre qui résiste au désordre révolutionnaire ambiant.

La phrase du pape François que je viens de citer vise une mentalité selon laquelle l’intelligence est une vertu dangereuse qui flatte la liberté humaine pour l’emmener sur des chemins de perdition. Elle encourage au contraire à mettre en œuvre la liberté accordée à l’homme par son Créateur pour pouvoir aller à sa rencontre avec tout son cœur, toute son âme, toute son intelligence. Dans la mise en œuvre de cette rencontre entre Dieu et l’homme, c’est-à-dire, dans cette attente de la venue du Christ, l’enseignement de l’Église a toute sa place qui est de nous aider à tourner nos regards vers Celui que nous attendons, à nous convertir.

On ne peut donc pas dire – comme certains se sont empressés de le dire – que ce texte n’a aucune valeur magistérielle simplement parce qu’il situe autrement le jugement magistériel et qu’il demande aux chrétiens de réfléchir par eux-mêmes. « Pourquoi donc ne jugez-vous pas par vous-même de ce qui est juste ? » disait Jésus à ses disciples (Lc. 12, 57).

2.     Un discours théologique où « le temps est supérieur à l’espace »

Nous l’avons lue : dès le § 3, le pape François utilise une expression « le temps est supérieur à l’espace ». Cette espèce d’adage traverse les écrits du pape François. En effet, elle montre sa volonté d’échapper à l’obsession « des résultats immédiats » (EG § 223). Il l’a montré dans son exhortation apostolique « Evangelli Gaudium » (2013) sur l’évangélisation (§ 222 à 225) où il cite la parabole du bon grain et de l’ivraie. Il l’a utilisée à nouveau dans son encyclique « Laudato Si » (2015) en dénonçant « le drame de l’ʺimmédiatetéʺ politique ». A travers la reprise ici de cette expression un peu étrange, se profilent, de mon point de vue et pour cette exhortation, deux questions. Une question interne à l’Église et à son discours et une question liée à sa mission.

La question interne à l’Église est celle de l’opposition entre théologie pastorale et théologie doctrinale. Pour certains esprits, parler de « théologie pastorale », c’est réduire la pensée chrétienne à de la « bibine », car la seule théologie digne de son nom est ce qu’ils appelleront « théologie dogmatique ». Je préfère parler dans ce cas de « théologie doctrinale » dans la mesure où elle entend présenter un ensemble cohérent de concepts articulés avec des énoncés puisés dans la tradition magistérielle. En fait il s’agit d’un usage idéologique du dogme destiné à renforcer les défenses intellectuelles du catholicisme de sorte que la muraille ne présente aucune faille. Cette manière de voir a eu de graves conséquences dans l’évaluation que certains ont pu faire du Concile Vatican II. Les intégristes ont carrément dit que le Concile était un Concile pastoral, donc sans aucun intérêt. D’autres ont opéré une sélection dans le Concile en valorisant certains textes comme la Constitution Dogmatique Lumen Gentium aux dépens de la Constitution Pastorale Gaudium et Spes[1]. En effet, cette opposition factice entre « théologie doctrinale » et théologie pastorale » a traversé le Concile Vatican II et a ressurgi à l’occasion des Synodes de 2014 et 2015. La théologie doctrinale est en fait une théologie « dans l’espace », théologie qui relie des concepts considérés comme clairs, intemporels et définitifs, cependant que la théologie pastorale située « dans le temps » s’appuie sur la rencontre concrète de l’Evangile avec des peuples et des cultures vivantes au cœur de notre histoire humaine. C’est une théologie dialoguale qui se donne « du temps, du temps de qualité qui consiste à écouter avec patience et attention » (§ 137). C’est pourquoi « le temps est supérieur à l’espace ».

Mais cette affirmation nous invite aussi à nous confronter à un monde où on nous parle de « temps réel » pour nous croire virtuellement affranchis de l’espace. Autrement dit, les traversées culturelles auxquelles nous obligent quotidiennement les médias, si elles nous ouvrent l’esprit à d’autres manières de voir les choses, peuvent malheureusement aussi nous vouer à une superficialité dommageable. Car c’est avec le temps que se sont élaborées ces autres manières de voir et, si on peut aisément troquer de l’argent et des technologies entre cultures, quand il s’agit de comportements humains on ne peut faire l’économie d’en comprendre les racines spirituelles.

3.     Un discours théologique dont l’espace est consciemment synodal.

Le discours de l’Exhortation se situe résolument dans une perspective synodale, non seulement à cause du cadre synodal qui l’a inspiré, mais comme un réflexe du pape François depuis son élection comme « évêque de Rome ». Son encyclique « Laudato Si » est truffée de références à des réflexions menées par diverses conférences épiscopales (bolivienne, latino-américaine, philippine, allemande, états-unienne, canadienne, japonaise, brésilienne, dominicaine, néo-zélandaise, paraguayenne, argentine, portugaise). Il e est de même ici. Cette manière de faire est significative d’une compréhension ouverte de la fonction papale. Pour un certain nombre de gens – qui se croient catholiques, mais qui ne sont que les héritiers du philosophe monarchiste et traditionnaliste Joseph de Maistre – le pape est essentiellement un monarque qui gouverne seul, mais qui est gratifié d’une infaillibilité permanente et quotidienne qui en fait une sorte de représentant exclusif de Dieu sur la terre. Ne l’appelle-t-on pas « vicaire du Christ » ? N’est-il pas un modèle pour tous les monarques de la terre ?

La manière de faire du pape François est ailleurs, plus près de l’Evangile. Elle s’appuie sur une perception conciliaire où l’Église est « peuple de Dieu » avant que d’être une communauté hiérarchique. Le rôle du Pape est de servir l’unité de l’Église toute entière. Il n’en est pas la source, mais seulement un signe destiné à servir ce don de Dieu toujours à accueillir. La synodalité vient prendre en compte ce « toujours à accueillir », car dans « synodalité », il y a une notion de cheminement : c’est l’espace qui fait place au temps.

Adopter un espace synodal, c’est donc du même coup souligner à la fois la complexité des questions posées parce qu’il y a de fait une diversité des cultures. De fait, les questions de l’homosexualité et de la polygamie abordées par les Synodes de 2014 et 2015 ne peuvent être envisagées de la même manière en Afrique et en Europe. Mais entrer dans un espace synodal, c’est accepter cette diversité des points de vue avec la perspective de réaffirmer l’unité de l’Église : c’est un chemin (odoV) commun (sun). Et là, le pape joue un rôle essentiel de rassembleur dans l’unité, la sérénité, la communion.

4.     Une relation renouvelée à la Loi

Laissons là l’ecclésiologie pour goûter davantage à la théologie elle-même. On peut dire de cette Exhortation du pape François qu’il s’en dégage comme un parfum évangélique. Le rapport à la loi, la norme, le règlement occupe beaucoup de controverses entre Jésus et ses opposants. Jamais Jésus n’encourage à la désobéissance. L’évangile de Matthieu lui fait même dire : « Celui qui transgressera un seul de ces plus petits commandements et enseignera aux hommes à faire de même sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux » (Mt 5, 19). Mais constamment, Jésus est soupçonné de transgresser la loi, particulièrement celle du sabbat. Or le discours de Jésus n’est pas celui du laxisme, mais au contraire celui de l’exigence radicale : « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. Et moi, je vous le dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal; celui qui dira à son frère : « Imbécile  » sera justiciable du Sanhédrin; celui qui dira : « Fou  » sera passible de la géhenne de feu. »  (Mt 5, 21 – 22). Il détecte aussi les utilisations frauduleuses de la loi et les dénonce clairement : « Guides aveugles, qui arrêtez au filtre le moucheron et avalez le chameau! […] Au-dehors vous offrez aux hommes l’apparence de justes, alors qu’au-dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23, 24.28). Ce que Jésus demande, c’est un discernement constant de l’attitude intérieure de notre obéissance pour que toutes ces figures extérieures de l’exigence soient réorientées par l’exigence centrale de l’obéissance à Dieu qui dépasse toute Loi. C’est tout le sens, de mon point de vue, du discernement auquel le pape François appelle devant les normes (§ 304)

L’exhortation apostolique est habitée de la même vigueur évangélique quand elle invite le Pasteur à ne pas « se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations ʺirrégulièresʺ, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes ». (§ 305).

5.     Une interprétation soignée de l’Ecriture

Pour mieux nous aider à ce discernement positif de l’exigence évangélique, il nous faut souligner comment ce texte pontifical a gagné en qualité exégétique, grâce en partie à des contributions de Pères synodaux. Plus d’une fois, des déclarations magistérielles ont pu instrumentaliser des textes scripturaires. La démonstration serait facile. Cela tient plus à un état de l’exégèse qu’à une volonté délibérée de mettre l’Ecriture au service de propos particuliers, mais cela a pu affaiblir des argumentations. On peut dire que cette exhortation apostolique nous permet de mieux comprendre l’affirmation de la Constitution Dei verbum à Vatican II selon laquelle « le magistère n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il la sert. » (DV § 10).

Deux textes du Nouveau Testament – souvent cités à propos de la théologie du mariage mais sans être vraiment lus – sont ainsi proposés à une lecture renouvelée par Amoris laetitia : Mt. 19, 3-9[2] et Eph. 5, 21-33[3].

Pour ce qui du texte de Matthieu, qui porte sur la controverse menée contre Jésus à propos du divorce autorisé par Moïse, les commentaires portent d’abord sur l’exigence initiale du dessein de Dieu tel qu’indiqué dans le livre de la Genèse. Le § 62, citant le synode de 2014, précise « L’indissolubilité du mariage (“Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer”, Mt 19, 6), ne doit pas avant tout être comprise comme un “joug” imposé aux hommes, mais bien plutôt comme un “don” fait aux personnes unies par le mariage. » Ou autrement dit, et c’est moi qui commente, la réponse de Jésus n’est pas faite pour enrichir le Code de Droit Canonique, mais le lien spirituel qui relie les époux.

Le texte d’Ephésiens 5, qui était lu autrefois en latin à tous les mariages, ne pouvait lui non plus échapper à la rigueur d’une relecture plus précise. Vous connaissez tous ce texte : « Comme l’Église est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle. » (Ep. 5, 24-25). Citant une de ses Catéchèses, le pape François laisse échapper une remarque critique sur l’exégèse habituelle de ce texte : « Même si « l’analogie entre le couple mari-femme et celui Christ-Église » est une « analogie imparfaite », elle invite à invoquer le Seigneur pour qu’il répande son propre amour dans les limites des relations conjugales. » (§ 71) Là encore, en notant cette dissymétrie de la comparaison paulienne, le pape remet en perspective le propos de l’épître : il ne s’agit pas de mettre sur les épaules des couples un poids impossible à porter en les invitant à se mettre au niveau du Christ, mais il s’agit d’accueillir ce que signifie le don du Christ à l’Église comme une offre d’amour pour soutenir le vécu du couple. Dans d’autres citations d’Ephésiens 5 par l’Exhortation apostolique, s’appuyant sur Jean-Paul II, le pape François invite à considérer la source trinitaire de tout amour par le Christ. Le § 157 est lui tout entier consacré à ce texte pour « éviter toute interprétation inappropriée du texte de la Lettre aux Éphésiens où il est demandé que « les femmes soient soumises à leurs maris » (Ep 5, 22). Saint Paul s’exprime en catégories culturelles propres à cette époque ; toutefois nous autres, nous ne devons pas prendre à notre compte ce revêtement culturel, mais le message révélé qui subsiste dans l’ensemble de la péricope. » (§ 157) Peut-on être plus clair ?

6.     Un regard plus christique sur la sacramentalité

Derrière cette argumentation exégétique dont les méandres peuvent parfois dérouter les esprits habitués à d’autres discours plus convenus, on perçoit que l’orientation globale de l’Exhortation n’est pas d’amoindrir en quoi que ce soit le caractère sacramentel du mariage. Bien au contraire. Mais ce texte entreprend de resituer le mariage –avec les autres sacrements – comme un acte proprement christique, découlant de l’agir du Christ dans le monde que l’Église a en charge de manifester. Il s’agit donc de mettre en cohérence cet acte du Christ avec tout ce que les Evangiles nous rapportent de son attitude : « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices » aimait-il citer du prophète Osée.

Cela suppose de dégager nos conceptions de la sacramentalité d’une gangue de préjugés sociaux hérités de notre vécu de chrétienté. Préjugés établis à partir d’un modèle où le christianisme est comme chargé de réguler la société toute entière, de lui fournir des garde-fous moraux, de donner des justifications aux contraintes sociales avec la contrepartie d’une protection politique. Préjugés établis aussi à partir d’un peuple qui habite les rites proposés selon des intérêts liés à sa vie concrète ou à des réflexes de religiosité païenne parfois davantage que selon des critères liés à la foi chrétienne. Nous sommes entrés dans un temps où beaucoup de gens se détachent de l’Église et croient prendre distance avec la foi chrétienne alors qu’ils ne font que s’éloigner d’un système où la religion avait pour fonction de prescrire avant même que de proposer du sens.

Dans la société nouvelle où l’accueil de la foi est le fruit d’une liberté, la sacramentalité doit pouvoir être repensée d’abord comme une invitation à découvrir un horizon nouveau de significations plutôt que de normes pré-établies, à assumer une exigence de vie intérieure et de communion fraternelle plutôt de se soumettre à des injonctions qui demeurent extérieures. Les sacrements sont les signes que cet homme libre et librement lié à son Père, le Christ Jésus, adresse à des hommes et des femmes libres. Il n’est de sacramentalité que dans le Christ.

 

  1. Pierre Lathuilière

[1] Gaudium et Spes est cité 16 fois dans Laetitia amoris.

[2] Cité dans 5 paragraphes (§ 9.13.19.62 -3 fois-.71)

[3] Cité dans 4 paragraphes (§11.63.71.156 – 3 fois -)et dans la note 378.

LECTURE DU CHAPITRE VIII nathalie et christian

CHAPITRE 8

Le chapitre 8, comme son titre l’indique, est consacré à l’accompagnement, le discernement et l’intégration des fragilités.

En réalité ces fragilités ont été abordées sous forme de défis pour la pastorale et les communautés, dans les autres chapitres : famille monoparentale, personnes récemment divorcées, veuves, familles mixtes ou interreligieuses, familles en crise (conjugale ou familiale), familles avec personnes homosexuelles.

Le chapitre 8 va s’intéresser plus particulièrement aux situations dites « irrégulières », c’est-à-dire « celles qui participent à la vie de l’Eglise de manière incomplète ou qui réalisent l’idéal du mariage chrétien au moins en partie et par analogie » AL 291-292. En pratique il s’agit de ceux qui vivent dans le mariage civil, le concubinage ou ceux qui sont divorcés et remariés.

Compte tenu de ce que nous représentons, puisque nous avons été invités au synode d’octobre 2015 au titre des Equipes Reliance et de SEDIRE-Lyon, mouvement et association dédiées à l’accompagnement des personnes DR, nous concentrerons notre réflexion sur les personnes DR, sachant que la plupart de nos observations sont applicables aux autres situations « mutadis mutandi » comme on dit à Rome.

La conversion de nos communautés

Le premier appel pressant que nous voyons dans AL  est la conversion de nos communautés. En effet rien ne sera possible si les membres de nos communautés ne changent pas leur regard et n’inscrivent pas leur comportement dans la dynamique de la Miséricorde de Dieu qui est constamment rappelée tout au long d’AL (42 fois miséricorde ou miséricordieux)

La lo­gique de l’amour chrétien n’est pas celle de celui qui s’estime plus que les autres et a besoin de leur faire sentir son pouvoir ; mais « celui qui voudra être le premier d’entre vous, qu’il soit votre es­clave » (Mt 20, 27). AL98

Ce sont les diffé­rentes communautés qui devront élaborer des pro­positions plus pratiques et efficaces, qui prennent en compte aussi bien les enseignements de l’Église que les nécessités et les défis locaux AL 199

Cela exige de toute l’Église « une conversion missionnaire […] : il est nécessaire de ne pas s’en tenir à une annonce purement théorique et déta­chée des problèmes réels des gens ». AL 201

Les communautés chrétiennes ne doivent pas laisser seuls, dans leur nouvelle union, les parents divorcés. Au contraire, elles doivent les inclure et les accompagner dans leur responsabilité éducative. Car « comment pourrions-nous […] recommander de faire tout leur possible pour éduquer leurs enfants à la vie chrétienne, […] si nous les tenons à distance de la vie de la communauté, comme s’ils étaient excommuniés ? AL 246

La charité fraternelle est la première loi des chrétiens (cf. Jn 15, 12 ; Ga 5, 14). AL 306

 

L’Évangile lui-même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner (cf. Mt 7, 1 ; Lc 6, 37). Jésus attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du coeur des drames humains, AL 308

« L’Église a pour mission d’annoncer la miséri­corde de Dieu, coeur battant de l’Évangile, et […] adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne ». AL 309

En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde » AL 310

 

Le discernement des pasteurs

Dans un second appel, AL prend plutôt la forme d’une ferme instruction à l’attention des pasteurs qui sont concernés par l’accueil, le discernement et l’accompagnement des situations dites « irrégulières ».

« Face aux situations difficiles et aux fa­milles blessées, il faut toujours rappeler un prin­cipe général : ‘‘Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la vérité, ils ont l’obligation de bien discerner les diverses situations’’ (Familiaris consortio, n. 84). AL 79

il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition ». AL 79

 

Les Pères ont signalé qu’« un discernement particulier est indispensable pour accompagner pastoralement les personnes séparées, divorcées ou abandonnées. AL 242

 

Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde ‘‘imméri­tée, inconditionnelle et gratuite’’. Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! Je ne me réfère pas seulement aux divorcés engagés dans une nouvelle union [… AL 297

 

Les divorcés engagés dans une nouvelle union, par exemple, peuvent se retrouver dans des situations très différentes, qui ne doivent pas être cataloguées ou enfermées dans des affirma­tions trop rigides sans laisser de place à un dis­cernement personnel et pastoral approprié. AL 298

 

On ne devait pas attendre du Synode ou de cette Exhortation une nouvelle législation géné­rale du genre canonique, applicable à tous les cas. Il faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pas­toral des cas particuliers, qui devrait reconnaître que, étant donné que « le degré de responsa­bilité n’est pas le même dans tous les cas », les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes. AL 300

 

Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. AL 301

 

Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain. AL 304

 

Par conséquent, un Pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations ‘‘irré­gulières’’, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes. C’est le cas des coeurs fermés, qui se cachent ordinairement derrière les enseignements de l’Église « pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quel­quefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées ». AL 305

 

Les chemins de discernement

 

L’exhortation AL confirme une orientation claire qui avait déjà été donnée lors du synode de 2015 : oui des chemins de discernement sont ouverts et possibles pour ceux qui veulent les emprunter d’un cœur sincère pour entrer dans la miséricorde de Dieu qui est ‘‘imméri­tée, inconditionnelle et gratuite’’.AL 296-297.

Chemins de discernement ? Pour quel accueil ? Pour quelle intégration ? Jusqu’où et comment?

AL ouvre le chemin. A nous de l’emprunter et de l’habiter ! La feuille de route : Nous vous la donnons en code : AL 300, note 336, EG 44-47, AL 302, 303, 305 note 351, EG 44-47.

Et de façon plus explicite :

 

: AL 300, note 336, EG 44-47

Il faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pas­toral des cas particuliers, qui devrait reconnaître que, étant donné que « le degré de responsa­bilité n’est pas le même dans tous les cas », les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes. AL 300 Pas davantage en ce qui concerne la discipline sacra­mentelle, étant donné que le discernement peut reconnaître que dans une situation particulière il n’y a pas de faute grave. Ici, s’applique ce que j’ai affirmé dans un autre document (Evangelii gaudium) note 336

 

D’autre part, tant les pasteurs que tous les fidèles qui accompagnent leurs frères dans la foi ou sur un chemin d’ouverture à Dieu, ne peuvent pas oublier ce qu’enseigne le Catéchisme de l’Église Catholique avec beaucoup de clarté : « L’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux ».[…] Un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés. EG44

 

Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. […] Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. EG 47

 

AL 302, 303, 305 note 351, EG 44-47

Un jugement négatif sur une si­tuation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou la culpabilité de la personne impliquée.­ AL 302

 

Cette conscience […]peut recon­naître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine as­surance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif. AL 303

 

À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants […] dans une situa­tion objective de péché – qui n’est pas subjec­tivement imputable ou qui ne l’est pas pleine­ment – on [peut] vivre dans la grâce de Dieu, […] grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église AL 305. Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » EG 44 Je sou­ligne également que l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » EG 47

Comme nous l’avons vu ces chemins de discernement ne concernent pas seulement les personnes vivant des « situations de fragilité ou d’imperfection » mais toutes nos communautés et nos pasteurs dont la responsabilité est engagée car :

 

La route de l’Église, de­puis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration […]. La route de l’Église est celle de ne condam­ner personne éternellement ; de répandre la mi­séricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un coeur sincère AL 296

et par exemple concernant les personnes divorcées engagées dans une nouvelle union, AL rappelle que :

 

Ce sont des bapti­sés, ce sont des frères et des soeurs, l’Esprit Saint déverse en eux des dons et des charismes pour le bien de tous. Leur participation peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux : il convient donc de discerner quelles sont, parmi les diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les do­maines liturgique, pastoral, éducatif et institution­nel, celles qui peuvent être dépassées. Non seu­lement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église […] Cette intégration est nécessaire également pour le soin et l’éduca­tion chrétienne de leurs enfants, qui doivent être considérés comme les plus importants ». AL 299

 

Pour répondre à la question comment ? l’exhortation suggère quelques domaines à explorer et approfondir ensemble afin de retrouver une sérénité permettant une réelle intégration dans la communauté. Nous pourrons revenir, si vous le souhaitez sur ce sujet au temps des questions.

 

Conclusion

 

Pour terminer il nous semble que le mieux est de vous partager la conclusion de Mgr Jean Paul Vesco dans sa réponse aux questions que nous lui avions posées à propos d’AL :

 

Un élément nouveau et essentiel pour l’appréciation de la situation des personnes divorcées-remariées est tout de même apporté : la prise en compte du caractère irréversible de situations matrimoniales et familiales qui ne permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute (298). Dès lors que personne ne peut être condamné pour toujours parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile (294), ce caractère définitif d’une situation ne peut plus être un obstacle insurmontable au sacrement de réconciliation si le caractère objectivement « irrégulier » de la situation est reconnu par la personne, si le travail de vérité a été fait et si la contrition est réelle.

Après la lecture de cette exhortation, il ne sera plus possible à un prêtre de répondre  en conscience à une personne divorcée-remariée  :« pardonnez-moi mais en raison de votre situation matrimoniale, je ne suis pas autorisé à vous entendre en confession ». Il lui faudra désormais entrer avec elle dans la singularité de son histoire, voir la conscience qu’elle a de ses responsabilités dans la situation qui est la sienne et des possibilités éventuelles de faire évoluer cette situations, le travail de réconciliation et le cas échéant de réparation qui a été entrepris.

 

Au terme d’un tel cheminement, le prêtre que je suis, et pas seulement l’évêque, se sentira autorisé à donner en conscience le sacrement de réconciliation à des personnes qui seraient dans une situation matrimoniale objectivement « irrégulière » devenue définitive mais qui en appelleraient en vérité à la miséricorde de Dieu qui seule nous relève et nous sauve.

Puis deux couples engagés dans une nouvelle union ont apporté leur témoignage.

Nous ne les avons pas encore et allons leur demander .

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